Opéra
[Interview] Karine Deshayes : « Si on fait ce métier c’est parce que c’est notre vie ! »

[Interview] Karine Deshayes : « Si on fait ce métier c’est parce que c’est notre vie ! »

13 septembre 2021 | PAR Paul Fourier

Le 11 août 2021, Karine Deshayes réalisait sa première scénique au festival de Pesaro. Le lendemain, à la terrasse d’un café à proximité du Teatro Rossini, notre entretien fut l’occasion de passer en revue une carrière longue de 24 ans, d’annoncer une saison bien remplie et de rappeler qu’elle est l’une des artistes qui savent prendre position lorsqu’il le faut.

Bonjour Karine,
Pour préparer cette interview, je me suis penché sur votre carrière qui est conséquente…

Ça commence à compter ! (rires) Vingt-quatre ans déjà ! J’en ai tenu des rôles, j’en ai lu de la musique… et au bout de 24 ans, j’ai encore des surprises, j’ai encore des cadeaux. Pour cela, notre métier est vraiment génial.

Puisque nous sommes à Pesaro, la première question qui vient à l’esprit est la suivante : Peut-on vous définir fondamentalement comme chanteuse rossinienne et une chanteuse d’opéras français ?

Les deux, oui, en fait ! C’est le répertoire qui correspond à ma voix. La voix nous guide dans une direction. C’est ce que je dis toujours aux jeunes chanteurs ; il faut vraiment écouter sa voix même si l’on préfèrerait chanter ceci ou cela… Moi aussi, j’ai envie de chanter la Reine de la nuit, Posa ou Tosca… mais je n’ai pas la voix !
Si l’on prend les rôles d’une chanteuse qui est importante pour moi, Isabella Colbran, beaucoup me font rêver mais il faut être patient. Une maturité vocale et théâtrale sont nécessaires.
Quoi qu’il en soit, Rossini est, en effet, l’un de mes compositeurs préférés. C’est grâce à lui que j’ai réussi toutes mes auditions, tous mes concours. Et l’un de mes rêves était de venir chanter ici, à Pesaro !
Il y a une année, j’ai failli faire l’Académie, mais un concours de circonstances m’a rendue indisponible. Cela a été un de mes regrets.
Alors, j’ai finalement pu faire mes débuts l’année dernière en « ambiance Covid » en concert avec orchestre, sur la Piazza del popolo ; un concert riche, d’airs d’opéra, dans lequel j’ai non seulement chanté Rossini, mais également Donizetti, Bellini et aussi de l’opéra français avec deux airs de Gounod. Je trouvais que ces œuvres se complétaient bien ; ce sont des compositeurs qui savent écrire pour la voix si l’on a une typologie vocale « à la Colbran », typologie que l’on peut imaginer même si, évidemment, nous n’avons pas d’enregistrements.

On parle de la Colbran ; on peut aussi parler de Maria Malibran… Vous avez interprété Elvira de I Puritani de Bellini dans la version pour Malibran à Montpellier.

Oui, un très bon souvenir et une magnifique version, rarement donnée. Parmi les grands interprètes de cette période, on peut aussi parler de Pauline Viardot, la sœur de Maria Malibran.

Mais ce sont des typologies spéciales…

Quand on relit les témoignages de cette période, ce sont des chanteuses qui avaient une voix très longue du sol grave au contre-ré ou contre-mi… C’était ce que j’appelle des « voix intermédiaires ». La dénomination « mezzo-soprano » n’existait pas à ce moment-là. Il fallait un aigu facile, beaucoup de passages dans le medium pour se reposer, et un très beau grave comme celui, par exemple, auquel Elisabetta doit se confronter dans le duo avec Mathilde. C’est donc une utilisation de tout l’ambitus vocal.
Rappelons-nous d’ailleurs que Viardot comme Malibran ont commencé par du Rossini… par des Rosine, des Cenerentola.

« Dans quelle case on la met ? »

Mais cela ne pose-t-il pas un problème d’« étiquettes » si je puis dire… ?

Oui, en effet, on dit : on est mezzo, on est soprano. Ce qui a été toujours été un problème en ce qui me concerne : « Dans quelle case on la met ? »… lorsque l’on sait vocaliser avec une grande étendue vocale ? Il y a une partie de la voix où on se sent à l’aise et, donc, en fonction de cela, on choisit ses rôles.
Moi, j’aime vocaliser, donc je suis forcément allée vers les compositeurs qui en sont familiers. J’aime aussi interpréter les rôles de garçons donc j’ai pu faire les rôles travestis en italien ou en français. En plus, je faisais de l’escrime… donc il y avait des choses qui correspondaient à ma nature. Aller vers ce qui nous convient, c’est ainsi, je pense, que l’on ne fait pas d’erreur.

