Politique culturelle
Missak Manouchian, la Panthéonisation des résistants communistes et immigrés

Missak Manouchian, la Panthéonisation des résistants communistes et immigrés

08 avril 2022 | PAR Lison Rabot

Suite à la seconde tribune « Missak Manouchian, à quand la patrie reconnaissante ? » publiée en février 2022 dans le journal Libération, le Président Emmanuel Macron confirme ce 4 avril sur France Inter, sa volonté de faire entrer le poète et héros de l' »Affiche rouge » ainsi que celui de son épouse Mélinée Manouchian, dans la crypte du Panthéon. Cette commémoration pourrait avoir lieu en  février 2024, soit quatre-vingt ans après l’exécution du « groupe Manouchian » au Mont Valérien. Mieux vaut tard que jamais…

Portrait d’un résistant communiste et immigré

Missak Manouchian né en 1906 en Arménie. Il arrive en France en 1925, à 19 ans, avec en mémoire le génocide de son peuple et de sa famille. Il travaille comme ouvrier chez Citroen et, sensible aux engagements politiques, milite auprès du Parti communiste français. Dès 1941, il décide de se lancer corps et âme dans la résistance armée et dans les sabotages contre les troupes allemandes. Il intègre le groupe des francs-tireurs partisans de la main-d’oeuvre immigrée (FTP MOI) dont il prend la direction militaire de la région parisienne à l’été 1943. Presqu’exclusivement composée de réfugiés, la plupart de confession juive, la FTP MOI orchestrent des dizaines d’attentats contre l’occupant nazi, sabotent leurs machines et font dérailler les trains, leur coup d’éclat étant l’exécution du général Julius Ritter, principal opérateur des STO.

Arrêté en novembre 1943, Missak Manouchian et vingt-un de ces compagnons, seront fusillés le 21 février 1944 au Mont Valérien  et Olga Bancic, la seule femme du procès, sera guillotinée le 10 mai de la même année. L' »Affiche rouge », opération de propagande violemment xénophobe et antisémite, est placardée sur les murs de Paris quelques jours après. Elle vise à faire croire que cette « armée du crime »,  loin de vouloir libérer la France (pour la rendre aux français), la menace en réalité de la livrer au chaos et aux puissances néfastes venues de l’extérieur.

Bien au contraire, l' »Affiche rouge » fit d’eux de véritables héros et devint l’un des symboles de la résistance. Le poids psychologique qu’exerçait les FTP MOI vis-à-vis des officiers allemands, qui étaient leur cible essentielle, les ont empêché de se sentir en terrain conquis et vis-à-vis de la population en maintenant la flamme de la Résistance à Paris, malgré le quasi-anéantissement de tous les groupes résistants de la capitale en 42 et 43. Leur implication est totale. Tout comme l’engagement à mort et le sacrifice de cette jeunesse étrangère, un sacrifice dédié à la lutte antifasciste et à l’amour de la France Républicaine. 

Les dangers des fluctuations de la Mémoire 

« Vous avez hérité de la nationalité française, nous l’avons mérité ». Lancée par Missak Manouchian à l’Hotel Continental de Paris quelques jours avant son exécution, c’est sur cette devise universaliste que repose les intentions du comité de parrainage « Missak Manouchian au Panthéon », entrepris en décembre 2021 par le responsable de l’Unité Laïque Jean-Pierre Sakoun et le maire de Valence, Nicolas Daragon. Après plusieurs refus dans le passé, le président Emmanuel Macron réouvre la candidature de Missak Manouchian au Panthéon et annonce ce lundi 4 avril sur France Inter « je pense que c’est une très grande figure et que ça a beaucoup de sens ». Outre les ambitions politiques sous-jacentes du président-candidat, la lumière portée sur ce héros de la résistance, réfugié en France, permet de se remémorer son histoire et en tirer les bonnes leçons.

Car si Missak Manouchian, et la résistance communiste qu’il incarne, peine à rejoindre ses frères et soeurs de lutte au Panthéon, c’est qu’il est l’une des victimes des fluctuations de la Mémoire nationale. Pour exemple, dans les deux années qui suivent la Libération, les éditions France D’Abord publie Les lettres de fusillés(1946), comprenant les noms et les messages des membres des FTP MOI. Très rapidement, dès 1951 dans Lettres des communistes fusillés ces noms disparaissent des mêmes ouvrages optant pour une « francisation des combattants ». Dans les années 1970 on réintègre Manouchian, mais à condition de le prénommer Michel. Puis dans les années 1980, le parti communiste édite une nouvelle fois ces lettres où l’on cite expressément 4 ou 5 noms des fusillés de la FDP MOI.

Avec la montée de l’extrême droite, du nationalisme et la candidature à la présidentielle d’Eric Zemmour qui va jusqu’à reprendre quasiment à son compte la propagande de l’occupant nazi traitant les résistants de « terroristes », l’admission de Missak Manouchian au Panthéon est une étape cruciale. Non seulement parce qu’il est temps de reconnaitre les acteurs de la résistance communiste française. Mais aussi parce qu’il est juste d’admettre que ces hommes et femmes réfugiés, rescapés de leurs pays d’origine, ont rendus bien plus à la France que l’hospitalité qu’elle leur a offert. 

Et si nous ne parvenons pas à vous convaincre avec les mots, peut-être que Léo Ferré le fera en chanson à travers cet hommage vibrant repris des « Strophes pour se souvenir » de Louis Aragon, entrées au panthéon des lettres en 1955.

Visuel : ©Missak Manouchian, 1940, photographie anonyme de l’ouvrage Manouchian édité par Les Éditeurs français réunis en 1974, de Mélinée Manouchian, immigrée résistante, veuve du héros de l’Affiche rouge. Wikimedia commons.

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