[Interview] « La perle et l’écrin » : Chiara Skerath et Antoine Palloc nous parlent de « L’INSTANT LYRIQUE »

6 mars 2016 Par Elodie Martinez | 0 commentaires

Alors que la soprano belgo-suisse Chiara Skerath était sur la scène de l’Opéra de Paris pour le Capriccio de Strauss et Carsen en février et qu’elle se prépare à suivre Marc Minkowski sur les routes d’Europe pour un Testament de Mozart qui passe par la Philharmonie le 15 mars 2016, nous l’avons rencontrée pour qu’elle nous parle d’un projet tout à fait original : les 7 mars et 4 juin 2016, la diva sera la voix de l’ »INSTANT LYRIQUE ».

Mené par Richard Plaza et le pianiste unique de cette série de récitals, Antoine Palloc, qui s’est joint à la chanteuse pour nous dévoiler ce beau programme, l’INSTANT LYRIQUE est un récital d’un genre nouveau qui se donne à l’éléphant de Paname (Paris) et aux Minimes (Mane-en-Provence). De son côté, le pianiste est le chouchou de nombreuses grandes voix et il accompagne (ou a accompagné) entres autres Jennifer Larmore, Frederica Von Stade, David Daniels, Mireille Delunsch, Isabelle Cals et Annick Massis. Mais il ressentait le besoin de donner à son public un nouveau cadre de rencontres lyriques…

Avec l’INSTANT LYRIQUE les fans d’opéra sont invités à entendre en récital des grandes voix comme Karine Deshayes, Nicolas Courjal ou Sylvia Schwartz. Un moment de grâce et d’intimité qui a tellement séduit son public que le concert du 7 mars avec un programme éclectique qui va de Mozart à Reynaldo Hanh (cliquez ici pour en savoir plus) se joue à guichet fermé. Rencontre avec un duo vibrant de talents, d’énergie et de projets…

Toute La Culture : Comment est née l’idée de l’INSTANT LYRIQUE ?

Antoine Palloc : L’INSTANT LYRIQUEest une formule créée par le ténor Richard Plaza et à laquelle il m’a associé. Les amateurs d’opéra affectionnent les récitals mais nous avons remarqué qu’ils se faisaient de plus en plus rares.. Il y avait donc un manque à combler et une forte envie de remettre à l’ordre du jour le récital. L’idée de l’INSTANT LYRIQUE est née, avec tout de suite l’objectif d’une séries de 5 ou 6 concerts par an mettant en avant une grande voix récemment révélée par un concours, un prix, un album ou une production d’opéra. Naturellement très attentif aux « nouvelles voix », depuis lors, j’écume encore plus les scènes pour essayer de déceler la nouvelle ou le nouveau jeune qui va pouvoir apporter quelque chose à l’art lyrique. Alors que pour nous, la révélation 2015 était le ténor Manuel Camelino, cette année, 2016 est placée sous le signe de Chiara. Ensuite, d’autres grandes voix ont répondu présents pour nous accompagner dans cette nouvelle aventure, comme Nathalie Manfrino, Karine Deshayes, Nicolas Courjal….

TLC : Vous êtes vous mis à la recherche de subventions ?

AP: Non, c’est une initiative totalement privée et là, il faut vraiment mettre à l’honneur Richard Plaza, le cercles des amis de l’INSTANT LYRIQUE  et les chanteurs qui ont tous répondu présent, nous permettant de commencer sans budget pour arriver avec succès jusqu’à notre 4e saison ! Je trouve que c’est assez extraordinaire de se passer de subvention et d’aide publique pour faire confiance au sponsoring, à l’amitié et aux mélomanes qui ont envie de nous aider.

TLC : D’après vous, pourquoi pense-t-on que le récital est mort en France s’il y a de la demande à la fois du côté des chanteurs et du côté du public ?

Chiara Skerath : Il y a aussi la vision que les gens ont du récital. Ce n’est pas forcément quelque chose de vieux, de poussiéreux. Ca peut tout à fait dans l’ère du temps. pas besoin de transformer une œuvre en pièce de musée pour en respecter le texte et la musique…

AP : Il faut le moderniser au bon sens du terme. En musique, on est aussi, hélas, tombé dans une société de consommation où il y a un peu de « mal bouffe » avec des « fast-food musicaux ». Du coup, avec ce genre de série, on offre un petit moment privé et joli, avec un chanteur qui a envie de donner et un public qui est là pour recevoir.