Nous sommes dans une époque où l’on veut absolument classer les gens dans des typologies. Vous en êtes un très bon exemple, puisque vous naviguez entre des rôles dits « de soprano » et des rôles de « mezzo ».

Bien sûr ! En baroque, l’on disait soprano II. Et bien, je suis soprano II. C’est la même chose lorsque l’on entend Béatrice et Bénédict de Berlioz : Héro est la soprano, Béatrice est la soprano II et il y a encore un rôle en dessous : Ursule.
Chez Rossini, il existe des exemples tels Semiramide ou Elisabetta justement, pour des voix intermédiaires, et des rôles comme Malcolm, Arsace qui sont encore plus graves. L’histoire des étiquettes se confronte au principe : soit on est capable de chanter un rôle, soit on ne l’est pas ! Des chanteuses aussi différentes que Caballé, Gencer, Larmore, Ganassi ou Cuberli ont interprété le rôle d’Elisabetta. C’est révélateur.

À ce moment de l’interview, Karine Deshayes se prête à la signature d’autographes pour deux personnes attablées au même café que nous…

« C’est tellement sympa de se sentir encouragée »

C’est ça la vie d’artiste (rires)…

C’est tellement sympa de se sentir encouragée… Mais nous, les chanteurs d’opéra, nous ne sommes tout de même pas harcelés ! Je peux faire mes courses à Monoprix, on ne m’ennuie jamais ! (rires)

Il y a une scène qui m’a choqué dans Annette, le film de Leos Carax où l’on voit une chanteuse d’opéra (Marion Cotillard) assaillie par les photographes. C’est tellement loin de la réalité.

Ça l’a été ! Du temps de Maria Callas, Régine Crespin, Jane Rhodes ont fait les couvertures de Paris Match. Aujourd’hui, on en est loin…
La culture en France, c’est devenu principalement la variété, le cinéma, la littérature, la télé. Le classique arrive loin derrière…

Revenons à Rossini. Dans le bel canto, vous êtes un peu moins allée explorer Donizetti et Bellini.

Chez Bellini, j’ai interprété plusieurs fois Roméo et Adalgisa dans Norma, Isoletta dans La Straniera à Marseille avec Patrizia Ciofi et Ludovic Tézier – Un très bon souvenir -, puis, comme évoqué précédemment, Elvira dans la version Malibran des Puritains à Montpellier.

Chez Donizetti, encore avec Patrizia, j’ai fait ma première Elizabeth dans Maria Stuarda à Avignon. Il y a eu la préparation de Roberto Devereux l’année dernière au Théâtre des Champs-Élysées. Nous sommes allés jusqu’à la Générale puis cela a été annulé. J’étais tellement heureuse de faire la prise de rôle de Sara. Et il n’y a aucun report prévu.

Aucun report ?

Ce sont des productions tellement prévues à l’avance, pour celles-ci louées de New York puisque c’est la production de David Mc Vicar. Ils ne peuvent pas si facilement la remettre à l’année d’après…
Et finalement, j’attends mes débuts en scène de Giovanna Seymour dans Anna Bolena à Zurich, à la fin de l’année.

Un compositeur qui s’impose naturellement lorsque l’on parle de ce répertoire, c’est Meyerbeer.

Mais oui ! D’ailleurs, Meyerbeer, je trouve que la vocalité est très italienne et je ne l’ai d’ailleurs interprété qu’avec des chefs italiens. Urbain a également été l’un de mes airs d’auditions pendant longtemps.

Les Huguenots seront repris à Bruxelles en juin 2022.

Mais là, je change de rôle ! C’est ça qui est bien maintenant ! Comme je vieillis (rires) et que ma voix évolue, finis Cherubin, Zerline, Urbain. En revanche, dans les mêmes opéras, je peux aborder d’autres rôles.

Ce sera donc Valentine, un rôle lourd aussi…

C’est surtout un rôle magnifique et exigeant car elle chante beaucoup dans les trois derniers actes. J’ai interprété trois fois Urbain, mais ce qui m’intéressait, c’était d’aller vers Valentine. Il y avait pas mal de temps que l’on me le proposait, j’hésitais… et voilà !

De plus, c’est la mise en scène d’Olivier Py…

Oui, géniale mise en scène, très forte ! Et avec une vision historique et spirituelle. Je suis heureuse de la reprendre dans un autre rôle.

