« A I R », les vies dansées de Shifts aux Hivernales

21 février 2017 Par
Amelie Blaustein Niddam
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Jusqu’au 25 février se tient à Avignon, la trente-neuvième édition des Hivernales. Ce lundi, Caroline Allaire, I-Fen Lin et Katarzyna Chmielewska confessaient sous la direction chorégraphique de  Malgven Gerbes et David Brandstätter (formés à ArtEZ, fondateurs de s-h-i-f-t-s — art in movement en 2007) leur héritage corporel de la danse contemporaine. Tendre et tellement intelligent.

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La danse se regarde et s’ausculte, c’est la tendance. Elle fait son histoire, tente de comprendre ses fondations. L’exemple le plus évident est 20 danseurs pour le XXe siècle de Boris Charmatz qui raconte  les grands mouvements pops et intellectuels de la danse. Mais comment cette révolution qui a vu naître la danse libre d’Isadora Duncan et qui n’a cessé de produire des ramifications se traduit-elle dans le corps des artistes?

Malgven Gerbes et David Brandstätter se sont prêtés à un exercice que Jérôme Bel adorerait, lui qui, il n’y a pas si longtemps, faisait des portraits de danseurs, en demandant à trois danseuses  ; Caroline Allaire, I-Fen Lin et Katarzyna Chmielewska,  de raconter leurs trajectoires. Une française, une polonaise et une chinoise qui vont danser selon leurs positions géographiques (idée géniale) . Elles se placent sur une carte imaginaire, sur ce plateau nu ponctué d’un grand écran vidéo. A gauche, à droite, devant ou derrière l’une ou l’autre en fonction de leurs déplacements.

Elles vont donc raconter leur vie de danse de façon chronologique jusqu’au point de rencontre. L’occasion à travers ces récits parlés et dansés de ces jeunes femmes qui ont commencé à danser enfant dans les années 80 de croiser les compagnies les plus prestigieuses et pointues du monde. On entend PARTS, Wuppertal, Conservatoire…

Malgven Gerbes et David Brandstätter les dirigent avec humour, comme des comédiennes, et on se marre avec elles face à des choix qui ressemblent parfois à des couacs. Mais l’essentiel n’est pas là.  A I R offre une lecture neuve et un point de vu inattendu sur l’histoire de la danse. Comment la petite histoire (une danseuse) croise la grande histoire ( Dance de Lucinda Childs, Fase d’Anne Teresa de Keersmaeker…) Les frissons montent quand l’on comprend qu’elle a dansé chez Pina et qu’elle a quitté la P.A.R.T.S, l’école d’Anne Teresa de Keersmaeker.

Ces danseuses hors pairs, capable d’offrir une distance sur leur vie et leur corps parfaite deviennent pour nous des copines à qui on a envie de répondre. L’émotion est ici parfaitement amenée dans cette danse qui mêle éléments illustratifs, pas de chorégraphies apprises et liberté d’interprétation.

La compagnie Shifts – art in movement  présente un autre spectacle dans le cadre des Hivernales,  Yes No Maybe to, Jeudi 23 février à 18 h au Théâtre des Carmes André Benedetto

Visuel : ©Shifts – art in movement