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Montaigne et Proust : au coeur d’un différend dont on espère ne pas lire le prochain chapitre

Montaigne et Proust : au coeur d’un différend dont on espère ne pas lire le prochain chapitre

01 septembre 2014 | PAR Fanny Bernardon

Le professeur du collège de France, Antoine Compagnon, est pointé du doigt pour ses récentes déclarations « snob » par Julieu Suaudeau, dans FigaroVox. Récit d’une discorde et d’un « j’accuse » dernière génération. 

Distribution :

Antoine Compagnon, universitaire, spécialiste de Marcel Proust et professeur au Collège de France.

Julien Suaudeau, auteur de Dawa, sorti en 2014, aux Editions Robert Laffont.

Rapide découpage, pour vous lecteurs, de ces petits riens qui font couler beaucoup trop d’encre.

Acte I, première scène : Antoine Compagnon a donné une interview au FigaroVox dans lequel il raconte ses étés. Non pas comment il a passé ses estivales journées à couler des jours heureux, mais quelle était sa démarche en parlant, sur France Inter, de Montaigne en juillet, de Proust en août.
Refusant la « vulgaristation », il raconte, dans un format court et efficace de quatre minutes et demie, les Essais de Michel de Montaigne. L’auteur lui-même avait choisit sciemment le terme « essais », acceptant que ses idées soient réfutées et réfutables. Les Essais étaient donc des expériences menées par le laborantin Montaigne.
Au fil de l’interview, Antoine Compagnon relate sa volonté de rendre fidèlement compte des textes et de l’auteur sans les abîmer ; cela dans le but de transmettre à ses auditeurs le plaisir de la lecture.

Acte I, deuxième scène : Julien Suaudeau, largement reconnu pour la vérité froide et crue de son Dawa, se heurte à une des déclarations de notre camarade Compagnon, et s’insurge.
FigaroVox nous livre ces mots combustibles qui ont mis le feu aux poudres : « On est un meilleur ouvrier si on a lu Montaigne ou Proust ». De cette assassine réplique, naît alors une réponse de Julien Suaudeau à Antoine Compagnon. Le premier explique au second qu’après avoir fait des études de Lettres à la Sorbonne, il a quitté les bancs de l’université pour des chantiers de restauration de maisons aux Etats-Unis. Selon lui, c’est de cette expérience riche en efforts et en rencontres cosmpolites qu’il a tiré les recettes et les outils de l’écrivain qu’il est devenu.
Par la suite, il s’élève violemment contre Antoine Compagnon en regrettant son snobisme et sa classification basique et rétrograde de la société. Vous me direz, juste combat.

Acte I, troisième et dernière scène (on l’espère!) : Julien Suaudeau défend une vision très démocratique et honorable de la culture que personne ne lui reprochera.
Mais en réalité, le duel se révèle inutile si l’on relit attentivement et entièrement les propos de Mr Compagnon. En effet, son entretien met clairement en lumière son envie et son plaisir à parler de la littérature et des grands auteurs qui la jalonnent. A de nombreuses reprises, couvrant les Salons du Livre, les lecteurs qu’il rencontrait lui parlaient de l’ennui profond que leur avaient suscité les Essais. De là son idée de tenter l’expérience radiophonique courte et en feuilleton sur les mots de Montaigne.
Quarante chroniques, de quatre petites minutes et de quelques trente secondes chacune qui ne prétendent absolument pas enorgueillir l’establishment pour rabaisser les ouvriers. Leur existence relevant plus en effet du plaisir et de la curiosité des auditeurs, assidus aux épisodes.

Morale de l’histoire : Une nouvelle fois, une phrase sortie de son contexte, toute nue, attise des flammes qu’il faut bien vite éteindre sous peine de voir se répandre l’incendie. Un incendie ravageant nos arbres, détruisant notre papier, empêchant les messieurs Proust et Montaigne de trouver des successeurs.

Une nouvelle fois, le buzz montre qu’il ne vaut pas le temps qu’on gagne chez Marcel Proust.

Visuel : © Editions Robert Laffont / © Editions des Equateurs

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Fanny Bernardon

One thought on “Montaigne et Proust : au coeur d’un différend dont on espère ne pas lire le prochain chapitre”

Commentaire(s)

  • Gooson

    Voilà un très bon article concernant l’apport et la limite de la culture dans notre société techniciste moderne.

    septembre 2, 2014 at 16 h 00 min

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