« Chanter dans ma salle de bain, ce n’est pas le but ! »

Revenons sur la période Covid…

Pour tout vous dire, j’ai eu tellement de productions annulées, qu’à un moment, j’ai décidé de plutôt partir dans ma famille, au bord de la mer. Jusqu’à cet opéra à Pesaro, cela faisait dix-huit mois que je n’avais pas été sur scène en production !
La dernière fois, c’était pour La Cenerentola, le 31 décembre 2019 ! Et depuis, tous mes projets scéniques ont été annulés. Alors, bien sûr, oui, il y a eu des concerts, des streamings, des enregistrements, mais ce n’est pas pareil ! Nous avons besoin de la scène !

Quel effet cela vous fait-il de revenir ? Certains artistes m’ont dit que retourner sur scène après autant de temps n’est pas forcément chose facile.

Effectivement ! Ça fait drôle, surtout quand on était en activité non-stop. À Pesaro, ce qui est formidable, c’est que l’on a eu un mois de répétitions ; donc le temps de s’y remettre. C’est important.
Reprendre, c’est une joie, une libération ! Il y a du stress, nous sommes presque tous en prises de rôle. Mais à la fin, c’est « Waoooo » ! On est tellement heureux de pouvoir s’exprimer, chanter, jouer. On se rend compte que si on fait ce métier, c’est parce que c’est notre vie ! Chanter dans ma salle de bain, ce n’est pas le but !
Bien sûr, je suis heureuse de travailler avec ma professeure de chant, avec mes pianistes ; mais, en scène, il y a le partage avec le public, l’interactivité avec les collègues et c’est essentiel. Nous avons été en grand manque.
Et avec Elisabetta, un rêve se réalisait : participer au Rossini Opera Festival (ROF) après avoir chanté à Salzbourg et Orange.

Et Aix ?

Il faut être patient dans la vie. Les choses arrivent quand elles doivent arriver.

Le festival de Pesaro a un côté très spécialisé, très professionnel en matière musicologique.

Nous faisons un sacré travail, les ouvrages sont donnés dans leur intégralité et je peux vous dire qu’avant d’arriver, nous recevons une somme importante de notes pour les cadences, pour les variations et les récitatifs. C’est génial car on se sent très accompagné.

C’est vraiment cette « Rossini Renaissance » qui permet de redécouvrir des œuvres moins connues.

Le ROF fait justement ce travail de redécouverte des œuvres. Je n’aurais jamais pensé chanter un rôle comme celui d’Elisabetta. Quel cadeau extraordinaire ! Un œuvre donnée tous les vingt ans…
C’est mon huitième rôle rossinien et ça commence à compter.

« Les fans sont un véritable soutien ! »

Une petite question sur les réseaux sociaux. Peu d’artistes ont des pages de fans. Et vous, vous en avez une, très active.

Je me sens soutenue. Ce sont les fans eux-mêmes qui gèrent la page fan et la page pro. Ce sont des lieux d’échanges et d’informations.

En tant qu’artiste, comment ressent-on cela ? Est-ce le plaisir d’être en rapport avec des gens qui vous aiment et vous soutiennent ?

Oui, absolument ! Les fans lyriques ne sont pas les supporters du foot ou des artistes de variété ! Ils sont beaucoup plus softs. (rires) Ils sont très discrets et même si l’on travaille loin, ils viennent nous soutenir. J’en ai certains qui viennent à Pesaro ; ils sont déjà venus l’année dernière. Ils viennent à New York, à Madrid, à Barcelone, à Bruxelles. Ils s’organisent entre eux. J’en suis d’autant plus touchée, car nous sommes en période Covid, voyager est difficile, et pourtant, ils le font !

Certains vous écoutaient hier sur la RAI 5…

Ils sont à fond ! Ceux qui ne peuvent pas venir demandent si on peut écouter ou voir la représentation quelque part.

Sur les réseaux sociaux, avez-vous eu des problèmes, de mauvaises surprises ?

Cela peut arriver que des gens se défoulent ; mais je n’ai pas souvenir d’évènements fâcheux particuliers. Il y aura forcément les gens qui diront « ce n’est pas un rôle pour elle ou lui », mais cela ne me gêne pas. Il n’y a pas de méchancetés, mais il peut y avoir des critiques plus ou moins acerbes… Après un certain âge, on devient philosophe et, d’autant plus philosophe après ce qui vient de nous arriver.
Je conçois très bien la critique, car les voix, c’est tellement subjectif… Certaines nous touchent, d’autres pas.

Si l’on revient aux compositeurs, il n’y a pas eu tant de Mozart que cela ?

