Nina Stemme sidérante dans Elektra à Berlin

27 juin 2016 Par admin | 0 commentaires

Sur la scène de la Deutsche Oper, Nina Stemme est une époustouflante Elektra sous la direction de Donald Runnicles dans la mise en scène minimaliste de Kirsten Harms créée en 2007.

L’orchestre explose et aussitôt les servantes du palais entrent avec précipitation de chaque côté du plateau se trouvant ainsi devant le grand mur doré du palais de Mycènes. Ces femmes, en robes noires chics et apprêtées de bijoux ouvrent la paroi et laisse entrevoir le sous-sol de la maison des Atrides, un lieu sombre et oppressant.  Couchée au sol, à même la terre et le gravier, Elektra pleure la mort de son père Agamemnon dont elle porte, en souvenir, le veston sur une simple robe blanche. Dans cet espace vide et clos, Elektra erre hagarde, le visage sans far.

Nina Stemme possède parfaitement le rôle d’Elektra qu’elle a déjà chanté à Vienne puis à New York. Elle est habitée par la douleur de la sœur d’Oreste et incarne son désir de vengeance avec une force intérieure remarquable et une intensité nerveuse retenue et anti démonstrative. Pour autant, l’amplitude et la puissance de sa voix sidèrent. La fureur et la joie la gagnent dans la scène de retrouvaille avec Oreste. Une fois sa vengeance satisfaite, elle chante « Schweigen und Tanzen » tremblante et incandescente portée par les sonorités luxuriantes de l’orchestre merveilleusement sensible et spectaculaire à la fois.

Nina Stemme est en fusion avec ses partenaires. Manuela Uhl interprète Chrysotemis avec une forte conviction et un timbre touchant et lumineux. Waltraud Meier se glisse avec humour dans les vêtements de la mégère Clytemnestre, bourgeoise coiffée d’une perruque blonde, ornée de lourds colliers de perles et vêtue d’un long manteau de fourrure rouge. La chanteuse apporte au personnage outre une classe folle une dimension humaine incroyable car elle fait entendre le texte avec précision et naturel. Fébrile et dangereuse, elle apparaît avec une hache dans les mains et livre ses angoisses paranoïaques. Elle personnifie avec une présence scénique et une justesse exceptionnelles le vice, la violence et les tourments de cette reine ravagée par les insomnies et les cauchemars.

Nicolas Chaplain

A la Deutsche Oper de Berlin (Allemagne) le 23 juin 2016 © Bettina Stoess.


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