Danse

« Dance », le mouvement augmenté de Lucinda Childs au Théâtre de la Ville

« Dance », le mouvement augmenté de Lucinda Childs au Théâtre de la Ville

21 octobre 2014 | PAR Amelie Blaustein Niddam

L’immense chorégraphe américaine est à Paris, et cela vaut événement. La reine de la danse minimaliste donne à voir, à l’invitation du Festival d’Automne, le chef d’œuvre Dance qui joue d’un glorieux name dropping : Philip Glass pour la musique, Sol LeWitt pour la vidéo, et bien sûr, Lucinda Childs aux pas.

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Le spectacle est d’abord passé par le Forum Blanc Mesnil, très menacé ces derniers temps. La nouvelle municipalité voudrait transformer ce haut lieu de la création en un théâtre de boulevard vulgaire. Mais là n’est pas notre sujet. Dance est au Théâtre de la Ville qui s’y connaît en changements d’ambiance. Après l’orgie sonore d’Idiot, nous entrons ici dans le minimalisme radical de Luncinda Childs. Dance a 35 ans et pas une ride. C’est une pièce en trois parties : Dance I, Dance II Dance III, qui, et l’on reconnaît ici ce qui a inspire le travail d’Anne Teresa de Keersmaker dialogues entre elles sans évidence.

Ils seront douze danseurs sur scène, plus ceux filmés par LeWitt en 79 ( la vidéo a été restaurée) qui surgiront sur un écran transparent, venant apporter du relief ou écraser les petits humains. Lucinda Childs décrit ainsi sa création : « La danse forme un courant continu de corps traversant la scène… comme la musique : c’est un flux, on a envie de s’y glisser, d’être à l’intérieur d’elle. »

Il y a un dialogue à trois parfait. La musique a été créée pour Dance, les pas ont été crées pour la musique, la vidéo pour s’accorder aux danseurs. Trois temps donc qui n’en forment qu’un seul. Deux quartet et au centre un solo, au départ, en 79, dansé par la gracile Lucinda. Cela commence très simplement avec quelques jetés et ronds de bras. Et rapidement, l’obsession rejoindra la répétition, et cette répétition viendra se troubler, les lignes offrant des croisements aux danseurs, sans que jamais ils ne se touchent . Ils sont contraints à une précision d’autant plus dure à maintenir que la chorégraphie n’offre pas de complexités qui permettent de retenir l’attention.

Tout est acteur ici : le geste, l’image et le son. La musique de Philip Glass, période répétitive est viscérale. Les plus connaisseurs  reconnaîtrons cette boucle présente dans Koyaanisqatsi de Godfrey Reggio, les autres les croiront sur parole. Glass cherche l’acide et atteint une forme d’insoutenable. Il n’y pas de respiration ici, il y a de l’épuisement. Qui regarder ? Les danseurs filmés, dont les gestes laissent une trace sur l’écran, où ceux qui respirent à en éclater leur justaucorps blancs ? Le rythme est insensé au point que Dance agit comme une claque magistrale qui vous colle au fauteuil.

Dance fait date. Depuis, Forsythe, Cunnigham, Trisha Brown et plus prés de nous Anne Teresa de Keermaeker ont tous exploré l’essence du mouvement dans non pas une ascèse comme peut la pratiquer Myriam Gournfink mais dans une forme qui feint une répétition à l’identique. Ici, la danse surgit quand la boucle devient extérieure, automatique. Là, le geste devient libre et la concentration ultime.

On entre dans Dance comme on entre en hypnose, saisis par la musique en boucle, par la danse en fausse boucle et par ces figures en noir et blanc, venues du passées qui changent de taille et d’allure, devenant les ombres et les âmes des danseurs présents sur le plateau en nous contraignant à une pleine conscience.

Chef d’oeuvre.

Lucinda Childs DANCE from Pomegranate Arts on Vimeo.

Visuel : Sally Cohn

Infos pratiques

Centre Pierre Cardinal (festival Les Musicales)
Le Théâtre de l’Athénée
Marie Boëda

One thought on “« Dance », le mouvement augmenté de Lucinda Childs au Théâtre de la Ville”

Commentaire(s)

  • Duplenne

    C’est exactement ça !
    Magnifique spectacle, article très juste

    octobre 21, 2014 at 21 h 50 min

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