Classique

L’Elbphilharmonie, exceptionnelle et désormais incontournable

L’Elbphilharmonie, exceptionnelle et désormais incontournable

21 février 2017 | PAR Nicolas Chaplain

Le 11 janvier 2017, l’Elbphilharmonie ouvrait ses portes pour la première fois au public. Tel un navire sur les rives de l’Elbe, le fleuve qui traverse Hambourg, cet incroyable bâtiment de 110 mètres de haut, imaginé par les architectes Herzog & de Meuron, impressionne et éblouit par son ampleur et sa beauté.  Grâce à des concerts d’une heure et peu chers, l’Elbphilharmonie s’ouvre à tous.  

Sur un ancien entrepôt en briques rouges datant des années 1960, une structure vitrée en forme de vagues abrite deux salles de concert, une boutique, un restaurant, un hôtel et des appartements. Entre les deux parties se situe, à 37 mètres de hauteur, la Plaza, une plateforme de laquelle on peut profiter d’une vue imprenable sur l’activité de la Hafencity, le fleuve et la ville, la Speicherstadt (quartier des entrepôts) et les canaux. Un mince chemin extérieur permet de faire le tour du bâtiment.

Pour pénétrer dans l’Elbphilharmonie et accéder aux salles, tous les spectateurs empruntent le « Tube », un escalator roulant incurvé, le premier au monde et le plus long d’Europe (82 mètres) qui retarde l’arrivée dans le hall, attise la curiosité, excite les sens. La grande salle de concert peut contenir 2100 personnes, chacune située à moins de 30 mètres de la scène et du chef d’orchestre.  La salle est sobre et élégante. Les formes et les lignes des balcons, délicates et souples. Les murs sont recouverts de panneaux en gypse gris clair conçus par l’ingénieur acousticien japonais Yasuhisa Toyota.

Lors de la soirée d’inauguration, en présence d’Angela Merkel, le directeur général et artistique Christoph Lieben-Seutter et les politiques ont clairement exprimé leur responsabilité et leur devoir de faire de cette philharmonie un lieu de toutes les musiques fréquenté par tous. Afin d’attirer un nouveau public vers la musique classique et de faire découvrir cette salle somptueuse aux hambourgeois et aux visiteurs impatients, l’orchestre symphonique de la NDR et son chef Thomas Hengelbrock proposent une série de plus de trente « Concerts pour Hambourg ». Ceux-ci durent une heure et sont peu chers. L’ambiance y est décontractée et le plaisir de la musique partagé. Cette initiative géniale permet aux non-initiés de faire l’expérience de chefs d’œuvres de la musique classique. Une campagne de communication affiche des habitants de la ville, celui du boucher, de la pharmacienne, du propriétaire d’un café et le message est clair : l’Elbphilharmonie est pour tous.

Le programme, intelligemment conçu, fait donc la part belle à des œuvres orchestrales populaires qui favorisent tous les pupitres et met en avant de jeunes solistes. La pianiste nippo-allemande Alice Sara Ott électrise le premier mouvement du Concerto en sol de Maurice Ravel. Espiègle, brutale et anguleuse, elle déploie une profonde délicatesse dans l’Adagio Assai et les pianissimi sonnent miraculeusement dans la salle de l’Elbphilharmonie. L’orchestre swingue avec ivresse. Enfin, l’orchestre gronde et fait entendre l’ouverture de Tannhäuser de Wagner, grandiose et tempétueuse ainsi que le ballet ajouté dans la version parisienne de l’opéra. L’œuvre licencieuse loue Vénus et le plaisir et résonne ici avec suavité et chaleur. Le concert se conclut avec l’introduction majestueuse de l’acte III de Lohengrin

A l’Elbphilharmonie de Hambourg, le 14 février 2017. © Thies Rätzke

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