« Marguerite Duras » par Romane Fostier : Ecrire dit-elle

20 octobre 2018 Par
Julien Coquet
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Elle a agacé comme elle a fasciné : de son enfance en Indochine à ses derniers jours à Paris, Romane Fostier dresse le portrait émouvant et engagé de l’auteur de L’Amant.

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Peu de femmes auront autant marqué la littérature française que Marguerite Duras. Par son engagement politique, sa dévotion à l’amour, sa passion pour l’écriture puis pour le cinéma, Marguerite Duras a définitivement marqué le XXème siècle littéraire, pourtant peu avare en grandes figures. La source d’inspiration de Duras dans un nombre important de ses romans (Un barrage contre le Pacifique, L’Amant…) se trouve en Indochine, où elle a passé une partie importante de son enfance et de son adolescence, entre une mère bien loin des mères tyranniques qu’elle dépeint dans ses livres et deux frères, l’un adoré, qui la conduira à explorer la notion d’inceste dans son oeuvre, et un autre, honni.

Marguerite Duras, c’est aussi Paris, et plus particulièrement le quartier de Saint-Germain. Longtemps, l’auteur habita la rue Saint-Benoît qui servait de plaque tournante à toute l’intelligentsia parisienne : il n’était pas rare de croiser Raymond Queneau, Edgar Morin ou encore François Mitterrand. A cette géographie durassienne s’ajoute la maison isolée de Neauphle-le-Château où elle tourna Nathalie Granger. Mais, comme le montre si bien Romane Fostier, ce qui caractérise peut-être le plus Duras, au-delà des lieux qu’elle a hantés, c’est son rapport à l’amour. Passion destructrice, amour charnelle, drague, volonté de plaire, de sentir le pouvoir d’attraction. Ainsi de sa rencontre avec Gérard Jarlot, son troisième grand amour après Robert Antelme et Dionys Mascolo : « Il la ramène à la vie, à une forme d’exaltation première, aux plaisirs du corps. Elle épanche auprès de lui sa soif d’amour physique, de jouissances renouvelées. »

Peignant une femme admirable pendant une longue partie de la biographie (les années de résistance pendant la Seconde Guerre mondiale, la recherche du succès, la volonté de s’imposer dans le milieu littéraire), Romane Fostier n’oublie cependant pas la part controversée de l’auteur. En plus d’un alcoolisme devenu notoire, Marguerite Duras, après avoir enfin été reconnue par l’attribution du prix Goncourt à L’Amant en 1984, s’enfonce dans le narcissisme : « Enfin dégagée de la tutelle intellectuelle de Dionys Mascolo et de Robert Antelme, elle ne laisse plus personne juger son travail, et s’autoévalue toujours très favorablement. Elle est unique, le pense et le fait savoir à qui veut l’entendre. Elle adopte peu à peu un rythme incantatoire quand elle parle ». C’est aussi la période de l’article controversé autour de Christine Villemin, la mère du petit Grégory, et celle d’un amour non partagé. La biographie de Romane Fostier dresse un portrait complexe d’une écrivain qui n’a pas tout le temps suscité l’engouement de la critique et du public mais qui, par la vie qu’elle a mené, ne peut que faire naître l’intérêt du lecteur qui cherchera à se (re)plonger dans une œuvre littéraire, dramatique et cinématographique foisonnante.

Marguerite Duras, Romane Fostier, Folio biographies, 304 pages, 9,40€

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