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« Manuscrits hébreux d’Italie » : le MAHJ dans les collections de la BnF

« Manuscrits hébreux d’Italie » : le MAHJ dans les collections de la BnF

15 septembre 2019 | PAR Julia Wahl

Le Musée d’Art et d’Histoire du Judaïsme expose jusqu’au 22 septembre des manuscrits hébreux italiens et a invité à cette occasion Alessandro Guetta, spécialiste de pensée et philosophie juives, professeur à l’INALCO.

Ce sont des manuscrits extraits du fonds de la BnF qui sont présentés aux yeux des visiteurs actuellement : une collection d’une quinzaine de livres allant de la fin du Moyen-Âge au XVIIe siècle. Car, en dépit de la variété des ouvrages choisis, un objectif bien particulier a présidé à leur sélection : rendre compte des écrits italiens hébreux au tournant d’une Renaissance dont dont on sait qu’elle ne s’est pas faite en un jour.

Ce dimanche 15 septembre, la visite des manuscrits était précédée d’une copieuse et gourmande introduction du chercheur Alessandro Guetta, auteur de Les Juifs d’Italie à la Renaissance (Albin Michel, 2017). Ses auditeurs ont remonté avec délices la péninsule italienne du Sud au Nord, d’une Sicile encore fortement arabophone à la toscane Ferrare, entre éparpillement des Juifs sur l’ensemble de la botte au gré des fluctuations économiques et politiques et enfermement dans le plus célèbre des ghettos.

Variété des situations, variété des manuscrits : si la beauté des livres sélectionnés rend peu compte de la qualité, très hétérogène, des textes écrits à l’époque par les Juifs d’Italie, la diversité des sujets expose l’importance de l’écrit dans la vie quotidienne. A côté de l’incontournable Livre des Égarés, magnifiquement enluminé, ou de livres de prières, on dénichera un magnifique livre de médecine traduit d’Avicenne, un contrat de mariage et… un manuel de lessive !

Outre cet ancrage dans la vie de tous les jours, ces volumes et rouleaux nous invitent également à interroger le rapport ambigu de ces Juifs renaissants à leurs contemporains : le style des enluminures ressemble à s’y méprendre à leurs homologues chrétiennes, témoignant d’échanges importants entre les membres des deux religions. Néanmoins, insiste Alessandro Guetta, on ne saurait comprendre le fait même de traduire Avicenne en hébreu sans y voir une façon de se l’approprier, et partant d’affirmer son judaïsme, tant il y a à parier que les médecins juifs de l’époque maîtrisaient les autres langues dans lesquelles le Canon était disponible. Aussi cette exposition rend-elle compte de cette oscillation des Juifs italiens de la Renaissance entre intégration et préservation de leur identité.

Le commissariat de cette exposition fut assuré par Claire Descomps, conservatrice en chef au Musée d’Art et d’Histoire du Judaïsme et Laurent Héricher, conservateur général et chef du service des manuscrits orientaux de la BnF.

Visuel : Rituel de prières avec Haggadah (récit de la Pâque), Ferrare, 1520. Crédits : BnF.

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Julia Wahl
Après dix ans d'enseignement des lettres en lycée, je travaille actuellement à la compagnie de danse verticale Retouramont comme chargée de diffusion et de production. Auparavant, j'ai œuvré six mois à l'Action culturelle du Mouffetard-Théâtre des arts de la marionnette.Ces expériences m'ont permis et me permettent encore de développer mes compétences en gestion de projet, en relations publiques et production, de même que ma connaissance des réseaux du spectacle vivant.A côté des ces activités professionnelles, je chronique régulièrement le cinéma, le théâtre et la politique culturelle pour Toute la Culture.

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