Actu
#Metoo secoue cette fois le théâtre français

#Metoo secoue cette fois le théâtre français

20 octobre 2021 | PAR Orane Auriau

Quatre ans après la naissance de #Metoo dans le monde du cinéma, mais aussi de l’édition, de la musique et du sport, c’est au tour du théâtre de connaître un mouvement de libération de la parole contre les violences sexistes. Le hashtag #MetooThéâtre, lancé il y a une dizaine de jours sur Twitter, a depuis reçu une vague de témoignages, plusieurs milliers rien que le jour suivant.

Un silence brisé sur la culture du viol au théâtre

Ce déferlement de prises de parole, même de plaintes, a pour origine la publication sur le réseau social de Marie-Coquille Chambel, qui y révélait alors l’abus sexuel subi par un comédien de la Comédie Française. Ce dernier avait malgré tout conservé son poste à la suite d’un dépôt de plainte. « J’ai été violée par un comédien de la Comédie-Française pendant le premier confinement, pendant que je faisais un malaise. » C’est ainsi qu’elle lancera dans le même temps le collectif #metootheatre. « J’invite toutes les personnes harcelées sexuellement, agressées ou violées dans le milieu théâtral à témoigner avec le hashtag #metootheatre. Nous n’avons plus peur. Mort à l’omerta.  » 

La structure de pouvoir patriarcale de ce milieu, son schéma d’emprises est semblable à celui du cinéma : des hommes en situation de domination – metteurs en scène, directeurs de compagnie -, usent de leur influence sur des personnes vulnérables – souvent des jeunes femmes, des jeunes filles; élèves en apprentissage, comédiennes débutant dans le métier ou en situation de faiblesse. Qui apprendront après leur agression la loi de l’omerta et du silence. De la banalisation de ce type de comportements. 

Et le rideau se lève

C’est ainsi que des professionnels influents du milieu – souvent sur la sellette depuis un moment – sont pointés (ou de nouveau pointés) du doigt. Parmi eux Guillaume Dujardin, professeur de théâtre; Jean-Pierre Baro, comédien et metteur en scène; Michel Didym, exerçant également ce métier. Ils font tous face à des accusations ou plaintes pour harcèlement, agressions sexuelles, viols et tentatives de viol. En 2020, Guillaume Dujardin avait été condamné pour deux ans de prison ferme pour des faits d’agressions et de harcèlement sexuel à l’encontre de neuf de ses élèves. 

En réaction au mouvement, certaines structures se sont exprimées. Le Théâtre 14 parisien s’est fendu d’un communiqué, signé du nom de Mathieu Touzé, Edouard Chapot et l’équipe du Théâtre 14 :“Le théâtre 14 soutient en premier lieu les victimes ainsi que toutes celles et ceux qui ont permis ce mouvement qui vise à lutter contre les violences sexistes et sexuelles dans le théâtre.” Mais #Metootheatre bénéficie avant tout du soutien de la CGT Spectacle ainsi que d’HF Ile-de-France, une association luttant contre les inégalités entre hommes et femmes dans le monde des arts et de la culture. 

Un appel à l’action

Environ 200 personnes se sont rassemblées le 16 octobre à l’occasion d’une manifestation place du Palais-Royal, pour protester contre ces violences sexuelles et sexistes au sein du théâtre. Le collectif #Metoo Théâtre s’est symboliquement réuni près du ministère de la Culture ainsi que de la Comédie Française. A la clé, la réclamation de mesures et d’actions pour agir contre la misogynie violemment prégnante dans le milieu. La demande d’un véritablement changement au sein des institutions, dans les programmations pour lutter contre les discriminations ; d’encadrer, agir pour remodeler un milieu toxique et insécurisant. Les pancartes utilisées sur place traduisaient cet état d’esprit : « Ministère de la culture… du viol? » « On n’est pas que des muses #stopabuse ». 

Par ailleurs, le 13 octobre, 1450 personnes signaient une tribune rédigée par le collectif et publiée dans Libération, dénonçant la culture sexiste et demandant à « repenser l’écosystème du théâtre tout entier », réclamant un travail éducatif approfondi au sein des établissements pour éclairer sur le consentement, les violences sexistes. De multiples mesures proposées, parmi lesquelles des enquêtes statistiques, l’encadrement de la production du théâtre, la parité dans les postes directifs, la valorisation du matrimoine.

 

Visuel : Collage de #MetooTheatre. © Anne Cosmao. 

Martin Margiela transcende le quotidien pour Lafayette Anticipations
Aaaahhh!!! Le grand retour de Paris Internationale
Orane Auriau

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *


Soutenez Toute La Culture