Histoires d’exils et de frontières, au Lucernaire

11 décembre 2008 Par marie | 0 commentaires

pliyaL’Humanité, le journal, avait commandé, à l’occasion de son 100e anniversaire, en 2004, une série de textes à des dramaturges. Le sujet était : « un siècle d’humanité ». Ni plus ni moins. L’écrivain d’origine béninoise José Pliya avait participé à l’exercice. Au Lucernaire, trois comédiens incarnent brillamment ses lettres, des courriers envoyés des 4 coins du monde et qui racontent l’amour, l’exil et l’identité. Très beau spectacle.

 

  « Un siècle d’humanité ». On n’eût pas pu trouver un sujet plus large, plus abstrait, plus dangereux… Mais José Pliya est bon élève, auteur récompensé en 2003 par le prix du Jeune théâtre André Roussin de l’Académie Française pour Le Complexe Thénardier. En dramaturge, il a fui les concepts et les discours creux qui, quoique bien jolis, auraient pu être écrits sur ce siècle, et sur cette humanité ; en dramaturge, il crée des personnage, leur invente des histoires, les inscrits dans un espace et un temps déterminés et les fait parler, rire et pleurer, jusqu’àce qu’ils soient bien vivants. Ainsi ce soldat parti combattre en Europe en 1914 et qui, du fin fond des tranchées, écrit au Maréchal pour lui demander à « être enterré en terre française, du Sénégal » ; ainsi cet immigrant mexicain coincé en centre de rétention qui rêve d’Hollywood et loue le très « fort » Arnold Schwarzenegger, ou cette jeune militante du NSDAP qui demande à Hitler de lui rendre les enfants qui lui ont été enlevés….

 Le soldat sénégalais, le pied-noir et la sans papier renvoyée chez elle sont aux prises avec des lois pliyahistoriques et administratives qui les dépassent, et remettent en cause des identités depuis longtemps forgées. Comme la télé dans la blague de Mochué et David, l’humanité n’est, chez Pliya, ni noire, ni blanche, mais colorée de Préfets poètes qui appliquent la loi en s’émouvant devant un passeport, de pieds-noirs algériens partout ballottés et de femmes déportées qui s’extasient de la colère, donc de la vie, d’une des leurs. Un beau texte servi par le talent de trois comédiens : Jean-Pierre Becker, Paulin Fodouop et Isabelle Fruchart.

« Lettres d’humanité », Au Lucernaire, jusqu’au 3 janvier du mardi au samedi à 19h, 53 rue Notre Dame des Champs, Paris 6e, métro ND des Champs, 01 45 44 57 34. Tarif web étudiant ou sénior : 15 euros, tarif web : 20 euros. Rencontre avec l’auteur mardi prochain, le 16 décembre, à l’issue de la représentation. 

pliya, lettres à l\'humanité

MB


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