J’en ai quand même fait un certain nombre ! J’ai commencé avec Cherubin à 26 ans, lorsque j’étais en troupe à Lyon. C’est un personnage que j’ai interprété trois fois dans ma carrière : à Lyon, au Festival de Lacoste et à Paris, dans la production des Noces de Figaro de Strehler avec un cast extraordinaire, Jordan à la baguette. C’est d’ailleurs sorti en DVD.
Zerlina dans Don Giovanni, je l’ai interprétée deux fois, à Monaco et à Toulouse, puis Elvira, deux fois (à l’ONP, aux Chorégies d’Orange), Sesto, une seule fois à Avignon et enfin, Cosi fan tutte de nombreuses fois dont une fois à l’Opéra de Paris…
J’allais oublier la deuxième dame de La Flûte enchantée à Toulouse, Paris puis Salzbourg, sous la direction de Riccardo Muti.
En fait, ces rôles ont ponctué ma carrière car j’adore Mozart.
Ma première Comtesse arrive bientôt… en 2023 à Toulouse.
Lorsque l’on revient à Mozart, Rossini, la musique française du XVIIIe, Gluck…, cela permet de « resserrer un peu les boulons », de vérifier que la voix marche toujours bien, que la technique est toujours là. Je trouve que c’est aussi très important. C’est pour cela que, dans une saison, j’essaye de programmer du baroque ou du Mozart…

« Elisabetta, Giovanna Seymour, Iphigénie en Tauride, le compositeur puis Valentine »

Cette saison, il a cinq prises de rôles : Elisabetta, Giovanna Seymour en décembre, Iphigénie en Tauride en février, à Rouen dans la production de Carsen, Die Komponist dans Ariane à Naxos en mai – un report de Montpellier – puis Valentine.

Ça va faire du boulot !

Quand on dit que c’est reparti, c’est reparti ! (rires) En plus avec des compositeurs si différents.

Au niveau des langues, parlez-vous italien ?

Suffisamment pour soutenir une conversation et chanter en italien.

Et l’allemand ?

Je ne suis pas germanophone même si je chante régulièrement des lieder. Mais je le travaille avec des coachs.

C’est une bonne chose aussi que de ne pas rester dans sa zone de confort. On l’a vu avec Roberto Alagna pour Lohengrin, par exemple…

Mais bien sûr ! Il y a des choix de chanteurs, certains disant : je ne « fais » que dix rôles. Moi, il faudrait que je les compte, du baroque à la musique contemporaine… Et j’aime aussi le récital, la musique de chambre que je ne veux pas abandonner.

Si l’on doit définir le rôle le plus difficile que vous ayez chanté…

Ça serait entre la Semiramide et l’Elisabetta, pour la longueur des rôles, la vocalité et l’ambitus vocal. Pour ces deux rôles, il faut gérer notamment lorsque l’on chante trois quarts d’heure de suite.

Dans les deux cas, il y a des airs d’entrée difficiles.

En effet ! Tout comme Rosine dans Le barbier de Séville. Ainsi que des ensembles, de longs duos et récits…

Lorsque j’ai annoncé sur Facebook que j’allais vous interviewer, j’ai demandé si certaines personnes avaient des questions à poser. Luis vous demande votre rôle rossinien préféré.

C’est dur de répondre ! Pendant très longtemps, cela a été Cenerentola, un de mes rôles fétiches que je chanterai d’ailleurs pour la dernière fois à Madrid, en septembre, après l’avoir interprété pendant près de vingt ans.

Ça ne rend pas triste de se détacher d’un personnage ?

Non, car je l’avais dit. Et, en plus, ce sera à Madrid, chez Joan Matabosch, le directeur artistique du Teatro Real qui m’a toujours soutenue, et en compagnie de Florian Sempey avec qui je vais enfin chanter Rossini !
Je ne suis pas triste, car la voix évolue.
Aujourd’hui, pour mes rôles rossiniens préférés, j’hésiterais entre Semiramide et Elisabetta, mais j’ai beaucoup aussi aimé Armida.

« D’autres rôles de la Colbran ? »

Christiane avait aussi une question sur vos défis et rôles à venir, même si l’on en a déjà parlé…

Pourquoi pas aller vers d’autres rôles de la Colbran ? Il faut que je regarde Desdemona. Ermione ? L’un des deux rôles de Moïse et Pharaon ?

Encore chez Rossini, alors…

Oui, il y a encore des choses à faire !
Des Donizetti sur scène, d’autres Meyerbeer. L’Africaine est reporté à Marseille. Robert le Diable

Nous avons peu parlé des autres compositeurs français.

