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L’interview confinée de Chantal Colleu-Dumond : « tous les arts sont essentiels à l’équilibre des hommes »

L’interview confinée de Chantal Colleu-Dumond : « tous les arts sont essentiels à l’équilibre des hommes »

06 mai 2020 | PAR Laetitia Larralde

Chantal Colleu-Dumond, la directrice du Domaine de Chaumont-sur-Loire, s’est prêtée au jeu de l’interview confinée et nous emporte dans un souffle de nature et de culture.

Comment allez-vous ?
Ce temps très long, qui m’a séparée de la plupart des miens et notamment de ma mère, hospitalisée, commence à me peser très fortement. De manière générale, même si j’aime beaucoup la solitude et le repli, je suis constamment en mouvement. Cela commence à me manquer terriblement, de même que les rencontres, les discussions animées, les déjeuners, qui sont le sel de la vie et rechargent sans cesse notre énergie.

Est-ce que vous sortez encore un peu ou bien êtes-vous totalement enfermée ?
J’ai la chance de vivre au cœur du grand parc de Chaumont-sur-Loire, qui s’étend sur 32 hectares, mais, paradoxalement, je reste beaucoup devant mon ordinateur. Les visioconférences se sont multipliées. Je sors peu, sauf pour voir l’avancée des jardins et faire des images et des films pour garder le lien avec notre public et lui montrer ce qu’hélas il ne peut pas voir.

Quelles sont vos routines culturelles pour diminuer l’angoisse ?
Ecouter de la musique et classer des notes que j’accumule en permanence sans avoir le temps de les regrouper.
L’angoisse est surtout venue de mon inquiétude de voir le grand vaisseau qu’est ce Domaine quasiment à l’arrêt et de la difficulté à faire en sorte que l’avenir de cette exceptionnelle aventure artistique et jardinistique ne soit pas compromis. Mais la détermination a permis de repousser les obstacles, qui étaient considérables.

Quels projets ont été repoussés ou suspendus ? Jusqu’à quand ?
Rien n’a été suspendu ou supprimé. Tout était commencé et dépensé. Grâce à l’engagement de merveilleux collaborateurs, qui ont compris l’importance des enjeux, l’ouverture des expositions et des installations de la Saison d’art, prévue fin mars, dépend seulement désormais des autorisations qui nous seront données.

Quel est l’impact du confinement sur le Domaine de Chaumont-sur-Loire et sur ses événements ? Le Festival International des Jardins 2020 aura-t-il lieu ?
Travailler en très petits effectifs dans le plus total respect des règles sanitaires, dans une période où le nombre des intervenants est, en général, très important et le rythme de travail d’une très grande intensité, a été une véritable gageure. Nous ne pouvions pas faire autrement que de continuer ces jardins, en trouvant des alternatives et des solutions. Le Festival peut avoir lieu : c’est essentiel pour un lieu qui s’autofinance à 75%.

Avez-vous mis en place des nouvelles façons de partager les collections et expositions du Domaine avec le public ?
Nous avons diffusé beaucoup d’images des œuvres permanentes, des affiches des œuvres de la Saison d’art, des images de jardins. J’ai moi-même réalisé et partagé sur les réseaux sociaux beaucoup de petites vidéos et de photographies, considérant qu’il était important que les merveilles végétales de ce printemps, qui ne pourraient être vues, puissent être partagées, a fortiori avec ceux qui étaient particulièrement privés de nature, dans leurs appartements.

Pensez-vous que le confinement aura des répercussions sur la création artistique contemporaine ?
Ce confinement, qui pourrait être un temps idéal pour les artistes, qui ont besoin de silence et d’isolement pour créer, ne générera pas, à mon sens, beaucoup d’œuvres majeures, car il est difficile d’écrire et d’inventer, lorsque l’on sait que d’autres vont mal. La souffrance des autres est toujours la nôtre et nous atteint profondément. Il n’est pas exclu néanmoins qu’un ou deux chefs-d’œuvre ne naissent de cette immense peur.
Les répercussions seront tragiques pour les institutions culturelles. Beaucoup risquent de disparaître, pour des raisons financières et pour des raisons prévisibles de modification de comportement du public. Or tous les arts sont essentiels à l’équilibre des hommes et des sociétés. La culture, qui élargit nos horizons, apporte les réponses que le matérialisme dominant ne peut nous donner.

Pour passer à des sujets plus légers, quel est le défaut qui s’est révélé dans les premiers jours du confinement ?
L’envie de m’échapper par le sommeil, vite remplacée par des… insomnies.

La chose la plus incongrue que vous ayez faite pour vous occuper ?
J’avais tant de travail que je n’avais pas besoin de « passe-temps ». La tâche et le stress ont été si grands, que je n’ai pas pu me lancer dans les rangements dont j’avais pu rêver.

L’activité que vous avez découverte ?
Commencer à replanter mes poireaux et m’émerveiller de voir que, même sans racines, les cellules pluripotentes de ces légumes repoussent éternellement

Quels sont vos espoirs et envies pour l’après confinement ?
Puisse cette grande peur, qui a mis ou remis les uns et les autres face à leur angoisse de mort, les mener vers l’essentiel, vers une plus grande solidarité, vers un plus grand respect de la nature, dont nous faisons partie.

Visuel : © DR / vidéo © Chantal Colleu-Dumond

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Laetitia Larralde
Architecte d'intérieur de formation, auteure de bande dessinée (Tambour battant, le Cri du Magouillat...)et fan absolue du Japon. Certains disent qu'un jour, je resterai là-bas... J'écris sur la bande dessinée, les expositions, et tout ce qui a trait au Japon. www.instagram.com/laetitiaillustration/

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