Théâtre

« I killed the monster », objet spectaculaire monstrueusement réjouissant

« I killed the monster », objet spectaculaire monstrueusement réjouissant

15 septembre 2019 | PAR Mathieu Dochtermann

Découvert à l’occasion du FIAMS 2019, I killed the monster est un spectacle de théâtre d’objets sur table de la cie du Roi Zizo. Avec une grande liberté et énormément d’humour, ce spectacle s’empare des codes de la série B pour camper une histoire qui serait sordide si elle n’était exagérée à un point aussi jouissif. Une forme courte qui ne laisse pas un instant de répit aux zygomatiques.

Tout commence lorsque la Cie Singe Diesel passe une commande à quatre marionnettistes pour le festival Les mains en l’air, autour d’un thème d’écriture commun : une chanson de Daniel Johnston intitulée I killed the monster.

L’art de faire naître le théâtre avec pas grand chose…

C’est l’occasion pour Gildwen Peronno de la cie du Roi Zizo de tenter sa propre mise en images en se servant des techniques du théâtre d’objets, avec un dispositif simple et léger. Éclairée par une simple lampe de bureau surmontée d’un abat-jour très kitsch, la table en bois revêtue de peinture blanche ne présente rien de notable au regard, mis à part une maquette de village astucieusement escamotée. Le manipulateur, assis derrière la table, est plus ou moins caché dans les ombres. Comme il est habituel en théâtre d’objets, ce sont des objets manufacturés, parfaitement ordinaires, qui sont mis en jeu pour donner corps à l’action.

Tout le cinéma d’horreur servi sur une table

Ce dépouillement, parfaitement assumé, va permettre de laisser un vaste champ à l’imaginaire. Car l’histoire qui est mise en scène est, elle, tout sauf simple et banale. Il s’agit d’une farce délirante, d’un récit qui, pour avoir une structure très classique, emprunte une forme qui ne l’est en revanche pas du tout. Rien ici n’est fait pour se prendre au sérieux : si le théâtre d’objets est brutalement mélangé aux codes du cinéma d’horreur – toujours cette familiarité troublante entre les deux disciplines artistiques – c’est un peu à titre expérimental, mais c’est surtout pour rire.

Voici donc le public entraîné tambour battant dans l’aventure de plus en plus invraisemblable de Daniel, un habitant désœuvré de « la France d’en-bas », qui choisit un jour de s’offrir comme cobaye aux essais d’un laboratoire pharmaceutique américain. A compter de ce moment, la réalité va lentement se disloquer à la faveur des molécules contenues dans les pilules bleues qu’ingère le protagoniste… Tout le village en fera les frais. Peut-être même le public qui assiste à la représentation ?

L’humour et le plaisir de jeu

Les effets comiques autorisés par l’emploi des objets est utilisé à son maximum : décalages ironiques, figurations exagérées, sévices divers et variés sur objets manufacturés, le spectacle fait feu de tous bois pour allumer la flamme du rire. Mais c’est surtout l’écriture délicieusement dingue et intelligemment progressive qui fait mouche… et le jeu flamboyant, paroxystique, désinhibé de l’interprète, Gildwen Peronno, qui emmène la proposition extrêmement loin, comme une locomotive à vapeur dont on aurait chargé la chaudière de TNT avant de faire avaler des amphétamines au conducteur.

C’est un spectacle absolument et définitivement réjouissant.

Parce que l’interprète s’amuse absolument, et arrive à amener son jeu suffisamment loin pour que quelques relents d’authentique folie menacent de s’inviter dans les recoins obscurs de la salle.

Parce que c’est un théâtre qui s’offre, généreux, sans codes compliqués ni barrières à l’entrée, sans poursuivre un propos quelconque, conçu uniquement pour le plaisir. Ce n’est pas à dire que tout cela soit sans substance : on peut en tirer quelques réflexions sur la figuration de la folie, ou sur le fait que les faits divers tragiques frappent le plus souvent à la porte des « petites gens » de ce monde… mais ce n’est pas le but premier.

Avant tout, ce spectacle est immensément drôle, et très rafraîchissant.

I killed the monster sera présent au Festival de Charleville, accueilli au sein du collectif Panique au Parc, où il voisinera d’ailleurs avec son très excellent cousin Envahisseurs de la cie Bakélite (critique).

Distribution
De et avec : Gildwen Peronno
Regard extérieur : Marina Le Guennec ( Cie les Becs Verseurs)
Terreau fertile: Workshop avec Christian Carrignon, Katy Deville et des artistes géniaux.
Visuel: (c) S. Hernandez

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Mathieu Dochtermann
Passionné de spectacle vivant, sous toutes ses formes, des théâtres de marionnettes en particulier, du cirque et des arts de la rue également, et du théâtre de comédiens encore, malgré tout. Pratique le clown, un peu, le conte, encore plus, le théâtre, toujours, le rire, souvent. Critère central d'un bon spectacle: celui qui émeut, qui touche la chose sensible au fond de la poitrine. Le reste, c'est du bavardage. Facebook: https://www.facebook.com/matdochtermann

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