Electro

L’interview confinée de Lolomis : « La magie de la musique opère quand on joue tous ensemble »

L’interview confinée de Lolomis : « La magie de la musique opère quand on joue tous ensemble »

11 mai 2020 | PAR Yaël Hirsch

Entre rêverie, transe et chant, l’album Red Sonja (Buda Music) marque un tournant vers l’electro du quatuor Lolomis qui oriente plusieurs styles de musiques vers une passion commune pour las Balkans. Romane Claudel-Ferragui (voix), Élodie Messmer (harpe, violon), Stelios Lazarou (flûtes) et Louis Delignon (percussions) viennent de sortir un clip confiné, « Idam ». Et ils nous livrent interview  – le dernière de notre série « confinée »-  en ce 11 mai. En espérant que le pont vers la scène soit solide et prompt…

Comment allez-vous ?
Elodie: Plutôt bien! je vois ce confinement comme une opportunité de prendre le temps, mais si j’ouvre au-delà de mon plaisir de lenteur, je m’aperçois que les choses sont fragiles et tellement mal organisées…J’ai honte de la manière dont les choses ont été gérées par notre gouvernement, et en même temps, j’ai pu voir naître des élans desolidarité et d’autonomie à échelle locale qui me rassurent, c’est l’avenir!
Romane: Je suis partagée.. Je suis en colère contre ces mensonges éhontément déversés par nos dirigeants, triste d’avoir dû constater de la médiocrité de notre fonctionnement dans une crise pareille et dubitative face au niveau d’infantilisation ordonné… Par l’arrogance des uns et la douleur des autres.. Je suis aussi reconnaissante de vivre cette époque entourée des miens. Dans l’amour et la loufoquerie, les enchantements et les pestacles du quotidien!

Est ce que vous sortez encore un peu ou bien êtes vous totalement enfermé?
Elodie: J’essaie de sortir tous les jours afin de m’aérer l’esprit…Je pars à la découverte de rues inexplorées de mon quartier… il y en a un sacré paquet finalement dans le kilomètre qui m’entoure!
Romane : Je profite d’être au vert pour m’enjailler (« s’amuser » en ivoirien, ndlr) dehors.. Je suis donc confinée mais pas enfermée!

Quelles sont vos routines culturelles pour faire descendre l’angoisse ?
Elodie: pas très culturel, mais je fais tous les jours du sport via internet avec un groupe d’amies, un bon prétexte pour garder la forme et enchaîner sur des bavardages futiles! J’ai ressorti des vieux morceaux de sous les fagots, et je me replonge dedans avec plaisir, avec la harpe ou le violon! J’ai du temps devant moi, ça change!
Romane: Je me lance dans des grandes explorations: je tisse du noisetier (travail herculéen pour moi!) et je fais travailler du Dalida à ma plus jeune élève de chant! Tout un programme! Je co-organise des boums dans la cuisine pour remettre en mouvement le corps et l’esprit en famille (?!) sur les plus grands tubes des années 90. Je bouquine, fais mes réunions et mes apéros au soleil.

Comment votre pratique vous aide t’elle en ce moment? Quels projets ont été repoussés ? A quand ?
Elodie: notre concert de sortie d’album et une petite flopée de dates de tournée sont reportés… on a sacrément hâte! Pour ce qui est des dates, on est encore dans le flou… la culture mettra surement du temps à retrouver sa fougue d’antan, mais on est prêts!
Romane: Je continue à donner des cours, à partager des moments de musique avec les voisins, les anciens, l’occasion de glaner quelques sourires donne un peu de sens à cette période que l’on nous impose comme aride et dystopique.. En attendant, tous les projets artistiques se remettent dans leur chrysalide et se réservent pour de nouvelles éclosions futures..

Jouez-vous pour un public sur le web en ce moment ? Quels sont les retours ?
Elodie: Non, je crois que la magie de la musique opère quand on joue tous ensemble, dans un même lieu, avec les copains et un public! Mais, on s’est amusé à créer des petits clips confinés sur nos nouveau morceaux de l’album! ça, c’était fun et on a eu de chouette retour! notre créativité se développe plutôt dans l’aspect visuel depuis le début du confinement, on laisse la musique de côté. On patiente…
Romane: Je n’ai jamais été une grande amatrice du 2.0 et n’en ai pas le talent. Cela se confirme encore…Je trouve d’ailleurs que cette explosion de médiums et contenus (confinés ou non) sur Internet reste souvent bien fade derrière un écran et m’en tourne la tête… Je profite de cet étrange moment suspendu pour réfléchir à ce genre de choses… La production à tout prix et par tout moyen, tous domaines confondus et plus particulièrement dans ce qui me touche de près en musique et chez ses voisins artistiques et culturels, cette gloutonnerie qui nous absorbe, nous digère et nous regurgite sans cesse, nous laissant comme des enveloppes de chair exemptes de vibrations sensibles, ternissant nos curiosités..

Comment envisagez-vous le déconfinement?
Romane: Je rêve d’un déconfinement utopique, où chacune et chacun pourraient se réinventer, réinventer sa vie et ses valeurs. Non, je déconne! Si même le président nous y enjoint, alors je claque les talons et repars en pas chassés faire des roulades arrières sur le pont du bateau de Robinson.
Stélios : Malgré le déconfinement annoncé, ce n’est parce que le gouvernement décide d’une date que l’épidémie va s’arrêter à cette date. Pour ma part, je vais donc continuer sur ma lancée et limiter au maximum mes contacts, pour essayer d’éviter une seconde vague, même si cela nous pend au nez sévèrement. Je crois que notre métier de musicien va être extrêmement impacté, et que nous ne le réalisons pas encore pleinement. Il est peut-être temps de penser à se diversifier !

Est ce que ces deux mois ont révélé quelques plaisirs coupables ?
Romane: Le terme de plaisir quel qu’il soit- me paraît assez étrange et étranger dans un contexte aussi mortifère… Du moins, je n’en ai pas découvert de nouveaux ces derniers temps; faut dire que la liste était déjà bien assez longue !
Stélios : Ces deux mois m’ont permis de remettre la main sur les objets oubliés, comme … ma Game Boy ! J’en ai profité pour replonger complètement dans les années 90 en jouant à mes vieux jeux !

photo :  Groupe (c) Christophe Urbain / Couvertre (c) Camille Sauvage 

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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