Le flamenco ultra désirable d’Aurélien Bory

3 avril 2016 Par Araso | 0 commentaires

Oubliez tout ce que vous avez d’imagerie d’Epinal sur le Flamenco et autre fantasmagorie folklorique associée: « Questcequetudeviens? » est un spectacle sexy et élégant porté par Stéphanie Fuster. Aurélien Bory l’a créé pour elle en 2008, alors qu’elle revenait d’une immersion totale de 8 ans dans l’univers du flamenco à Séville. Après « Corps Noir« , créé cette semaine au musée Picasso par le même duo, l’occasion est donnée par le Théâtre Monfort de revoir ce spectacle immanquable, dans le cadre du festival (Des)Illusions. 

Note de la rédaction :

Si les chaînes Youtube et l’imaginaire collectif pullulent de clichés à base de volants, robes à pois et fleurs dans les cheveux, Stéphanie Fuster fait siennes ces traditions, regroupées sous l’ombrelle d’une seule robe rouge, parangon du genre. De ce faux costume et ce faux corps elle fait un double, s’en amuse, le détourne puis s’en débarrasse pour s’approprier la scène. En collant noir et soutien gorge, elle effectue ses premiers pas qui révèlent l’anatomie du mouvement, décomposé au ralenti. Son entrée en scène est un hommage aux sources du flamenco: le chant a capella, les palmas – ces claquements de doigts qui accompagnent le chant et que Stéphanie Fuster exécute à la perfection, et les zapateados – les claquettes.

« Questcequetudeviens? » explore le concept de la boîte, repris dans « Corps Noir » vu cette semaine au musée Picasso. La boîte translucide comme antichambre, lieu de toutes les expérimentations. La danseuse y cherche ses marques, en tenue de travail ample. Grâce à une dialectique avec la guitare de José Sanchez et le chant d’Alberto Garcia, tous deux exceptionnels, elle met en évidence la part essentielle de musicalité de la danse flamenco. Les talons qui claquent font office de percussion, se font la caisse de résonance du chant et de l’instrument dont il ponctuent les phrases. La cabine s’embue au fur et à mesure, terrain de jeu autour de l’empreinte du corps: sur la vitre, dans l’espace, le corps dessine des motifs primitivistes. En filigrane, un très beau travail sur le désir et les pulsions de vie. 

Stephanie Fuster réapparaît sur le plateau en petite robe noire. La danse part des tripes, une énergie féminine d’une force inouïe inonde littéralement la scène: des sources d’eau remontent par le plancher du plateau comme par magnétisme. Elle bouge, cogne, tourne en continuant de dessiner des arcs de cercles de la pointe de ses membres. Sa force jaillit du bout de ses longs doigts qui articulent tout un discours, dans la plus pure tradition du flamenco. Ce spectacle dure une heure, c’est magnifique, vivifiant pour le mental, presque aphrodisiaque. 

Visuels © Aglae Bory/DR


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