Le Festival de Marseille sous le signe de la danse et de l’Afrique

6 avril 2017 Par
Bénédicte Gattère
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Du 15 juin au 9 juillet se tiendra comme tous les ans, pour sa 22e édition dans la ville de Marseille, le festival consacré aux arts vivants. Cette année il se déroulera en partenariat avec le festival d’Avignon : le week-end de clôture rejoindra la thématique de l’Afrique du grand festival de théâtre.

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Pour ce rendez-vous de la création chorégraphique et des « arts multiples » au niveau national et international, beaucoup de créations et de premières sont au programme. Julien Gosselin, l’un des jeunes metteurs en scène les plus remarqués du dernier Avignon avec 2666, va présenter une nouvelle pièce intitulée 1993. Le metteur en scène est parti de ce constat que l’année 1993 a vu l’édification de deux tunnels transfrontaliers européens : celui de l’Eurostar sous la Manche et celui du CERN, l’accélérateur de particules, situé à la frontière franco-suisse. Après cette expansion au-delà des frontières, même spatio-temporelles, souhaitée par l’Europe, force est de constater l’échec de cette utopie, notamment depuis le Brexit et le renforcement des opérations de Frontex. Désormais, les flux se font de plus en plus en circuits fermés et l’ère est au repli identitaire. Pour l’écriture, le metteur en scène a choisi de faire appel à l’écrivain Aurélien Bellanger car il « ne souhaitait pas adapter un texte ancien ni trahir les témoignages recueillis en amont”. Souhaitant en réalité au travers de 1993 se saisir de la problématique de la migration, cette création à Marseille, ville portuaire et de passage, fait particulièrement sens.

La danse, en cette année 2017, aura une place prépondérante. Encore une fois, la part belle est faite aux créations. On assistera à celle de la compagnie brésilienne de Bruno Beltrão, dont les danseurs sont tous issus des favelas de Rio, ainsi qu’à une création in situ de Nacera Belaza, qui poursuivra ses recherches sur la forme du solo dansé. La chorégraphe Bouchra Ouizguen présentera quant à elle une suite à sa pièce Corbeaux, présentée à Paris cet automne. La direction du festival a été prise depuis l’année dernière par Jan Goossens qui sait imposer des artistes à la fois en recherche ou confirmés, exigeants et variés, et cela se ressent au vu de la richesse de cette programmation. Le festival se termine en feu d’artifice le dernier week-end avec une focale sur l’Afrique subsaharienne, qui là aussi, allie reprises, et créations. Au menu, des conférences avec la présence d’Achille Mbembé, du cinéma, de la musique avec La Caravane du désert et encore et toujours de la danse. Le chorégraphe Serge Aimé Coulibaly donnera la première de Kalakuta Republik le 9 juillet et la jeune chorégraphe Dorothée Munyaneza reprendra quant à elle sa pièce écrite à partir du génocide rwandais, Samedi Détente, une création émouvante et puissante.

Un autre aspect qui fait de cette manifestation un moment à la fois de partage et d’exigence réside dans sa volonté de faire venir un public élargi. Le festival de Marseille se vit dans l’idée de partage et de correspondance avec la ville. Marseille devient le point de concentration de toute une énergie artistique, sur une durée de plus de trois semaines. Il ne s’agit pas de laisser pour autant les non-initiés au bord du chemin. Depuis huit ans déjà une Charte Culture a été mise en place, en lien avec des associations et les mairies de secteur de la ville. Elle permet à tous, y compris aux plus démunis d’être informés de la programmation via des actions de médiation et de bénéficier de la billetterie solidaire, proposant des places à un euro. Cette ouverture, le festival la créée et la suscite grâce également à des spectacles donnés en plein-air sur le toit de la Friche de la Belle de Mai et au parc Henri Fabre.

Visuel : Sanctuary, Brett Bailey © Nicky Newman