CS : Et puis, c’est un cercle vicieux : moins il y a de récitals, moins les gens connaissent le répertoire et moins ils ont envie d’aller l’entendre…

AP : Oui, il y a une « déséducation » du public. Une non-éducation plus globale dans la société aussi d’ailleurs.

CS : Et puis il y a des gens qui préfèrent la forme intime du récital à la grande machine magique de l’opéra. Il y a là différents répertoires et je trouve que c’est important de continuer à faire des récitals, pour offrir ce choix de la forme au public. .

TLC : Est-ce qu’il y a des sortes de « rendez-vous pédagogiques » organisés par l’Instant Lyrique dans cette idée « d’éducation musicale » ?

AP : C’est quelque chose qu’on envisage de faire, et j’y tiens. L’IINSTANT LYRIQUE a une vocation de partage et d’ouverture sur ce que sont les métiers de l’art lyrique. Ca peut passer par les récitals, une master class ou une série d’éveils pédagogique. L’année prochaine, un ou deux concerts de la saison vont être associés à une cause. L’année prochaine, ce sera la femme au Palais de la femme dans le 11ème arrondissement de Paris. Et puis j’aimerais aussi beaucoup faire ça en milieu carcéral, ce que j’avais fait il y a longtemps quand j’étais directeur à l’Opéra du Rhin.

CS : Je pense que c’est important pour pallier un réel problème d’éducation actuel : on écoute ce qui passe à la radio, on ne prend plus le temps de lire les textes, parce que ça demande du « travail ». Ca me désole de voir que les enfants ne peuvent plus citer un seul compositeur de musique classique… A part Mozart, avec « l’opéra rock ». J’ai fait des ateliers pour enfants à Royaumont, autour de Mozart justement, et c’était super ! Ils ne connaissaient pas et à la fin ils étaient ravis.

AP : Et puis à la fin de chaque concert, si dans toute la salle il y en a un, ou deux maximum, qui disent le soir à leurs parents : « J’aimerais bien aller à l’opéra », je me dis que c’est gagné. On n’est pas Madonna, on n’est pas Johnny Hallyday, on ne va pas toucher des foules disproportionnées, il faut travailler à notre niveau. On ne va pas remplir le stade de France ! (rire)

CS : Mais en fait, il n’y a jamais eu de grande salle pour le récital…

AP : C’est vrai. Traditionnellement, i y a toujours eu des petites salles et c’était plein tout le temps. Depuis quelques années, les récitals sont trop peu nombreux, réservés à des superstars mais dans des trop grandes salles. Du coup, ça ne remplit pas toujours et ca dessert tout un genre de partage de la musique.

TLC : Comment travaillez-vous ensemble ? Comment préparez-vous le récital du 7 mars?

CS : La première fois qu’on s’est vu avec Antoine, ça a tout de suite marché. Notre grande force c’est que l’on s’écoute mutuellement.

AP : Avec Chiara, on a atteint un extraordinaire niveau de confiance sur scène. Et ensemble on peut vraiment prendre des risques. Or, c’est dans la prise de risque que l’émotion vient, pour le public et pour nous aussi, d’ailleurs.

Et comment répartissez-vous les rôles?

AP : Ce qu’il y a de merveilleux dans le piano-chant, c’est que l’être chantant a la possession des mots, du texte et du sens qu’il veut lui donner. Le pianiste est là pour mettre tout ça comme une perle dans un écrin. En fait je ne me sens pas du tout « accompagnateur » : Le travail on le fait tous les deux. Mon rôle c’est d’amener, de projeter, de laisser la liberté tout en encadrant Chiara… Comme un chef d’orchestre ferait avec un orchestre !

CS : C’est aussi cette liberté que j’apprécie lorsque je chante avec un pianiste comme Antoine : il connaît lui aussi tous les textes. Que ce soit en allemand, en français, en italien, il sait ce que je dis. C’est ce qui fait que si je veux interpréter un texte différemment, il va aussi me suivre. C’est un chef d’orchestre mais c’est aussi un peu un psychologue… (rire)

Le mot de la fin pour résumer ce projet de l’INSTANT LYRIQUE ?

AP : Je dirais que c’est une aventure car c’est une redécouverte du métier. J’ai réalisé bien des choses quand en donnant naissance à l’INSTANT LYRIQUE. On sait finalement créer bien de nouvelles aventures pour vivre la musique…

CS : De mon côté, je suis vraiment contente de faire des récitals. J’en ai fait énormément au Conservatoire, à Royaumont,… J’en fais de moins en moins et ça me manque terriblement.
AP : On va en faire, vraiment, on va en faire!

visuel : Antoine Palloc et Chiara Skerath, photo officielle


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