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Martin Margiela transcende le quotidien pour Lafayette Anticipations

Martin Margiela transcende le quotidien pour Lafayette Anticipations

20 octobre 2021 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Si comme nous, vous ne vous remettez pas de l’idée que Martin Margiela a vraiment quitté la mode depuis maintenant 10 ans, ruez vous à Lafayette Anticipations pour revenir à l’essence du geste de ce couturier si singulier qui a fait des vêtements des œuvres d’art. Il rappelle ici qu’il n’a jamais cessé d’être un artiste d’avant-garde, encore, et toujours.

La force des vêtements de Margiela était d’être des compositions au sens pictural du terme. L’exposition qui s’ouvre aujourd’hui à Lafayette Anticipations ne fera pas mentir cette idée. De la composition ici, il y en a ! Pour la 10e exposition du lieu, Martin Margiela a décidé de transformer l’endroit en véritable labyrinthe. Celui qui adorait faire défiler ses mannequins dans des lieux décalés (La boîte de nuit Le Globo, la station de métro fantôme Saint Martin…), revient ici à ses premières amours. 

Nous entrons par la sortie pour commencer, accueillis par l’image monumentale de l’iconique déodorant dont la composition a été remplacée par les matériaux utilisés pour Martin Margiela. Ensuite, nous déambulons, perdus, poussant les stores verticaux évidement blancs pour découvrir cet espèce de cabinet de curiosités, comme un musée du temps présent.

Margiela convoque un arrêt de bus poilu, du vernis à ongles super rouge, et bien sûr, des cheveux, beaucoup, lui qui est connu pour ses robes en cette matière. Toutes les œuvres présentées nous ouvrent deux champs. D’abord, celui du geste pur. On redécouvre Martin Margiela dessinateur et peintre, capable de maîtriser la peinture à l’huile pour la transformer en aquarelle (Film Dust) ou en faire un triptyque sur les couleurs industrielles qui veulent cacher le temps qui passe inlassablement. On le découvre sculpteur, travaillant le silicone comme la pierre (Torso). Le second champ est le message en lui même, celui bien avant l’heure du recyclage. Tout part dans son travail de couturier du pull manche à balai. Il a toujours eu cette idée, qu’il met en acte avec sa ligne Replica, que faire avec ce qui existe est la bonne voie.  Il rend visible ce qui ne l’est pas, s’attache aux détails, au sale. 

Margiela nous impose de nous arrêter, même de nous vautrer dans des vieux canapés, pour regarder, regarder vraiment ce que nous ne regardons pas naturellement. Il nous apprend encore et toujours à voir le beau où il est, sans évidence, mais dans ses ambiguïtés.

C’est une exposition essentielle que Lafayette Anticipations nous offre (l’entrée est gratuite). Elle sera en mouvement puisqu’elle se pare d’œuvres réelles mais absentes, fantômes, qui viendront hanter le lieu quand elles le voudront !

20 octobre 2021 au 2 janvier 2022, de 11h à 19h, nocturne les jeudi et vendredi jusqu’à 21H. Fermé le mardi. Lafayette Anticipations, 7 rue du Plâtre. 75004, Paris.

Visuel : Exposition « Martin Margiela à Lafayette Anticipations », Paris 2021. ©Pierre Antoine

 

 

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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