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Le Théâtre de Nice se lance dans une nouvelle aventure entre l’art et la science

Le Théâtre de Nice se lance dans une nouvelle aventure entre l’art et la science

27 avril 2022 | PAR Lison Rabot

Ce lundi 25 avril, la capitale azuréenne nous donnait rendez-vous pour l’ouverture de la salle des Franciscains sur la place Saint François. Une inauguration attendue qui marquait le lancement d’une série d’aventures et un nouveau départ pour le Théâtre National de Nice. A cette occasion, la « petite » salle chargée d’Histoire recevait les mécènes et autres invités du TNN pour une soirée exceptionnelle placée sous le signe de la création, de l’aventure et de l’émotion.

Toute la culture a eu l’honneur d’être invité à cet heureux événement et d’assister à la couturière du spectacle déjà complet d’Isabella Rosselini Le Sourire de Darwin, mis en scène par Muriel Mayette-Holtz, actuelle directrice du CDN. La soirée se poursuivait avec une pièce de cabaret inédite interprétée par les membres de la troupe du TNN, et « après les vers, un verre »!

© Ville de Nice

Le Théâtre de Nice se réinvente

Le lundi 25 avril 2022 restera une date mémorable dans l’histoire de la vie culturelle niçoise et pour le grand projet de relance artistique porté par le maire de Nice, Christian Estrosi, qui entend faire de Nice la capitale culturelle européenne en 2028. Malgré une série d’actions d’opposition menées par le parti socialiste et les écologistes déplorant un « scandale financier et écologique », le TNN créé par Yves Bayard en 1989 et le palais des Expositions Acropolis seront bel et bien détruits pour laisser place à la « Promenade du Paillon ». Dans ce contexte, le Théâtre National s’empare de nouveaux espaces, dispersés d’est en ouest de la ville, afin d’ouvrir davantage l’accès à la culture. 

Dès janvier 2022, le TNN quittait ses anciens bâtiments pour s’exporter hors les murs dans différents lieux, comme l’Opéra, le théâtre Francis Gag, le Forum Nice Nord ou encore le Théâtre Lino Ventura pour assurer des propositions culturelles aux niçois. De nombreux projets artistiques et pédagogiques ont vu le jour sous la direction de Muriel Mayette-Holtz, nommée depuis 2019 à la tête du Théâtre. Entrée comme actrice à la Comédie-Française en 1985, elle a depuis mené une épatante carrière et a su faire preuve d’un dynamisme inébranlable depuis le début de son mandat au TNN. Autour de la saison 2021/2022, elle a imaginé des rendez-vous et des projets pédagogiques gratuits au coeur de la ville, avec des cours d’oralité, des rencontres avec de grands noms de la scène artistique et des lectures de contes à partager en famille.

C’est donc une équipe du TNN soulagée et enthousiaste que nous rencontrions ce lundi soir, heureuse de franchir une nouvelle étape : « C’est une chance inouïe de pouvoir inaugurer un théâtre, c’est unique ; et nous le ferons trois fois cette année, donc l’émotion est à son comble », nous confie Muriel Mayette-Holtz. La « petite » salle des Franciscains, fruit d’un gigantesque chantier de réhabilitation, est à présent dotée de tous les équipements pour la pratique du spectacle comme bientôt trois autres espaces (La Cuisine, l’Iconic, et le Palais des Arts et de la Culture). Mais évidement, toutes ces manifestations ne s’érigent pas sans fonds, ni sans le soutien financier de l’association « Passionnément TNN » lancée par Benjamin Mondou et son épouse, présents lors de cette inauguration. Leur discours visait à promouvoir le fonds de dotation créé en mars 2022 pour développer l’accès des plus jeunes aux représentations théâtrales et venir à la rencontre des publics éloignés, comme les EPHAD, les lycées ou voyager dans les vallées de l’arrière pays niçois. 

Le sourire de Darwin, un voyage entre l’art et la science 

« Nous, acteurs, pouvons aider la science » : c’est ce que tente de prouver Isabella Rossellini à son public dans son spectacle rempli d’histoires et d’humour, et c’est un pari plutôt réussi. En se glissant d’un personnage à l’autre, elle livre une sorte de conférence sur les théories de l’évolution de Charles Darwin, qui devient petit à petit une grande leçon de théâtre. D’un ton calculé et charmant, elle démontre à quel point l’empathie, nécessaire aux acteurs, permet une étude élaborée sur la vie et le comportement animal. L’actrice et réalisatrice italo-américaine parvient dans cette pièce à réconcilier « les deux amours de sa vie » apparemment opposés : la recherche scientifique et le jeu d’acteur. Sa captivante boîte imaginaire est mise en scène par Muriel Mayette-Holtz, selon une scénographie sobre et moderne dans une juste mesure des interventions numériques, laissant place au jeu sincère d’Isabella Rossellini.

