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Rosalía, déesse du flamenco

Rosalía, déesse du flamenco

05 août 2019 | PAR Donia Ismail

Les portraits musicaux font leur grand retour sur TouteLaCulture! Cette fois-ci, on s’envole vers l’Espagne, au cœur de la Catalogne, à la rencontre de la sensation flamenco. Claquement de mains, paroles brutes et rythme endiablé. Voici Rosalía.

 

 

Il faudrait vivre dans une cave pour ne pas se rendre compte de la popularité de la musique latine dans le coeur des êtres humains autour du monde. Aux États-Unis, un J Balvin, un Bad Bunny ou une Becky G raflent tout sur leur passage. On s’aperçoit  — enfin — que l’Amérique latine  est un vivier de talents. Il était temps ! Certes on ne comprend pas tout, mais le rythme ensorcelant qui émane de ces musiques est assez communicatif pour détruire toutes barrières linguistiques. Rapidement dans le jeu de la musique mondiale, à celui qui vendra le plus, et innovera le mieux, une certaine uniformisation des musiques espanisantes se fait ressortir. Flûte.  C’était sans compter la présence sur le vieux continent d’une étincelle de Barcelone, capable de brûler tout sur son passage : Rosalía. À 25 ans, elle a à ses pieds spécialistes musicaux et adeptes de flamenco.

Un été chaud au coeur de Barcelone, nous aura suffi pour dénicher cette perle deux ans auparavant. Dans un bar de flamenco de la capitale espagnole, Catalina retentit.

On se croirait dans un film tant la situation était cinématographique. À l’orée des arbres, chacun vague à ses occupations, et en fond, cette douce ballade. Issue de son premier album Los Ángeles, Catalina regroupe tout ce qui fera quelques mois plus tard la marque Rosalía : un flamenco brûlant plus traditionnel qu’il n’est aujourd’hui, une rage incommensurable dans sa voix, une théâtralité puissante et une habilité hors pair à naviguer entre aigu et grave. La prodige espagnole nous ouvre ainsi les portes d’un univers particulier, où seuls quelques privilégiés peuvent y pénétrer. Plus pour longtemps.

Coup de foudre musical

Géographiquement, elle n’aurait pu rencontrer cette destinée artistique qu’elle embrasse aujourd’hui. Car c’est bien grâce à son flamenco moderne et insolent que Rosalía s’est faite une place parmi les plus grands, et cela en un temps-record.

Née en Catalogne, elle passe les premières années de sa vie éloignée du flamenco, genre musical qui éclot en Andalousie au XIXe siècle. L’adolescence arrive. Un jour, elle marche dans la rue. Passe à ses côtés une voiture, les fenêtres baissées, jouant à qui veuille l’entendre une chanson qui va changer sa vie. Elle y entend une voix ravissante et ces claquements de mains légendaires. Elle comprit en un quart de seconde que le flamenco était son truc, cette passion « qui allait [la] guider toute sa vie ». Camaron de la Isla devient alors une icône pour la jeune Rosalía. Un flamenco direct, frappant et surtout viscéral.

Elle reçoit un soir une guitare provenant de Grenade, l’une des villes les plus importantes d’Andalousie et s’adonne à apprendre les règles et rudiments de ce genre musical.

À 16 ans, elle croise le chemin d’une superstar du flamenco, José Miguel “El Chiqui” Vizcaya, son Pygmalion. Il l’a prend sous son aile, lui enseigne les bases du chant et du piano. En un claquement de doigt, elle se retrouve sur les petites scènes de tablaos (bar de flamenco) dans les allées de Barcelone.

Lettre d’amour au flamenco

Pour toujours aller plus loin dans cette discipline, elle s’inscrit à l’école supérieur de musique de Catalogne. Être sûre de savoir tout de ce genre, pour ne pas devenir la petite de Barcelone obnubilée par le flamenco. Elle voulait connaître son essence, que ce genre de musique vive en elle, la consume.

Puis il fallait se lancer dans l’océan qu’est la musique mondiale. En février 2017, elle dévoile son premier album Los Ángeles, une lettre d’amour à une Espagne flamenco rêvée.

Paroles tranchantes, claquements de mains, guitare folle, tout renvoie à un flamenco traditionnel, presque puriste. Rosalía reste prudente, ne tente pas les débordements créatifs tant ce premier opus reste enfermé dans une forme de traditionalisme. La presse l’acclame mais ça ne prend pas. Certains osent même reprocher à Rosalía que l’album n’est pas assez flamenco. Aberrant.

Elle s’enferme aux côtés de son acolyte de toujours, le producteur El Guincho. Ensemble, ils vont passer des nuits entières à façonner la nouvelle pépite de la chanteuse espagnole. Quitte à ne pas dormir. Dans sa tête, elle imagine un album récit qui puise son inspiration d’un roman catalan du XIIIe siècle, Flamenca. Exit les singles bon marchés qui s’enchaînent sans goût ni couleurs, Rosalía rêve de plus : un album qui se consomme comme une oeuvre d’art, divisé en chapitres. Il faut un nom à la hauteur de cet espoir. Ce sera El Mal Querer, un amour sombre. Elle y raconte l’histoire d’une femme qui épouse un homme. Ce dernier, au nom d’une jalouse omniprésente et cruelle, l’enferme.

En mai 2018, le premier single, Malamente, sort. Quelle claque.

 

Plus qu’une esthétique irréprochable, qu’elle entretient au fil de sa carrière Malamente est surtout une masterclass musicale. Elle est transformée, sa musique modernisée. La marque Rosalía émerge. L’artiste décide de rompre avec les traditions et parsème ce premier son de beats hip-hop et électro. Encore une fois, Rosalía transmet plus qu’elle n’éduque. Les barrières linguistiques disparaissent sous la voix puissante de la jeune espagnole. On ressent la fureur de son flamenco, la tristesse de ses lamentations. On y entend des sirènes, des claquements de mains, des choeurs. Une cacophonie réussie. Elle devient celle qu’il faut écouter. Certains l’appellent Diosalía — contraction entre le mot .

Elle enchaîne les singles Pienso en tu mirá, Di mi nombre, avec autant de ferveur. Fin 2018, son album sort, même enthousiasme. Certains se flagellent de ne pas l’avoir déniché plus tôt. Son talent échappe à tous. Elle reçoit de Latin Grammys Awards, sans que la scène mondiale ne la connaisse réellement. Les clips Bagdad et De aquí no sales sont dévoilés. On acclame son originalité visuelle. Puis un jour, elle explose avec le tube de l’été : Con Altura.

 

Son ami de toujours El Guincho en pilote louche, Rosalía danse dans les allées de l’avion. Elle y invite la superstar colombienne J Balvin pour quelques lignes, comme pour montrer que le flamenco peut être à la mode. Il l’est et grâce à elle. La suite pourrait être plus compliqué : les yeux du monde entier sont rivés sur elle. Mais pas de panique : la Rosalía d’un claquement de mains met tout le monde d’accord. En témoigne son dernier bébé Fucking Money Man.

 

© visuel : Ana Larruy / kit presse. 

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Donia Ismail

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