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L’interview confinée de Grégory Chatonsky qui nous lit les premières pages d’un livre en écriture

L’interview confinée de Grégory Chatonsky qui nous lit les premières pages d’un livre en écriture

10 avril 2020 | PAR Yaël Hirsch

L’artiste franco-canadien Grégory Chatonsky a développé un travail plastique et théorique autour d’Internet. On a vu son travail notamment au Centre Pompidou ou récemment au Palais de Tokyo, où il a exposé Terre Seconde l’an dernier, comme lauréat du Prix Audi Talents  2018.

Confiné près d’Avignon où il était parti travailler quelques mois avant le 17 mars, il a dû remettre une exposition à Taïwan et Mérignac mais continue à proposer des œuvres et des échanges sur le net et travaille sur un projet sur la solitude avec Yvannoé Kruger. Il a aussi profité du confinement pour se lancer dans un nouveau challenge : une fiction, dont il nous lit les premières pages…

Comment allez-vous ?

Bien, je suppose.

Est-ce que vous sortez encore un peu ou bien êtes vous totalement enfermé?

J’étais déjà parti depuis plusieurs mois pour passer l’hiver et le printemps dans le Sud de la France. Il est donc possible de sortir un peu car la densité de population est faible. Finalement ma manière de vivre n’a pas beaucoup changé, j’ai seulement suspendu mes allers et retours hebdomadaires à Paris.

Quelles sont vos routines culturelles pour faire descendre l’angoisse ?

Pas vraiment d’angoisse, sauf pour mes proches, mes amis, mes connaissances qui sont restés en milieu urbain, car depuis des années mon travail aborde la question de l’effondrement, même si je n’aime pas beaucoup ce terme. Ce qui arrive est sidérant et en même temps appartient depuis longtemps à mon quotidien. La lecture, noyée dans la nature, de livres-amis comme Métamorphoses d’Emanuele Coccia, Le jour où le désert est entré dans la ville de Guka Han ou la monographie de Gustav Metzger sont des compagnies précieuses.

Comment votre pratique vous aide t’elle en ce moment? Quels projets ont été repoussés ? A quand ?
Ce moment si important, dont nous peinons encore à apercevoir les conséquences mais qui est comme le signe d’un monde qui peine à finir, bouleverse ma manière de vivre et de travailler. Je viens de finir l’écriture d’un roman que je n’avais pas planifié, mais qui est venu par lui-même dans la nécessité de ce qui nous arrive de façon commune même si nous sommes séparés les uns des autres. Je travaille aussi sur un ambitieux projet urbain pour Manifesta qui aura lieu à Marseille, j’espère à la rentrée, avec l’aide de Seconde Nature.
Une exposition au Musée National de Taïwan à Taichung a dû être modifié car j’y présentais un système de réalité virtuelle. Une exposition à Mérignac sur les mondes possibles a été annulée et une autre au Centre international d’art et du paysage de l’île de Vassivière dont Flora Katz est la commissaire, et qui porte précisément sur la vie inorganique, a été repoussée à l’année prochaine.
Dans le même temps, beaucoup de commissaires m’ont contactés pour de nouveaux projets pendant cette période, sans doute à cause de la nature de mon travail dans le contexte actuel, même si je suis méfiant par rapport au jeu de l’action-réaction de l’actualité. Il faut sans doute laisser passer un peu de temps.
Je participe également à une exposition spécifiquement pensée pour le réseau imaginé par Yvannoé Kruger sur le thème de la solitude.

Partagez-vous ce que vous créez pendant ces jours et nuits confinés ? Avec qui?

Bien sûr, le réseau a pris une place prépondérante pendant cette période selon cette étrange modalité de la proximité à distance. Mais comme je viens du netart, c’est-à-dire d’un art qui a adopté très tôt le Web comme médium, ce n’est pas une surprise pour moi. Il y a la personne avec qui je vis, des amis comme Goliath Dyèvre, Julien Discrit, Yann Apperry, Henri Borlant, Jean-Pierre Balpe et tant d’autres. Nous vivons une très grande distance et une très grande proximité à la fois. J’espère que ce sentiment durera longtemps.

Est-ce que ce temps révèle quelques plaisirs coupables ?

Je cuisine, je cuisine, je cuisine… et je fais des gros câlins à mon chat!

visuel : photo de l’artiste

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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