« Un escargot sur tes seins », quand Visniec rencontre un bonbon Haribo [FMTM2017]]

22 septembre 2017 Par
Mathieu Dochtermann
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Prenez un texte magnifique de Matei Visniec, cru, poétique, surréaliste. Prenez une bande de zouzous méchamment barrés, qui amènent leurs objets, leur fantaisie, leur énergie bouillonnante. Secouez. Ferme. Passez à l’autocuiseur, ajoutez un zeste de vidéo et beaucoup, beaucoup, beaucoup de second degré. Le résultat est un spectacle de théâtre d’objets franchement jouissif, pour spectateurs avertis prêts à ouvrir leurs shakras. Dans le OFF², au Bateau des Fous.
Au Bateau des Fous, on ne programme pas à la légère. On veut du bon, on veut du lourd, on en veut pour les gourmands et pour tous les publics. Ça tombe bien, Les Philosophes Barbares étaient dans le coin. Ils ont donc planté le décor de Un escargot sur tes seins dans l’une des salles, mis la musique à fond, gonflé les ballons de baudruche, et ils sont partis racoler les amateurs de sensations fortes.
Un pari: prendre un texte cru et poétique, le projeter violemment contre un délire sucré à base de guimauve, de gélatine et d’ambiance disco-bisounours. Penser que ça va marcher, que ça va dire quelque chose de l’amour, en plus d’être drôle et barré. Imaginer qu’un public existe pour prendre le risque de voir ça.
Un résultat: ça marche, le public rit de bon coeur, d’abord un peu déconcerté mais bientôt conquis par l’énergie communicative des trois interprètes qui ne s’épargnent rien pour servir leur personnage… tiré au hasard au début du spectacle. La poésie est mise en perspective, sublimée par les contrastes employés et, réciproquement, ce qui sinon ne serait qu’une marrade sympathique mais sans queue ni tête se charge de sens grâce à la plume du poète.
Une évidence : ces trois là débordent de talent et d’audace,  osent tout, et ça passe – presque à tous les coups, il y a de rares moments où la restitution n’est pas à la hauteur du texte. C’est parfois salace mais sans jamais être vulgaire, c’est perpétuellement imprévisible et totalement convaincant, et surtout, au milieu de cet immense bordel, ça a en réalité énormément de cohérence et de sens.
Un plaisir de spectateur à ne pas bouder, la version présentée vendredi 22 et samedi 23 au Bateau des Zinzins est en fait la réduction d’une forme plus longue, dont on gage qu’elle doit être parfaitement fréquentable.
Samedi, c’est à 17h30 et 19h. Au Bateau des Fous, donc.
De et avec : Glenn Cloarec, Marion Le Gourrierec et (en alternance) Juliette Nivard et Silvia Di Placido
Musique : Arthur Delaval
Création lumière : Jérémie Alexandre
DJ set : Jérémie Alexandre / Ricco Massua