Bergman des langues pour délier les maux

21 avril 2016 Par Bérénice Clerc | 0 commentaires

Un homme qui coucha sa plume pour écrire « Alcaline » est forcément un homme à rencontrer. L’envie est forte de partager cette rencontre avec Alain Bashung, mais jusqu’ici nul n’est revenu d’entre les morts alors nous rencontrons Boris Bergman chez lui seul pour une discussion et moult digressions qui eussent pu durer des heures. Parler de la sortie de son coffret fût un beau prétexte à deviser sur la vie, les auteurs, compositeurs, chanteurs, maisons de disques et d’autres réalités parfois rêvées.

 

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Montmartre, les premiers rayons du soleil printaniers rendent la démarche plus légère, Place de la République, la jeunesse et la nuit sont debout pour des rêves à réaliser, ici les escaliers hissent vers le calme et l’altitude apaise.

Un petit ascenseur se ferme, en haut une cloche comme dans les grandes maisons ou les fermes, des autocollants sur la porte, elle s’ouvre un parfum de pin douglas chatouille nos narines. Pas de sapin suspendu aux chimies douteuses, pas de parfum vaporisé pour donner l’illusion d’être en forêt, du bois, du bois partout, du pin douglas à se croire dans les Landes ou en Bretagne profonde, dans un sauna ou un chalet en altitude toujours.

Sourires, rires dès les premiers mots échangés, un thé chaud, deux chaises transportées ailleurs, un univers unique, personnel, tendre et chaleureux en déséquilibre, tout devient possible.

Nous parlons de son coffret, trois disques pour parcourir ses mots en français et en anglais, des chansons très connus, d’autres à qui il offre une seconde vie après avoir réécouté tous les disques pour lesquels sa plume avait fait parler les notes.

Il a aimé replonger loin dans la musique, se souvenir des belles choses, tirer le fil de sa mémoire quand un jour on lui demande d’écrire un texte pour un groupe grec coincé à Paris. Le chagrin d’amour lui fait écrire Rain and tears, un succès immense des Aphrodithe’s child, à l’époque il s’en moque, il est malheureux, le succès n’est rien face à une peine d’amour.

La traversée du siècle par Bergman sera passionnante, pleine de rencontres, de fantaisies, de rires et de farces. Boris aime les mots, son cerveau a été nourri au yiddish pur des lamentations, au russe rythmé, à l’anglais direct et au français multiple. Il ne cesse jamais de jouer avec eux pour le plaisir du son, le délire des sens, les délices des sous entendus.

Les textes coulent sur ses feuilles de papier, sans réfléchir sa plume fait l’amour à la page d’encre ensemencée. Dans sa boîte de mots d’or il y a Dalida pour un « Darla dirladada » écolo suicidaire, Eddy Mitchell en lèche-bottes blues, Maxime le Forestier, Vanessa Paradis, Nicolletta, Viktor Lazlo pour « Pleurer des Rivières », Johnny Hallyday, Paul Personne, Nana Mouskouri, Arno, Jean-Louis Aubert et même Lio et Jacky chantant à tue tête leur « Tétéou ? »

Pour Prodigy, il transforme les « Sucettes à l’anis » de Gainsbourg en pommes d’amour in english dans le texte. Catherine Deneuve, Marcello Mastroianni, Juliette Greco, Marianne Faithfull, The killes, Moby et  Véronique Sanson (pour une pépite tiré d’un film) figurent sur la longue liste de ceux qui chantent les Bergman’s song.

Il y a Christophe, le chanteur pour les intimes, Bevilaqua pour les proches et l’unique et fantastique album Samouraï qui fut le premier à le hisser haut par delà le mur du son où la variété se transforme en icône artistique et musicale.

Bashung, évidemment il y a Bashung, son phrasé unique, ses déchirures où la lumière passe, sa présence, son élégance et il s’en passe des choses entre eux.

Il nous raconte l’histoire de Gaby oh Gaby, la dernière chance, la dernière chanson à proposer avant de se faire virer par la maison de disque à l’époque où les artistes avaient le temps de se construire avant se faire jeter sans avoir eu le temps de rencontrer leur public.

Dans le studio de Blanc-Francart, ils enregistrent, un peu sous pression, il faut vider les bières bues de sa vessie et pendant ce temps Bergman écrit, des mots qui résonnent, des blagues à lire, des conneries pour faire rire Bashung à la prochaine prise pour le couplet. « Alors à quoi ça sert la frite si t’as pas les moules Ca sert à quoi l’cochonnet si t’as pas les boules… »

Il fallait un prénom, Gaby, est le nom argot donné aux homosexuels , un double sens à la chanson, l’amour est partout, pas encore de débat sur le mariage pour tous à l’époque mais les deux compères aiment l’idée de parler d’homosexualité à un large public et comprendra qui pourra !

Bashung chante d’une traite tous les mots alignés, Blanc-Francart, ne fait qu’un prise il dit qu’ils tiennent un tube, Alain et Boris n’y croient guère et pourtant et pourtant ce n’est qu’un début. Dans le coffret un CD entier est dédié à l’histoire de B+B, « Vertiges de l’amour » évidemment, l’inoubliable « Alcaline » par son ami Christophe, la puissant « Toujours sur la ligne blanche » par Thiéfaine, l’entêtante « Je fume pour oublier que tu bois » par Keren Ann, Malédictions  et encore et encore d’autres raretés dont une en allemand qui dut rappeler sa jeunesse Strasbourgeoise à Bashung !

Parler avec Bergman pourrait durer des heures, d’anecdotes en anecdotes Boris est bien vivant, il traverse le monde et les temps comme ces héros de science fiction qu’il aime tant, mais tout entretien à une fin.

Prenez le temps d’écouter ses disques, voir ses films, entendre ses maux et ceux des autres dans ses mots, écouter son coffret, savourer ses chansons si différentes, ensemble pour la beauté des langues qui glissent dans ces bouches et se délectent de notes. Toute la Culture vous offre ce plaisir ici grâce à un jeu concours.

 


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