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« L’ exception culturelle » Dailymotion ne sera finalement pas rachetée par Yahoo

« L’ exception culturelle » Dailymotion ne sera finalement pas rachetée par Yahoo

07 mai 2013 | PAR Ines Zorgati

La polémique ne désenfle pas depuis quelques jours autour du rachat évoqué, par Yahoo du site de streaming français Dailymotion, actuellement propriété du groupe France Télécom-Orange. Après plusieurs semaines de négociations et l’intervention controversée du ministre du redressement productif Arnaud Montebourg, le site Dailymotion ne sera finalement pas racheté par le géant américain. Protection des entreprises françaises pour certains, échec économique pour d’autres, le débat continue encore de prendre de l’importance.

Lorsqu’il y a quelques semaines, la société américaine Yahoo annonçait son intention de racheter une partie de Dailymotion à Orange, alors en quête d’un partenaire afin d’en étendre la notoriété internationale, la filière française exprimait déjà son souhait de « rester un actionnaire influent de Dailymotion », comme l’indiquait Stéphane Richard, PDG de Orange France le 24 mars dernier au Figaro. C’est cependant fin avril que l’affaire se complique avec l’intervention d’Arnaud Montebourg dans les négociations. Si Yahoo évoquait la possibilité de racheter 75% des parts de Dailymotion, voir la totalité, le ministre du redressement productif établissait quant à lui la limite du rachat à 50%. Il y a quelques jours, Yahoo a finalement annoncé sa décision de renoncer à racheter le concurrent français de Youtube.

Depuis, alors que certains dénoncent une intervention du gouvernement qui entraînerait une perte économique considérable, d’autres y voient au contraire une action visant à préserver les intérêts du site français, et par extension de la culture française.

Dailymotion: une « exception culturelle » française à protéger

Dailymotion fait en effet partie du cercle très fermé des sites français ayant réussi son exportation à l’étranger, et notamment en Europe. Trop précieux donc pour être cédé au premier venu, et c’est ce dont se défend le ministre Arnaud Montebourg dans un communiqué de presse datant du 30 avril évoquant son attachement « à créer les conditions optimales du développement international de Dailymotion ».

Une crainte est donc à l’origine de cette intervention gouvernementale: que Yahoo absorbe totalement Dailymotion, ou que l’entreprise américaine entraîne le site français dans sa possible défaite face au géant Google. Ainsi, au nom de la protection de « l’exception culturelle française » et des intérêts de la culture française en général, le gouvernement en la personne d’Arnaud Montebourg a donc dit non à une transaction qui « n’était pas suffisamment équilibrée » selon la ministre de l’économie Fleur Pellerin dans une interview donnée au Journal du Dimanche il y a deux jours. Elle nuance cependant ses propos en exprimant son souhait de ne pas voir Dailymotion rester « franco-français ».

Et si elle n’est pas seule à estimer qu’il y a des limites au « Made in France » prôné par Montebourg, d’autres sont en revanche beaucoup plus virulents et déplorent cette intervention de l’Etat.

La France se tire-t-elle une « balle dans le pied » ?

La réaction des médias étrangers, et particulièrement aux Etats Unis, ne s’est pas faite attendre et c’est surtout l’incompréhension qui domine de leur côté. Le New York Times titrait par exemple le 3 mai dernier « Quand le président François Hollande se tire une balle dans le pied ». Comment comprendre en effet qu’en prétextant une volonté de promouvoir la culture française, le gouvernement bloque son accès au marché américain, et donc à une possible renommée internationale?

En France, les avis sont partagés entre ceux qui comprennent l’action d’Arnaud Montebourg et ceux qui y voient une perte économique considérable. L’argent est en effet l’argument le plus souvent avancé par les critiques de cette intervention qui aurait fait empêché une transaction s’élevant à plusieurs centaines de millions d’euros à France Télécom-Orange.

Reste maintenant pour Orange à trouver un nouvel acheteur potentiel pour Dailymotion. Quant à la question de savoir si ce dernier contentera les deux parties en répondant à la fois aux exigences économiques de la filière française tout en s’accordant avec la politique du gouvernement visant à protéger la culture bleu-blanc-rouge, elle reste pour le moment en suspens.

Visuel: (c) logos Dailymotion et Yahoo.

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Ines Zorgati

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