Danse

[BERLIN/TANZ IM AUGUST] Michael Clark Compagny, le faux-pas de Tanz im August

[BERLIN/TANZ IM AUGUST] Michael Clark Compagny, le faux-pas de Tanz im August

22 septembre 2017 | PAR Samuel Petit

Le chorégraphe écossait présentait « to a simple, rock ‘n’ roll… song », nouvelle tentative de réconcilier ballet et pop-culture qui ennuie par son aspect consensuel et surtout par son manque de dramaturgie. Comme si le rock’n’roll, présenté ainsi, ne portait en lui plus aucune révolte.

 

 

Le festival de danse berlinois avait vu les choses en grand pour Michael Clark, présenté comme un des highlights de ce mois d’Août à Berlin : la grande scène de la Haus der Berliner Festspiele. Et avec ses trois représentations à guichet fermé, on ne peut dire que l’organisation du festival n’avait pas bien anticipé l’enthousiasme du public berlinois pour ce spectacle. Cependant de quel public parle-ton ici ? Avant même de pénétrer dans la salle, il est visible que ce dernier n’est sociologiquement pas du tout le même que celui fréquenté jusqu’ici lors des représentations en rétrospective de la reine de la performance et chorégraphe espagnole La Ribot ou autres spectacles présentées à HAU : moins arty, beaucoup plus âgé, en somme plus charlottenbourgeois que kreuzbergien. Comme si, au-delà des performances d’icône universelle berlinoise comme Sasha Waltz, la fragmentation des quartiers déterminait la nature des spectateurs.

Le CV de Michael Clark devait faire office d’arguments pour convaincre les curieux à se déplacer en nombre : l’écossais se veut aussi bien styliste que chorégraphe, ayant fait ses armes en tant que danseur à la Royal Ballet School de Londres et auprès de Merce Cunningham et de John Cage, tout en étant à cela proche du milieu punk, pop et glam des années 80. Le spectacle présenté cet été à Berlin, comme à l’internationales Sommerfestival de Hambourg par ailleurs, reprenait, sous forme d’hommage à ces figures qui ont fait sa renommée, les thèmes et l’esthétique classique du chorégraphe star.

Parler d’actes comme le fait le programme relève de l’abus de langage tant toute écriture dramaturgique et cohésion entre les trois tableaux, pour ne pas dire tout simplement parties, qui composent les 80 minutes de spectacles font défaut. Cette pauvreté structurelle ne s’arrête malheureusement pas là, mais s’affirme par le contenu des trois chorégraphies.

La première, « Satie Studs / Ogives Composite » donne à voir les 7 danseurs de sa compagnie, chacun dans une tenue moulante noir et blanc, où la transition des couleurs se fait tantôt au niveau des hanches, tantôt au niveau du torse. Le manque d’originalité des costumes est à l’image de la qualité de l’enregistrement des Ogives de Satie produit pour le spectacle. L’accoutrement ainsi que le fond de scène éclairé successivement par des transitions de tons monochromes kitsch et pop ne s’accordent pas avec l’enchainement des pointes et autres figures classique issu du ballet. Le tout est effectué avec énergie et réussit l’exploit de ne susciter que de la lassitude, et cela en quelques minutes seulement. L’asynchronie des danseurs ne produit ici d’aucune manière un effet de personnalisation comme dans le Tanztheater de Bausch ou de Platel, mais ne fait que déformer maladroitement les formes classiques du ballet. On en vient presque par être soulagé les séquences individuelles en fin de partie, à condition toutefois d’accepter leur vanité.

On me gardera également, pour le bien de notre équilibre et pour notre amitié pour Patti Smith de trop se remémorer ce que fût la seconde partie, « Land », d’après le morceau éponyme de 1975 de la poétesse punk. Il faut reconnaitre que Michael Clark est sans doute un homme audacieux et courageux. Comment ne pas l’être quand on ose proposer un hommage qui singe ainsi l’esthétique et les danses rock’n’roll en les grimant de modernité ? Il ne faut pas avoir peur du ridicule pour vendre avec fierté la « multi-channel video installation by Charles Atlas, first shown at Vilma Gold London, 2010 », l’équivalent d’un mauvais économiseur d’écran Windows 7, dans la ville du CTM Festival et où sont régulièrement montrées des œuvres folles de Robert Henke ou de Kurt Hentschläger.

Pause. Soulagement. Nous resterons toutefois pour la troisième partie, encore un hommage, cette fois-ci à David Bowie ; avec les rééditions des best-ofs, les spectacles « hommages à… » représentent une manne à la recette facile – le succès commercial  du catastrophique musical Lazarus mise en scène par Ivo van Hove à Londres l’automne dernier en constitue un exemple édifiant… Le retour de la salle se fait de « Under pressure » au xylophone en arrière-fonds sonore. On redoute le pire, et pourtant cette troisième partie fût sans doute la plus inspirée dans son écriture et la plus réussie dans son exécution. Quelques personnages semblent apparaitre et un certain nombre de mouvements plus souples suscitent la curiosité. Seulement, tout cela reste à peine au niveau d’une ébauche et il est sans doute bien trop tard pour sauver ce spectacle.

Quand la danse, la scène et le rock ne portent en eux plus de matière à rêver ou à se révolter, c’est leur essence même qui est trahie. Il ne faut pas désespérer, prendre son mal en patience et aller chercher la machine poétique ailleurs.

 

Image @ Anja Beutler, Hugo Glendinnin

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