Festival Ambivalence(s) : quand le théâtre se dévergonde

10 juin 2016 Par Maïlys Celeux-Lanval | 0 commentaires

Valence, première ville du midi, perchée face à une vue phénoménale. Ville calme aussi, un peu trop parfois, mais jamais en mai : car ici les premiers beaux jours accueillent, et ce depuis six ans, le festival Ambivalence(s), un petit et précieux festival de théâtre qui fait découvrir aux Valentinois des œuvres d’avant-garde, pas intellectuelles pour un sou mais extrêmement originales. Cette année, on a pu assister à un spectacle pour une seule personne, voir une pièce dans un appartement ou encore expérimenter le théâtre participatif. Une pépite ! À noter dans votre agenda pour l’année prochaine. Avant cela, voici le récit du meilleur de l’édition 2016.

Ambivalences 2016Il y a de quoi frémir, transpirer et craindre le pire : un spectacle-performance pour une personne, voilà qui n’est ni banal ni rassurant. Ça s’appelle A Game of You, ça dure 25 minutes et c’est la compagnie Ontroerend Goed qui est aux commandes. Surtout, c’est LE spectacle dont tout Valence parle. « Il y en a qui disent que nous sommes trop directs, manipulateurs, indignes de confiance ou même méchants. Rassurez-vous, ils se trompent. » Bon, alors nous avons attendu notre tour dans un couloir du théâtre, mi-figue mi-raisin, triturant le prospectus ; un comédien est alors venu nous chercher et nous a fait entrer dans une petite pièce où nous nous sommes retrouvés seul, seul face à un miroir inquisiteur. Et c’est parti… Tout le jeu de la performance est de vous mettre face à vous-mêmes, face à vos gestes, vos mimiques et vos tics de langage, face à vos peurs aussi. Des comédiens vous entraînent de pièce en pièce, vous imitent, vous questionnent ; le résultat est drôle à pleurer. On dédramatise vite, riant du ridicule d’un mouvement nerveux, déstabilisé par notre propre voix, notre propre image. C’est inédit et inoubliable…

Tout comme Mon grand amour, joué dans l’appartement d’un HLM. Pour le spectateur : quelques chaises dans le salon, et immédiatement le sentiment d’être un intrus, invité malgré lui à observer l’agitation d’un homme qui vient de faire une connerie, puis l’échange triste d’un couple malheureux, et enfin le quotidien d’un vieil homme, seul, presqu’abandonné par les siens qui lui laissent des messages un peu trop joyeux dans le silence. Les situations relèvent du quotidien, du trivial, et par sa présence le spectateur réactive l’attention à l’Autre : car en étant entré dans son univers intime, en s’étant assis dans le salon où l’Autre se balade en chaussettes et mange sans entrain, le spectateur se sent plus proche de lui, plus proche de ce qui nous rassemble tous, ces petites déceptions, ces habitudes intimes. L’impression est troublante, très triste, prégnante. Une expérience.

Ambivalences

Ambivalence(s) relève donc le défi de mettre en danger le spectateur, de changer ses habitudes assises sur des fauteuils en velours rouge. Ici, les sens, le corps et l’imagination sont sollicités avec une jubilation jouissive… Et c’est dans un final retentissant que s’est terminé le festival, transformant la ville en fête : le samedi 28 mai 2016, devant le grand théâtre de la Comédie de Valence, une troupe de circassiens cinglés jouaient de la trompette, montait sur un poteau, sautait sur une balançoire, grimpait sur la façade du théâtre et embrassaient les spectateurs. Ceux-ci ont fini par être invités à entrer dans le théâtre, par l’entrée d’abord, par la scène ensuite, et les comédiens sautaient partout, jouant dans les coulisses, faisant des figures au-dessus du public, débarquant de l’arrière de la salle. Il s’agissait du Cheptel Aleïkoum qui présentait Ici ou là, maintenant ou jamais avec une truculence de dingo (on les retrouvera d’ailleurs à Lyon, du 8 au 11 juin 2016 au théâtre des Célestins). Un grand bordel donc, qui donnait un coup de pied phénoménal à tous les principes du théâtre classique. Pas de quatrième mur non, mais un grand éclat de rire et une ode à la création. Délicieux !


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