Rien de mieux pour ouvrir la scène des Franciscains qu’une création et ce face à face entre l’actrice et son public. « Il faut que le spectacle qui marquera d’une certaine façon l’ADN de la programmation des Franciscains soit beau, accessible, émouvant et nous parle vraiment, nous apprenne quelque chose » nous indique la directrice du TNN. Muriel Mayette-Holtz entreprend de bouger les frontières entre science, poésie, philosophie et mathématiques et propose des rendez-vous aussi émotionnels qu’intéressants. Alors bien que la salle des Franciscains soit totalement modulable et qu’il nous tarde de découvrir des configurations alternatives, cette première représentation convenait davantage à une scénographie frontale. « Il faut découvrir les possibilités de cette salle progressivement, et donc nous mettrons la position bi-frontale en scène dès la saison prochaine. Mais il faut garder en tête que c’est essentiellement le spectacle qui dicte la configuration » nous confirme la metteur en scène.

Un cabaret inaugural qui donne le ton à l’aventure de la salle des Franciscains

A peine sorti de ce beau voyage dans l’univers éthologico-dramatique d’Isabella, le public embarque avec la troupe du TNN pour une petite heure de cabaret. Ils nous content en chanson, avec humour et émotion, la riche histoire de leur nouvelle scène abritée par des pierres datant du XIIIe siècle. D’abord ancien couvent des Franciscains, il est désacralisé lors de la Révolution pour devenir tour à tour écurie, appartements, boîte de nuit, cinéma et bâtiment des services municipaux avant d’enfin accueillir le répertoire du Théâtre National de Nice. Disposant d’une jauge maximale de 300 places, ce lieu emblématique dévoile d’ores et déjà une identité forte infusée par Muriel Mayette-Holtz : « Les Franciscains seront consacrés aux acteurs, aux artistes dans des scénographies dépouillées, avec des spectacles qui reposent sur le jeu, et où la danse et la musique auront toute leur place ». Une atmosphère de beauté pressentie lors de cette soirée, où le dire et le chant étaient maîtres ! 

D’autres salles ouvriront à Nice. À La Cuisine les spectacles seront plus ambitieux d’un point de vue décor et effets et seront proposées des distributions plus conséquentes pour de grands textes. Pour la première, sera présenté le chef d’oeuvre du grand répertoire Bérénice de Racine interprété par Augustin Bouchacourt, Carole Bouquet, Frédéric de Goldfiem, Jacky Ido et Ève Pereur, suivant la volonté de la directrice du TNN de « partager avec le public cette beauté, montrer surtout qu’elle n’est en rien difficile ou inaccessible ». Une troisième salle proche de la gare, l’Iconic, « accueillera la magie, l’ancrage local via les compagnies régionales et un focus sur les seuls en scène », nous dit Muriel Mayette-Holtz. Elle abritera les solos, le rire et le théâtre contemporain pour proposer une programmation métissée adaptée à un public de tous lieux. Et finalement, une dernière scène sera implantée au coeur du futur Palais des Arts et de la Culture prévu pour 2025. Somme toute, une série d’excitants défis s’annoncent pour le Théâtre National de Nice, saisie avec ambition par sa directrice Muriel Mayette-Holtz déterminée à faire revivre le théâtre au plus près de son public. 

A venir en mai au TNN :

Les Franciscains :

Lundi 2 mai : Cours d’oralité (gratuit sur réservation)

Du 4 au 7 mai à 15h ou 20h : La Petite dans la forêt profonde , de Philippe Minyana, mise en scène par Pantelis Dentakis

Lundi 9 mai : Conversation intime avec Michèle Laroque présentée par Catherine Ceylac La

Cuisine :

Du 20 au 25 mai à 20h : Bérénice, de Jean Racine, mise en scène de Muriel Mayette-Holtz.

Mardi 31 mai : Lectures d’Albert Camus, de Charles Berling

Les rendez vous de l’été 2022

Retrouvez toute la programmation à venir ici.

 

 

Visuels : © Virginie Lançon, Le sourire de Darwin, Isabella Rossellini 

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Lison Rabot

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