[Interview] Journée mondiale de la marionnette: retour sur les deux ans du Mouffetard – Théâtre de la marionnette à Paris

20 mars 2016 Par Mathieu Dochtermann | 0 commentaires

A l’occasion de la Journée internationale de la marionnette fêtée ce 21 mars, Toute La Culture revient sur l’ouverture, il y a un peu plus de deux ans, de l’un des deux lieux dédiés dans Paris intra muros aux arts de la marionnette: le Mouffetard – Théâtre des arts de la marionnette. Entrevue avec Isabelle Bertola, la directrice du lieu, qui revient pour nous sur la période écoulée.

 

Toute La Culture : Le Théâtre de la marionnette à Paris existe, en tant qu’entité, depuis 1992. Cependant, l’ouverture du Mouffetard, le lieu qui l’accueille maintenant, ne date que de novembre 2013. Est-ce que le fait d’occuper ce lieu a bouleversé vos habitudes ?

Isabelle Bertola : « Bouleversé », je ne sais pas… Modifié des choses, c’est sûr. Je pense que la société a aussi changé en 25 ans : on n’est plus dans la même réalité, alors c’est compliqué de savoir si les changement sont liés au lieu ou si les pratiques sont tout simplement différentes. En tous cas ce que ça change c’est le fait d’être sur un territoire plus centré, même si notre ambition reste de concerner toute l’Ile-de-France…

TLC : Vous avez en effet beaucoup travaillé en banlieue depuis 1992…

I.B. : Et aussi à la Cité Internationale, et avec la Villette… plus peut-être en périphérie de Paris que dans le cœur, si on veut. Après on a beaucoup travaillé en Seine-Saint-Denis, et cela on le continue et ce pour plusieurs raisons. L’académie de Créteil – l’Education Nationale – a toujours été dynamique sur le spectacle, dont la marionnette. La coproduction de la Biennale avec la Ville de Pantin a renforcé encore ce lien avec le département… C’est vrai que la Seine-Saint-Denis est vraiment intéressante, avec une vraie volonté : ils accueillent des compagnies en résidence dans des établissements scolaires, avec des ateliers assez longs avec les élèves, avec des vrais parcours de spectateurs… Et depuis le début il y a eu des projets pour la marionnette, et toujours avec nous.

TLC : En plus que le Mouffetard soit un lieu de représentations, vous avez choisi d’en faire un lieu d’exposition, de vitrine vivante de ce qui se fait autour de la marionnette : photographies, maquettes, montages… [NdA: actuellement, on peut voir Heureuses lueurs par Flop] Est-ce que ce projet a toujours été porté par le Théâtre de la marionnette ?

I.B. : C’est une volonté dès la base. Tous les artistes avec lesquels on travaille – beaucoup en tous cas – sont des plasticiens, ou travaillent avec des plasticiens : il y a de la matière, il y a de l’objet… il y a toujours matière visuelle à montrer. C’est aussi une dimension importante du travail des artistes – maintenant moins parce qu’on reçoit beaucoup des dossiers par emails – mais pendant très longtemps on recevait des dossiers cloutés, agrafés, qui se déployaient dans tous les sens, en bois, en cuir… selon le matériau utilisé dans le spectacle. Et d’ailleurs, on en a gardé certains: ce sont de petites œuvres… Donc c’est une chose qui a toujours été présente, même quand nous n’avions pas de lieu. C’était une évidence de montrer le travail de l’artiste dans son prolongement.

TLC : En complément de cela, représentations et expositions, il y a le centre de documentation, avec un chiffre de fréquentation de 1300 personnes en 2 ans d’existence…

I.B. : En effet, il y a toujours quelqu’un, du mercredi au samedi, pour recevoir les visiteurs individuels. Ça peut être des professionnels du spectacle qui viennent se documenter, ou qui viennent entre deux rendez-vous plutôt que d’aller dans un café. Bien sûr, plein d’étudiants, des metteurs en scène ou des scénographes qui ont un projet et qui ont besoin de se nourrir… On a un fonds de vidéos assez important que les compagnies nous ont données depuis 25 ans, entièrement numérisé. Et puis on a conservé les dossiers reçus des compagnies. Morgan [NdA: Dussart] – la personne qui est chargée du centre de ressources – travaille bien sûr à cataloguer tous les documents, et est aussi disponible pour répondre aux visiteurs.

TLC : Lieu extrêmement complet, donc : expositions, salle de représentations, centre de ressources… Peut-être, s’il fallait exprimer un regret, évoquerait-on l’exiguïté des espaces de convivialité ?

I.B. : On a mis en place un petit bar, on fait des efforts… Mais en effet les visiteurs ne peuvent pas s’attabler… Les gens, s’ils ont envie de manger, sont tentés d’aller ailleurs, et dans le quartier [NdA : la rue Mouffetard] il y a tout ce qu’il faut ! On a essayé d’optimiser un maximum l’espace, mais la billetterie, à l’endroit où elle est, c’est une configuration provisoire, parce qu’il doit y avoir une deuxième phase de travaux. Si on installe la billetterie à l’entrée du centre de ressources, et qu’on met une porte vitrée, cela agrandirait le hall, on pourrait mettre deux ou trois petites tables ou des mange-debouts… Il y a des petites perspectives d’amélioration !

TLC : Au-delà de cette réorganisation, avez-vous encore d’autres projets pour le lieu ?

I. B.: Ce qui nous manque, et ce qui serait formidable, ce serait d’avoir un espace atelier. Ça, ça nous manque ! C’est absolument nécessaire pour le développement du projet, à la fois pour les équipes artistiques, qui pourraient venir travailler ici, et pour l’accueil de groupes. Là, la salle [NdA: de représentation] est occupée tous les jours : quand il n’y a pas de spectacle, il un stage, un atelier, un workshop, une résidence, ou un prêt de salle à l’un de nos partenaires…

TLC : Et quels seront les défis à relever dans les prochaines années, autrement que celui de réussir à aménager cet atelier qui vous manque ?

I.B. : Il faut qu’on fidélise. On fait un travail de prosélytisme : on va vers les habitants, les jeunes, les associations… pour promouvoir cette forme artistique. Sans faire de choix de facilité : on soutient des artistes assez atypiques qui sont dans la recherche, c’est un lieu de création… donc effectivement ce n’est pas toujours complètement prêt le jour de la première. On le sait, on le vit, on le défend, mais on sait bien que l’enthousiasme du spectateur est plus porté sur un spectacle qui a déjà eu une vie, d’une certaine manière.

TLC : C’est vrai que la démarche de prise de risque n’est pas facile à porter. Le public est sans doute plutôt habitué à être dans une position de consommateur de produit culturel « fini », au contraire d’un spectacle vivant, au sens de matériau en pleine évolution…

I.B. : On a des spectateurs fidèles. Mais pour l’élargissement on a besoin d’une apparence solide des projets. Donc à savoir jusqu’où on va dans la prise de risque… Et là, il y a aussi les questions de moyens : si certains spectacles arrivent encore un petit peu fragiles chez nous, c’est que souvent ils n’ont pas eu suffisamment de moyens de production. Et de ce point de vue là, nous, on ne peut pas apporter grand-chose : aujourd’hui on arrive à soutenir une équipe par année, et encore pas toujours au niveau où cette équipe l’espérerait…


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