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Le directeur du théâtre de Roanne Abdelouahab Sefsaf viré par le maire

Le directeur du théâtre de Roanne Abdelouahab Sefsaf viré par le maire

30 avril 2014 | PAR Alexander Mora-Mir

Le 9 avril dernier, à Roanne dans la Loire (42), le maire récemment élu Yves Nicolin, annonce sans arguments valables le limogeage du directeur du théâtre. Un licenciement qui fait beaucoup de bruit, puisque c’est la police municipale qui a déclaré la nouvelle à l’intéressé, se rendant à son propre domicile. Artistes, syndicats et admirateurs de ses œuvres, se sont mobilisées les mercredis 9 et jeudis 24 avril devant la mairie pour exprimer leur indignation.

Coup de tonnerre dans cette ville d’un peu moins de 40 000 habitants. Abdelouahab Sefsaf, auteur, compositeur, comédien, interprète, il est directeur du théâtre de Roanne depuis novembre 2012 et semblait indétrônable à sa tête. Il est connu pour sa dernière réalisation, « le Phantasia Orchestra », une oeuvre unique, un théåtre musical qu’il qualifie de « Pop Fanfare ». Sur la scène musicale, sa notoriété se doit en tant que leader charismatique du groupe Dezoriental, un groupe avec lequel il a réalisé deux albums et produit près de 400 concerts sur les plus grandes scènes françaises et européennes.

Reçu le jeudi 10 avril 2014 dans le bureau de Monsieur Colin à la mairie de Roanne, M. Sefsaf a fait face à des arguments jugés non valables par les syndicats et le public. Son poste de directeur à temps plein serait incompatible avec l’exercice d’activités culturelles ou artistiques parallèles. Pourtant il est récurrent et normal que des artistes gèrent leur lieu de représentation, la région Rhône-Alpes en dénombre plusieurs.

Du point de vue légal maintenant, le maire de Roanne a jugé le contrat de travail de M. Sefsaf illégal, parce que son dernier contrat en date débutait le 19 novembre 2013 mais n’a été signé que le 7 janvier 2014. Les actes administratifs ne pouvant rétroagir.
Néanmoins, il s’agissait bien d’une prolongation de contrat, signé de la main du précédant maire Laure Déroche, obligeant à une reconduction expresse selon l’article 3-3 de la loi 84-53 du 26 janvier 1984. Or, la décision n°11DA00581 de la Cour administrative d’appel de Douai du 5 juin 2012 énonce : « le maintien en fonction d’un agent contractuel en CDD à l’issue du contrat initial, s’il n’a pas pour effet de conférer à celui-ci une durée indéterminée, a pour effet de donner naissance à un nouveau contrat pour une période déterminée dont la durée est soit celle prévue par les parties, soit, à défaut, celle qui était assignée au contrat initial. »

Olivia Peressetchensky, contactée au téléphone, chargée de diffusion nous dit : « Je suis très choquée par ce qui lui arrive. La police qui arrive devant ses enfants et sa femme l’a indigné ».Un licenciement obscur, qui la laisse perplexe : « Fils d’immigrés algériens, je me demande si c’est le fait qu’il ait eu deux emplois qui le pénalisent réellement. ». « Il est légitime de se poser la question » elle ajoute.

« Ce qui le fait vibrer c’est le théâtre, pas la politique »

Sa chargée de diffusion nous explique : « Il a l’avantage d’être très soutenu par des artistes, des associations, comme le Groupe des 20, le réseau Loire en Scène, des syndicats (S.N.S.P. ; SYNDEAC), il reçoit beaucoup de mots d’indignation du public, toute la profession le soutient. Ce qui le fait vibrer c’est le théâtre, pas la politique, il trouvera une autre mairie pour jouer.»

Nous avons eu la chance d’échanger avec M.Sefsaf suite à son éviction de la direction du théâtre. Son état d’esprit : dépité.
« Désabusé, que l’on puisse déconsidérer le travail au sein d’un théâtre. Le théâtre est symbolique, il représente la liberté d’expression, l’indépendance, la démocratie. »
Une décision difficile pour lui, qui le prive de manière radicale de pratiquer son métier, sa passion. Une sentence qu’il juge « arbitraire et incompréhensible ».

« La survie de ce théâtre est en jeu »

Un passage incontestablement positif, reconnu des amoureux de la scène, il a su convertir de nouveaux abonnés, avec un taux de fréquentation passé de 55 % à 78 % en à peine deux ans. Plus de 12 000 billets vendus pour la saison 2013-2014, soit près de 4000 de plus que la saison précédente, M. Sefsaf est ce que l’on peut appeler un artiste talentueux. Il nous confie : « Le théâtre est un lieu de représentation mais surtout de création. Sans création, il n’y a pas de représentation. La survie de ce théâtre est en jeu. » Il  ajoute : « Ce qui me trouble le plus, c’est le manque de considération à l’égard du public. Il est le premier concerné par la représentation, mais là, tout prouve que l’on se moque de son avis ».

La police a tenté de lui annoncer la nouvelle par deux fois en passant à son domicile, mais il n’était pas présent. M. Sefsaf décide de les attendre en bas de chez lui pour les intercepter à leur troisième venue. « J’ai voulu protéger ma famille en restant en bas de chez moi pour ne pas qu’ils viennent une troisième fois à mon domicile. » nous explique-t’-il.
Il a jugé la venue de la police comme « une démonstration de force », « une démarche de harcèlement », en ajoutant « ils m’encouragent à prendre la sortie de secours ».

Abdelouahab ne comprend pas pourquoi il n’a pas simplement reçu de courrier. Un courrier bien plus élégant qui aurait pu éviter à sa femme et ses enfants de voir des hommes en uniforme franchir le pas de sa porte pour simplement lui signaler son limogeage.
Blessé et toujours sous le choc d’une telle situation, il met sa carrière d’artiste entre parenthèse, même s’il a de nombreux projets en tête, comme une pièce de théâtre musicale nommée Medina Merika, prévue pour décembre de cette année.

© visuels : DR

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One thought on “Le directeur du théâtre de Roanne Abdelouahab Sefsaf viré par le maire”

Commentaire(s)

  • L’Arbitraire et la Mauvaise foi des politiques…J’ai bien connu !
    Nous sommes de doux rêveurs, pleins de conviction et de belles idées qui hélas ne résistent pas longtemps devant les manœuvres et les méandres de la pratique tortueuse et arbitraire du pouvoir. Qui veut noyer son chien…
    Heureusement, même si on est sonné, on reprend vie ! courage Abdel, de tout cœur avec toi.
    Arlette

    mai 3, 2014 at 23 h 04 min

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