[Live report] Melanie De Biasio au théâtre des Bouffes du Nord

1 juin 2016 Par Bastien Stisi | 0 commentaires

Après No Deal, cet album qui avait anobli il y a trois ans ce jazz fait de velours capable alors d’entreprendre quelques accentuations pop (et même davantage, puisqu’on se souvient que l’album avait été aussi remixé, par Gilles Peterson, Chassol et EELS, notamment), Melanie De Biasio a sorti Blackened Cities, une pièce musicale composée d’une seule et unique piste de 25 minutes changeantes, expérimentales et absolument envoutant.

Et quoi de mieux, que d’interpréter ce tableau musical, qui visite et s’épanche sur le sort de ces cités entrées depuis un moment dans l’ère du monde post-industriel, entre les murs volontairement défraichis et craquelés des Bouffes du Nord, ce théâtre qui accueille le visiteur renseigné à la sortie du métro La Chapelle, l’un des derniers bastions véritablement populaires de la capitale ? Idée limpide, idée logique.

Metropolis

Qu’elle soit Manchester, Détroit, Bilbao ou Charleroi (où Melanie a passé les 18 premières années de son existence), on la visite ainsi, cette ville post-industrielle racontée dans le texte de Melanie dont on devine le sens plus qu’on ne le comprend (ses murmures assurés sont beaux, mais jamais bien audibles), une ville qui se retrouve projetée, aussi, sur les murs du théâtre de Peter Brook, et analysée dans sa plus tendre intimité, elle dont on nous propose quelques plans rapprochés (c’est la pochette du disque que l’on décrypte) qui défileront en boucle durant la totalité du concert.

Melanie et ses musiciens (contrebasse, batterie, machines, piano) sont sur la scène, mais se trouvent plongés dans une ambiance tamisée. Visuellement, c’est par cette ville photographiée en noir et en blanc que l’on est obsédé. C’est comme chez Godspeed You ! Black Emperor, en fait, sauf que la ville que l’on nous pose sous les yeux ne paraît pas être ici sur le point de devoir s’effondrer d’un instant à l’autre (c’est comme ça que l’on mesure, sans doute, la différence entre le free-jazz vagabondeur et le post-rock reconstructeur). Car ces paysages-là, solides comme les incertitudes du siècle présent, ne failliront pas, et demeureront semblables à ce qu’ils étaient au moment où l’on a commencé à les évoquer. C’est Fritz Lang, mais sans l’insurrection. Kraftwerk, mais sans la menace synthétique. C’est juste là.

Ombres

Et lorsque ce n’est pas dans la ville, c’est dans les nuages que l’on se balade (ou dans les ombres ?), eux qui sont là pour rappeler tout de même la menace qui émane de l’espace envisagé, une menace rapidement mise en retrait par ces traits lumineux qui reviennent, toujours, percer les environs. La track unique de Blackened Cities est passée et a été remplacée par d’autres compositions (issues de No Deal). Melanie, lorsqu’elle ne manie pas sa flûte, passe du temps au sol, accroupie sur le sol des Bouffes. Elle a présenté ses musiciens (contrebasse, piano, batterie, synthés), souvent, notamment Dre Pallemaerts à la batterie, excellent.

Applaudissements du parterre et des tribunes. Le quintet reviendra après un rappel. Et comme tout cela adopte globalement le même ton, on trouve tout de même le temps un peu long. Mais c’est que nous sommes les enfants d’un siècle pressé, et que l’on a oublié : ces cités industrielles, si elles paraissent désormais indéboulonnables et emmurées dans leur propre certitude, ne se sont pas faites en un claquement de doigts. Et ne paraissent pas pressées de se retirer.

Visuel : (c) David Haesaert


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