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[Récital] Annick Massis et Antoine Palloc emmènent l’Opéra Bastille de France en Italie

[Récital] Annick Massis et Antoine Palloc emmènent l’Opéra Bastille de France en Italie

30 avril 2015 | PAR Yaël Hirsch

Ce 29 avril, l’amphithéâtre de l’Opéra Bastille affichait complet pour le récital de la soprano Annick Massis (qui vient de finir de chanter le rôle de L’infante du Cid de Massenet dans la Grande Salle), accompagnée au piano par Antoine Palloc. Apparition, dans sa robe asymétrique turquoise et avec sa longue tresse blonde, la chanteuse a convié son public très attentif à un voyage initiatique de 2 heures, où l’on a découvert de nouvelles pièces françaises, comme italiennes.

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C’est sur trois pièces à la fois spirituelles et existentielles de Olivier Messian qu’Annick Massis, très précises, et Antoine Palloc, qui suit son souffle, ouvrent une première partie dédiée au chant français. Puis l’on rebondit sur deux mélodies très colorées de Reynaldo Hahn, sur des textes de grands poètes (Viau, Hugo). Quand on arrive à Debussy et Verlaine avec le fameux « C’est l’extase langoureuse », Annick Massis s’offre complètement à ce monologue amoureux et plonge dans l’émotion. On retient son souffle avec trois autres mélodies de Debussy, plus ésotériques et tout aussi amoureuses (« Green », « Romance », « Apparition »)avant de plonger dans l’impérieux « Oh! Quand je dors » de Franz Liszt. Sur un texte de Hugo et dans le sillage du piano romantique et fougueux de Antoine Palloc, Annick Massis transforme cette expression du désir en incantation. Fortement et longuement applaudie par un public qui, au début n’osait pas interrompre le charme et la concentration, mais qui ne résiste plus devant le brio de cette interprétation, Annick Massis rebondit dur du Ambroise Thomas : une mélodie qui parle du Soir mais où elle fait « un clin d’oeil à Mignon ». Les deux interprètes nous font découvrir une composition de Emile Paladilhe sur un texte de Pierre Corneille, avant de clore cette première partie française et originale par une autre pièce Belle Epoque que la couleur de Massis sublime : « Chère nuit » de Alfred Bachelet.

On nous avait prévenu : les italiens, même en mélodie sont lyriques, c’est ce que l’on découvre dès le début de la deuxième partie avec une des premières œuvres publiées par Verdi « Nella solitaria stanza ». On passe par une toute aussi jolie mélodie de Puccini « Sol e amore » et un clin d’œil au compositeur, avant d’entrer dans le vif du sujet avec trois moments de musique à couper le souffle : « Une prière à la Madone » de Gounod qui remet une petite dose de France dans tout ce soleil Italien, sans ralentir l’envolée de la chanteuse et de son pianiste, qui bouleversent le public avec un chant intense de Bellini, « La Recordanza », où l’on entend déjà Les Puritains. Et également avec un écho premier du fameux « Ebben? Non Andro Lontana », avec la « Chanson groenlandaise » de Alfredo Catalani. Devant un public galvanisé et passé de la mélodie française la plus exigeante au Bel Canto italien le plus entraînant, Annick Massis finit sur une valse qui bat toutes les mesures en nous faisant découvrir « Il Bacio », de Luigi Arditi, qui fait penser à la clarté et aux variations de l’Air de Rosine dans le Barbier de Rossini.

Un peu essoufflée après deux heures de concert merveilleuses et généreuses, Annick Massis serre avec complicité la main d’Antoine Palloc en saluant et il repasse derrière son piano pour deux bis – qui sont aussi une invitation à la découverte : un air de Alberto Franchetti et une autre valse irrésistible composée par Luigi Arditi, où elle a minaudé et poussé son timbre chaleureux avec une joie communicatives.

Sous des tonnerres d’applaudissements et avec deux bouquets de fleurs, les deux artistes ont salué un public charmé d’avoir été surpris par le programme et encore plus amoureux de la voix d’Annick Massis.

Photo : (c) Gianni Ugolini sur le site d’Annick Massis.

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : yael@toutelaculture.com

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