Naufrage Schiaretti à la Colline

12 mai 2011 Par
Amelie Blaustein Niddam
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La Colline propose un diptyque alléchant en présentant les deux pièces d’August Strinberg écrites en 1888, Mademoiselle Julie et Créanciers. Ces deux drames naturalistes, ici montés en huis- clos, sont deux textes superbes sur le statut de la femme et la question sociale où la misogynie de l’auteur éclate. Dans la mise en scène de Schiaretti, l’œuvre devient bourgeoise et sans saveur.

La scénographie est commune aux deux spectacles, devant nous un plateau couleur vert d’eau, un grand bloc noir dans lequel se joueront des scènes en transparence et un couloir menant à une porte d’ascenseur. Des fils rouges lumineux comme des néons délimitent le décor.
Pour Mademoiselle Julie, nous sommes dans une cuisine. Buffet, table et chaises. Ce drame en acte, Strinberg l’analyse lui-même dans l’avant-propos de la pièce  » pendant la nuit de la Saint-Jean, la fille du comte, absent, se donne au valet de chambre de son père; elle est ensuite amenée à se suicider. On trouve à la fois dans ce drame la tension entre l’homme et la femme et la confrontation de deux classes sociales ».
Cette œuvre est éminemment politique, elle pointe , dans un XIXe siècle qui se veut moderne, la lutte des classes à venir. Julie le hurle « c’est la fête, il n’y a plus de rang »! La direction des acteurs ne permet en aucun cas d’accéder à cet aspect. Le valet est joué par l’immense comédien qu’est Wladimir Yordanoff qui ici campe un personnage impuissant, dépassé par la folie de Julie. Sa force de changement n’est à aucun moment perceptible. C’est à une nuit de la Saint Jean plutôt calme que nous sommes conviés, alors que tout doit être sens dessus-dessous la platitude règne dans ce décor faussement sobre. Le très beau texte de Strinberg est déballé sans passion et sans surprise. Un bref et beau moment onirique des femmes à tête d’animaux dans le filtre du rideau de tulle ne vient pas sauver le bateau du naufrage. Est-ce que Frédéric Fisbach fera mieux, cet été, à Avignon, avec Juliette Binoche dans le rôle-titre? A suivre.

« Créanciers » se concentre sur une lutte psychologique. Adolf est oppressé par sa femme Telka, trop libre, trop indépendante, sous l’œil vindicatif de son premier mari Gustav. Ce dernier a cru être trompé par la belle et décide de se venger dans une  » créance » de revanche. Trois duos nous amènent à comprendre le stratagème. Le décor est ici utilisé comme deux pièces séparées, offrant plus d’utilité que dans Mademoiselle Julie. C’est en écoutant au mur qu’Adolf apprendra que sa femme a une dette auprès de Gustav.

Le directeur du TNP de Villeurbanne offre un ensemble cohérent entre les deux textes qui tous deux insistent sur un décryptage de la société bourgeoise. Malheureusement, les costumes au classicisme daté et le jeu sans relief des comédiens ne font pas honneur aux textes. Clémentine Verdier ne parvient pas à faire passer l’ambiguïté de son personnage au mal-être intense. Pour ce qui est de Créanciers, c’est au tour de Clara Simpson de ne pas donner accès à son statut de victime. Elle reste la fille facile à qui l’on ne doit rien. Sa robe encombrante et son jeu emphatique et descriptif n’aident en rien à moderniser l’ensemble.

Rappelons pour mémoire que le Théâtre de la Colline fait partie, avec la Comédie Française, l’Odéon, Le TJP, le Théâtre National de Chaillot et le Théâtre national de l’Opéra-Comique des six théâtres nationaux. Son objectif est la « diffusion du théâtre contemporain ». Dans ce diptyque, le texte devient sourd face à cette mise en scène sans éclat, si loin des missions de ce théâtre.

 

Photo © Élisabeth Carecchio

Naufrage Schiaretti à la Colline

Informations Pratiques


A partir du 7 mai jusqu'au 11 juin

Lieu: La Colline, 20 rue Malte Brun, 75020, Paris

Horaire:
19h30

Contact: 0144625252

27 €