[Live Report] Le récital de Karine Deshayes à Saint-Etienne

13 mars 2016 Par Elodie Martinez | 1 commentaire

Vendredi 11 mars, la mezzo-soprano Karine Deshayes (dernièrement sacrée « artiste lyrique de l’année ») a offert un récital au public présent en nombre à l’Opéra de Saint-Etienne. Avant cela, la cantatrice avait rencontré durant près de deux heures les élèves de l’option musique du lycée Saint-Paul à Saint-Étienne.

Le titre de la soirée, « Le choix de Karine », traduit déjà l’atmosphère souhaitée et l’accessibilité souvent soulignée de cette grande mezzo-soprano. En effet, nous avons bien l’impression de retrouver « Karine » et non « Karine Deshayes » pour passer un bon moment ensemble.

Le choix de Karine se pose donc sur divers compositeurs, majoritairement français mais pas seulement. La première partie débute par deux airs de Bizet, « Les adieux de l’hôtesse arabe » et « Ouvre ton coeur ». Amusant de commencer la soirée par des adieux, mais ces-derniers donnent déjà à entendre un medium très agréable qui nous laisse une impression de « bienvenu » et non « d’au revoir ». La technique est bien sûr remarquable, mais on a quelque peu de mal à se laisser emporter par l’ensemble. Fauré arrive alors, réussissant à Karine Deshayes avec « Les roses d’Ispahan » dans un doux bercement qui accompagne la pensée, puis avec « Après un rêve ». Poursuivant l’ascension entamée, « Le spectre de la rose » de Berlioz est un très beau moment suivi de « L’île inconnue » qui confirme la palette de couleurs superbe de la mezzo-soprano. Il manque cependant à nouveau un petit quelque chose pour totalement nous embarquer dans l’univers. Les bis nous laisseront penser que cela vient peut-être de la présence du pupitre qui crée une légère barrière invisible, une sorte de mur sur lequel le public se heurte légèrement d’un côté et l’artiste de l’autre, sans oublier qu’il est plus difficile d’incarner des textes que des personnages. Bien entendu, cela n’empêche en rien de passer un très agréable moment. Arrive finalement Rossini avec « Belta crudele » où Karine Deshayes maîtrise parfaitement la partition du grave à l’aigu avant de poursuivre sur « Nizza » où les deux derniers mots, « jamais, non », font enfin entendre un peu de la Karine que nous attendions, dépassant alors la technique pour nous offrir un peu d’elle-même.

La deuxième partie, quant à elle, ne comporte plus de mélodies et se compose exclusivement d’extraits d’opéras. Le changement est alors notable car, si le pupitre est toujours là, le mur dont nous parlions, lui, a totalement disparu. Le papillon Deshayes semble ici sortir de la chrysalide des textes poétiques pour s’épanouir pleinement et aller encore plus loin que dans la première partie de soirée. Urbain vient alors nous chanter son air « Nobles seigneurs » des Huguenots de Meyerbeer qui ouvre parfaitement cette seconde partie, puis c’est au tour de Mignon avec « Connais-tu le pays? », extrait de l’opéra éponyme d’Ambroise Thomas. Comment ne pas attendre alors l’air de Balkis, « Plus grand dans son obscurité », extrait de La reine de Saba de Gounod, cet air chanté lors des dernières Victoires de la Musique Classique ayant couronné l’interprète du titre d’Artiste lyrique de l’année? D’autant plus que la robe portée ce soir est la même que lors de cette cérémonie. La grandeur et la royauté que chante ici Karine Deshayes font alors naturellement écho en nous à la grandeur d’âme de la chanteuse ainsi qu’à la réussite de sa carrière. Nous profitons de cet air pour souligner avec quelle apparence aisance la mezzo-soprano atteint des aigus remarquables et superbes, notamment pour cette tessiture de voix. Enfin, nous finissons la soirée avec Rossini : tout d’abord l’air de Desdemona extrait d’Otello, « l’air du saule », puis l’air de Semiramide, « Bel raggio Lusinghier » tiré de l’opéra éponyme.

Saluons alors le travail d’ensemble effectué avec le pianiste Alphonse Cemin et le très bel accord qui s’établit entre les deux interprètes. Le musicien parvient à maintenir un très bel équilibre entre son instrument et celui de la cantatrice, ne passant jamais au-dessus mais ne s’effaçant jamais de trop.

Nous ne pouvons alors bien sûr pas nous quitter ainsi : trois bis sont chantés, sans pupitre cette fois, renforçant la connexion alors bel et bien établie entre scène et salle. Pour commencer, Alphonse Cemin et Karine Deshayes nous offrent un « Boléro à la française » (selon les termes de la cantatrice), à savoir « Les filles de Cadix », puis « La Rosa y el salice » de Carlos Guastavino, et enfin le célèbre air « Una voce poco fa » du Barbier de Séville.

©Aymeric_Giraudel


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