Tartuffe à l’Odéon : noire version

25 septembre 2008 Par loic | 0 commentaires
tartuffeEncore une reprise du Tartuffe, encore Molière ! Cette pièce a-t-elle, encore, quelque chose à nous dire ?! En reprenant Molière, le metteur en scène Stéphane Braunschweig lui donne un coup de jeune et rend le tout un peu plus noir qu’on ne s’y attend. À l’Odéon, depuis le 17 septembre et jusqu’au 25 octobre, les spectateurs sont plongés de force dans la crédulité de l’homme, qui n’est plus seulement ridicule – comme on le savait déjà – mais aussi angoissante.

Le rideau se lève et laisse voir une vaste pièce pleine de vice et de luxure : un film porno en crypté sur un écran télé, un couple mal habillé s’embrasse sans gêne, un homme paresse sur un fauteuil de cuir… Ce prélude bref et violent est une parfaite introduction à l’adaptation de Braunschweig : l’action se passe dans un temps proche du nôtre, les personnages sont plus violents que ridicules, envahis par leurs intérêts personnels.
Comme le Tartuffe n’apparaît qu’à partir du troisième acte, Braunschweig met particulièrement en valeur l’instabilité au sein de la famille . Aussi, l’incompréhension qui règne n’est plus seulement une affaire de générations ; on sent derrière tout ceci une sorte d’inceste implicite, une famille moisie, des personnages devenus fous par ennui (notamment Damis, le fils, dont la violence n’a d’égale que sa bêtise). Du coup, l’hypocrite devient fascinant de sincérité. Braunschweig incrimine surtout Oronte et fait du Tartuffe quelqu’un qui trompe, mais sincèrement. Il en devient presque touchant dans son long dialogue avec la femme d’Oronte dont il est amoureux. À l’inverse de la version de Murnau où le Tartuffe était un personnage immonde qui cache sa face derrière un livre, le personnage de Braunschweig évolue dans un monde où la tromperie est monnaie courante, où il faut se déguiser pour évoluer et où, surtout, le mal n’est plus incarné par un seul personnage mais se dissout dans toute la société et particulièrement dans les familles.

L’ambiance est envoûtante. D’autant plus qu’elle est renforcée par un décors et une scénographie très efficaces. La maison est un cube aux allures de prison. Au fur et à mesure que l’action évolue, on découvre une pièce en dessous de la précédente ; la peinture est de plus en plus jaunie et craquelée, les portes de sorties sont font plus rares… Braunschweig fait de l’espace scénique un espace mental incontrôlable, qui, en s’assombrissant, révèle ce qu’on ne voudrait pas voir. La pièce se termine dans ce qui pourrait être une cave infecte, dans laquelle tous les personnages sont pris au piège (alors qu’ils sont dans leur propre maison). Le final est rendu totalement incompréhensible et irréaliste : le deus ex machina arrive par l’intermédiaire de l’écran de télévision et ordonne d’arrêter Tartuffe. On comprend aisément que cette fin n’est qu’une convention et que la morale n’est pas sauve. Enfin, cette reprise particulièrement noire du Tartuffe a parfois ses accents de légèreté, nécessaires aux nerfs du spectateur.

tartuffe, odéon, braunschweig, molière

Au Théâtre de l’Odéon jusqu’au 25 octobre, de 6 à 30 €

Entrée du public : Place de l’Odéon – 6e
Métro : Odéon
RER B: Luxembourg
Bus : 63, 87, 86, 7O, 96, 58.
Parkings : rue Soufflot, Place St Sulpice, rue de l’Ecole de Médecine

Puis en tournée

A Lille du 6 au 16 Novembre
Théâtre du Nord, Théâtre national Lille Tourcoing
De 10 à 23 euros
Du mardi au samedi à 20h, sauf jeudi 13 novembre 2008 à 19h, dimanche à 16h

A Annecy du 22 au 26 Novembre
Bonlieu

A Toulouse du 4 au 10 Décembre
TNT – Théâtre national de Toulouse Midi-Pyrénées

A Nice du16 au 20 Décembre
Théâtre national de Nice


LAISSEZ UN COMMENTAIRE VIA FACEBOOK:

comments

Laissez un commentaire: