Théâtre

Des « Envahisseurs » surprenants d’inventivité et de drôlerie…

Des « Envahisseurs » surprenants d’inventivité et de drôlerie…

15 septembre 2019 | PAR Mathieu Dochtermann

Cet été le festival RéciDives accueillait, sous la forme de parcours, quatre formes courtes faisant appel à la marionnette ou au théâtre d’objets. Une occasion de découvrir Envahisseurs de la compagnie Bakélite, un délire très travaillé sur le thème de l’invasion de notre monde par les petits hommes verts… en théâtre d’objets et avec force références aux films de SF des années 50. Inquiétant, déconcertant, réjouissant, bidonnant: un petit spectacle qui fait beaucoup d’effet.

Envahisseurs de la compagnie Bakélite exploite une esthétique macabre et inquiétante pour s’amuser à jouer, en objets en en vingt minutes, un spectacle hommage aux films de science-fiction des années 50 et 60 principalement.

C’est une expérience extrêmement ludique, mais c’est un plaisir mêlé de frissons. Et puis, le spectacle nous repose, mine de rien, l’éternelle question de l’acceptation de l’Autre, de la différence, de l’accueil. Dans un monde où des murs se construisent contre les migrants tandis que les puissances avancent leurs pions pour prendre le contrôle de la Lune et de Mars, ce n’est sans doute pas inutile ?

Les clins d’œils et références à la pop culture abondent donc, dans un déluge de trouvailles visuelles et scénographiques. Ainsi de la bande-son, qui mêle allégrement des extraits de Mars Attacks, Les Envahisseurs (avec son très mémorable générique) ou Planète interdite.

Les objets tiennent dans trois attachés-case savamment modifiés, qui dévoilent leur contenu au fur et à mesure de l’avancée de l’intrigue en même temps qu’ils constituent, une fois ouverts et agrémentés de divers accessoires, les éléments de la scénographie de ce spectacle sur table. Et les régies lumières. Et des vaisseaux spatiaux. A ce stade, l’art de la bidouille confine au génie. On s’émerveille surtout de la force de la convention artiste-public, qui autorise ces hallucinations collectives, où une malette en cuir devient un vaisseau spatial… Tout le talent réside dans l’habileté qu’il faut pour créer, justement, cette fameuse convention, cet état de suspension de l’incrédulité.

Une fois ce pas franchi, la récompense est au rendez-vous: le plaisir est entier, un plaisir enfantin de créer et détourner, encore et encore, de faire exploser des trucs, d’allumer des machins, de jouer avec la nourriture, de (se) faire peur… de jouer avec tant de conviction que l’on vient à oublier qu’on joue. Mais en gardant toujours le rire à portée de main, pour rendre leur juste dimension aux ombres et aux cauchemars.

En matière de cauchemar, comme en matière de rire d’ailleurs, il faut saluer la performance d’Olivier Rannou, impeccablement inquiétant, qui regarde entrer le public tapi dans l’ombre, avant de le tenir hypnotisé sous son regard sombre et un peu dingue. Son personnage, rejeton maudit des Men In Black et de la famille Adams, est à la fois manipulateur, acteur, narrateur muet d’un spectacle de fin du monde où il rend le frisson tour à tour délicieux et hilarant – voire les deux en même temps!

Inventivité extrême, détournements à gogo, plaisir de jouer à tous niveaux, tel pourrait être le résumé du spectacle. A consommer sans crainte et sans modération, que l’on ait les références pop ou pas.

Envahisseurs sera visible durant le festival de Charleville, au sein du collectif Panique au Parc dont la compagnie Bakélite est l’un des grands instigateurs! Il y voisinera d’ailleurs avec son très excellent cousin I killed the Monster de la cie du Roi Zizo (critique).

 

Mise en scène et jeu : Olivier Rannou

Aide à la mise en scène : Gaëtan Emeraud

Avec la complicité de Pascal Pellan, Alan Floc’h, Agnès Dupoirier

Visuels: (c) Sam Anderson

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Mathieu Dochtermann
Passionné de spectacle vivant, sous toutes ses formes, des théâtres de marionnettes en particulier, du cirque et des arts de la rue également, et du théâtre de comédiens encore, malgré tout. Pratique le clown, un peu, le conte, encore plus, le théâtre, toujours, le rire, souvent. Critère central d'un bon spectacle: celui qui émeut, qui touche la chose sensible au fond de la poitrine. Le reste, c'est du bavardage. Facebook: https://www.facebook.com/matdochtermann

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