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« Avignon On line » : le web au secours du spectacle vivant ?

« Avignon On line » : le web au secours du spectacle vivant ?

28 mai 2020 | PAR Julia Wahl

L’annonce de l’annulation du festival d’Avignon a ému beaucoup d’artistes. Pour tenter de pallier ce manque, un collectif a vu le jour courant avril, avec l’objectif suivant : monter une plateforme informatique permettant de relier à la fois artistes et programmateurs, spectateurs et spectacles. Comment le projet est-il né ? Comment ça marche ? Petit tour d’horizon de ce nouveau dispositif.

La naissance du collectif

Marine Azout est comédienne, autrice et metteuse en scène. Si aucun de ses spectacles n’était programmé à cette édition du festival, elle avait bien l’intention d’y aller comme spectatrice. Las : le 13 avril, le Président de la République annonce l’arrêt des festivals. Passés le choc et le deuil, l’artiste réfléchit à ce qui pourrait, certes pas remplacer le festival, mais au moins atténuer quelque peu le manque dû à cette annulation. Finalement, qu’est-ce que le Festival d’Avignon ? La rencontre entre des artistes et des programmateurs, entre des spectacles et des spectateurs. Elle réfléchit alors au meilleur moyen de maintenir ces rencontres. Le recours au web, assez rapidement, s’impose : ça tombe bien, son compagnon est développeur ! Aussi décident-ils de monter une plateforme informatique permettant aux uns de poster des extraits et teasers de leurs spectacles, aux autres de les visionner.

Une énième plateforme de streaming ?

Jointe ce matin par téléphone, Marine Azout répond de façon assez simple aux objections que l’on pourrait lui adresser : Avignon on line n’est pas une énième plateforme de streaming, mais plutôt un lieu de promotion des spectacles. Les compagnies ne sont en effet pas invitées à poster des captations intégrales, mais plutôt des « contenus promotionnels » de type teasers ou extraits. Il ne s’agit pas de prétendre remplacer le spectacle vivant, mais bien de maintenir un lien et d’encourager les spectateurs à retourner dans les salles dès que possible : « Ce n’est pas la mort du spectacle vivant, c’est son maintien en vie ».

Elle y voit également un objet de démocratisation : se rendre à Avignon, pour un festivalier, coûte cher. Aussi cette plateforme permettrait-elle à des personnes intéressées par le festival mais aux ressources modestes d’en avoir un avant-goût.

La démarche et les partenaires

Le collectif tient à ne pas faire de l’ombre aux institutions reconnues du festival, le In et Avignon, Festival et Compagnies [voir notre article sur la consultation de ce dernier ici]. Pour le In, c’est très simple : le collectif estime que Py s’occupe déjà de défendre les artistes qui y étaient programmés. Il s’agit plutôt de se tourner vers les artistes du Off, beaucoup plus fragiles.

Si le collectif est, dans un premier temps, entré en contact avec Pierre Beffeyte, président de Avignon, Festival et Compagnies, ce dernier décide finalement de se recentrer sur ses propres projets : « Ce qu’ils nous ont dit, c’est qu’ils proposaient déjà certains des services que l’on proposait sur la plateforme, explique Marine Azout. Maintenant, ils ne nous ont pas dit où, ni comment. Comme on ne voulait pas non plus marcher sur leurs plates-bandes, on n’a pas fait de déclaration à ce sujet-là précisément, parce qu’on s’est dit que, si eux-mêmes avaient créé une plateforme, c’est sûr que ce serait mieux. Mais, plus on appelle les théâtres, plus il apparaît qu’il ne s’est rien passé. C’est pour cela qu’on se permet de continuer. » Une trentaine de théâtres aurait déjà rejoint la proposition du collectif.

La démarche du collectif, en effet, consiste à joindre dans un premier temps les théâtres avignonnais, à charge pour ces derniers de contacter les compagnies initialement programmées.

L’épineuse question du financement

Si le travail effectué par les artistes est bénévole, l’hébergement du site, bien évidemment, a un coût. Aussi le collectif est-il en recherche de financements, tant publics que privés. « On avait été contactés, de manière informelle, par le département du Vaucluse, qui avait dit être intéressé. De notre côté, on a contacté la DRAC… On cherche aussi des mécènes privés qui pourraient nous aider. » Fabien Brossier, qui s’occupe à la fois du développement de la plateforme et de la recherche de financements, précise : « On a déjà plusieurs pistes, que ce soit des fondations ou des entreprises de mécénat de façon plus générale. Mais on n’a pas encore fait de dépôt de dossier officiel. »

Ils ont en revanche déjà de prestigieux partenaires de promotion : France Bleu, Le Figaro, RTL 2… Un partenariat, également, avec l’Office du Tourisme d’Avignon, pour mettre en avant sur leur site des monuments comme la Cité des Papes ou les Remparts sous la forme de visites virtuelles.

La plateforme devrait être opérationnelle autour du 28 juin. Du 28 juin au 3 juillet, les professionnels pourraient s’y inscrire, afin qu’elle soit ouverte au tout-public dès le 3 juillet.

Visuel : dossier de presse du collectif

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Julia Wahl
Professeure de lettres durant dix ans, chargée de production de diverses compagnies de danse ou de théâtre, chargée d'action culturelle et des relations publiques... Tout ce qui a trait à la promotion de la culture et au développement de ses publics me passionne. Parce que l'on ne peut voir un spectacle sans vouloir transmettre ses émotions, je chronique régulièrement le cinéma, le théâtre et la politique culturelle pour Toute la Culture.

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