Une Lucia di Lammermoor en crescendo à Avignon

26 avril 2016 Par Elodie Martinez | 0 commentaires

Dimanche 24 et mardi 26 avril, l’Opéra d’Avignon reprend la production de Lucia di Lammermoor dans la mise en scène de Frédéric Bélier-Garcia. Julie Fuchs, initialement prévue pour le rôle de Lucia, avait fait savoir il y a un mois environ qu’elle se désistait finalement du projet. C’est donc la soprano tchèque Zuzana Markova (ayant déjà tenu ce rôle dans cette production) qui remplace l’interprète française pour ces deux dates. Pourtant, malgré sa connaissance de la production, le stress est plus que palpable en début de soirée…

Note de la rédaction :

Disons-le tout de suite, les premiers moments ont bien du mal à nous convaincre et nous inquiètent fortement pour la suite : un problème technique fait apparaître les premiers surtitres en fond de scène avant que ne surgissent quelques étranges lumières à leur place puis plus rien. Nous voilà donc privés de traduction pour un premier temps, mais les aléas techniques arrivent malheureusement parfois… Les lumières ont-elles, elles aussi, été victimes de la technique? Les changements abruptes, le manque de nuance d’un éclairage à un autre, les apparitions et disparitions de certaines lumières nous font nous poser la question. Si le résultat obtenu était souhaité, alors soulignons que cela ne fonctionne pas, ce qui est fort dommage car certains des tableaux visibles entre deux changements sont très beaux (tandis que d’autres nous laissent quelque peu dans l’interrogation).

C’est d’autant plus dommage que dans ce décor unique proposé par Frédéric Bélier-Garcia, les lumières sont essentielles pour nous transporter de l’intérieur à l’extérieur, d’un endroit à un autre, ou bien simplement pour accompagner la partition ou le livret. L’arène formée est quant à elle très intéressante, nous enfermant dans la tragédie et dans la prison que sont les personnages pour eux-mêmes.

Coté voix, commençons par saluer la prestation de Florian Sempey dans le rôle d’Enrico qu’il dompte d’une main de maître : puissance, prononciation, jeu, tout y est. Face à lui, Jean-François Borras ne démérite pas en Edgardo : sa voix résonne elle aussi dans la salle de toute sa puissance et l’on ne doute pas un instant de sa crédibilité pour tenir tête à son rival. Enfin, troisième voix masculin remarquable, celle d’Ugo Guagliardo (alias Raimondo) qui se hisse sans problème au rang pourtant élevé des ses deux compères cités juste avant.

Les personnages de Normanno et d’Arturo, dont les présence vocales ne sont pas les plus importantes de la partitions, ont été quant à eux quelque peu délaissés lors de la formation du plateau. Alain Gabriel, dans le rôle du premier, se fait entendre au début de l’oeuvre dans une justesse qui laisse parfois à désirer tandis que Julien Dran nous campe un Arturo sans grande projection dont on ne regrette pas vraiment la disparition…

Les personnages féminins, moins nombreux, sont toutefois loin de décevoir : Marie Karall offre une Alisa quatre étoiles à qui l’on aimerait confier davantage d’airs, mais c’est bien entendu Zuzana Markova qui capte l’essentiel de notre attention. Là aussi, les débuts effraient : le stress de la Première se fait terriblement entendre dans une voix que l’on sent tendue et dont le manque de souplesse saute aux oreilles dans « Regnava nel silenzio ». Une fois cet air célèbre passé, la soprano semble entrer un peu mieux dans le personnage et la souplesse de sa voix la regagne peu à peu. Si d’autres sopranos non coloratures ont pu briller dans ce rôle, elle paraît pour sa part s’agripper plus qu’atteindre certaines des notes les plus aiguës. Le rendu global est cependant de plus en plus agréable et, si nous avons noté ce qui semble être une difficulté à monter jusqu’à certaines notes, il n’en demeure pas moins qu’elle parvient à les sortir. Les nuances qui manquaient apparaissent elles aussi petit à petit pour être enfin pleinement présentes dans la deuxième partie où la tant attendue scène de la folie devient l’apothéose de la soprano qui s’épanouit alors enfin et tient certaines notes de main de maître.

Côté orchestre, saluons une direction superbe de la première à la dernière note par le chef Roberto Rizzi-Brignoli qui offre le meilleur de l’Orchestre régional Avignon-Provence. Le Choeur, pour sa part, pêche lui aussi à l’ouverture de l’oeuvre en laissant entendre un ensemble bien trop plat. Toutefois, il s’améliore très vite pour former un bel ensemble ensuite.

Ce Lucia di Lammermoor débutait donc assez mal avant même de commencer avec l’annulation de Julie Fuchs. S’en suit un (ou plusieurs) problème(s) technique(s), notamment avec le surtitrage. Si nous avions été à Paris, nous penserions à quelque Fantôme là-dessous… Nous sommes cependant à Avignon, et les débuts difficiles qui se sont fait entendre laisse petit à petit place aux nuances qui manquaient, même si le plus gros problème de nuance reste finalement celui des lumières. Florian Sempey, Jean-François Borras et Ugo Guagliardo forment un trio de choc superbe et Zuzana Markova, tient ici très bien son rôle de Lucia (ce dont toutes les sopranos ne peuvent pas se vanter). Nous reconnaissons et soulignons sa technique, de même que nous nous inclinons devant la réussite de sa scène de la folie, mais nous pensons à regret qu’elle ne s’inscrit cependant pas encore dans les grandes Lucia qui marqueront l’opéra. Du moins, pas ici.

A noter : la diffusion en direct le 26 avril sur Culturebox et France Musique, ainsi qu’ultérieurement sur France 3.

©Cédric Delestrade


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