Gounod ! J’ai adoré chanter La Reine de Saba. Ça serait bien de la faire en version scénique. Il y a Sapho aussi, les Massenet. Un autre rôle que j’adorerais, c’est Catherine d’Aragon dans Henri VIII de Saint-Saëns, et aussi, pourquoi pas ?, La Juive d’Halévy.
Je pense aussi au Prophète.
Du côté Massenet, je n’ai chanté qu’une fois sa Cendrillon, au Liceu, et La Navarraise avec Roberto Alagna. Et, bien évidemment, j’ai interprété plusieurs fois Charlotte dans Werther.

Alexander Neef, le Directeur de l’Opéra de Paris, a dit dans ses interviews qu’il souhaitait remettre à l’honneur ce répertoire français…

On croise les doigts et on les croise aussi pour que les chanteurs français soient plus présents dans les distributions. Pour l’heure, ils sont en large minorité ce qui est, tout de même, paradoxal dans la situation actuelle. Beaucoup d’entre eux sont restés sans travail pendant dix-huit mois et nous avons de magnifiques voix en France !

« Pendant dix-huit mois, on a eu l’impression que la culture était un gros mot ! »

D’autant, par exemple, que quand on va à Salzbourg cette année, on y trouve beaucoup de Français…

Cosi avec les trois rôles féminins pour Elsa Dreisig, Marianne Crebassa et Lea Desandre. Cocorico quand même !
Soyons patient, cela reviendra, j’espère…

Cet épisode de Covid a permis à des artistes comme vous, à Ludovic Tézier, Roberto Alagna, Cyrille Dubois et à d’autres de s’exprimer sur la place de la culture. Pourtant, on reste avec l’impression que la culture est la dernière roue du carrosse, non ?

Bien sûr ! Et encore plus la musique classique dans la culture. Pendant dix-huit mois, on a eu l’impression que la culture était un gros mot ! On l’attendait dans les discours… en vain.

Puis on a instauré beaucoup de contraintes.

On attendait le résultat de concerts-tests alors que, dans le même temps, on voyait que ça marchait à Monaco, à Madrid, à Barcelone. Il suffisait de faire la même chose : une jauge réduite, les masques, les tests. Les deux seules fois où j’ai chanté avec orchestre la saison dernière, c’était à Monaco.

À ce moment-là, Karine salue Juan-Diego Florez qui vient d’arriver à la terrasse du café.

Juan Diego… ça fait vingt-cinq ans qu’il est à Pesaro. Il m’avait invitée, l’année dernière, au gala Rolex. J’ai fait Le Comte Ory avec lui et Pretty Yende au MET en 2013 et on se connait depuis 2002. J’avais chanté le rôle d’Albina avec lui à Montpellier dans La donna del Lago.

« Les Contes d’Hoffmann avec Levine au MET… L’un de mes plus beaux souvenirs ! »

Finissons avec les maisons d’opéras dans lesquelles vous travaillez. Beaucoup en France.

Oui, j’ai d’ailleurs chanté dans tous les opéras en France, à l’exception de celui de Limoges, et je suis très heureuse de chanter en province et de retrouver le public qui m’a vu débuter.

L’Italie ?

Ça commence juste. J’avais seulement participé à une création contemporaine en 1998 au Piccolo Teatro de la Scala de Milan. Mais je n’étais pas revenue jusqu’à l’année dernière.
En fait, il y a eu beaucoup l’Espagne, Barcelone ou Madrid. J’ai fait pas mal de concerts à Moscou. On peut aussi citer la Belgique, avec Liège et Bruxelles. Pour la Suisse, il y aura bientôt Zurich pour mes débuts scéniques, mais j’y ai déjà fait des concerts.
Aux États- Unis, j’ai eu la chance de chanter Cenerentola à San Francisco et, au MET, de me produire quatre fois pour Faust, Roméo et Juliette, Le Comte Ory et Les Contes d’Hoffmann avec James Levine qui dirigeait… L’un de mes plus beaux souvenirs ! Il y a eu aussi Salzbourg, mais jamais Londres, ni l’Allemagne pour des opéras.

Donc, après une période très vide, en voilà une qui arrive bien chargée…

Je finis ici le 21 août ; les 22, 23, je serai en voiture et le 24, à dix heures du matin, je serai dans l’avion pour Madrid. Ça, c’est mon rythme jusqu’à fin juillet 2022 !

On attend tout cela avec une grande impatience. Merci Karine et à bientôt.

Visuels : portrait © Aymeric Giraudel, Elisabetta ROF © ROF / Studio Amati Bacciardi, Concert Ble canto Monte-Carlo ©2021 – Alain Hanel – OMC

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