Festival des cinémas arabes: balade politique et errance poétique

6 juillet 2018 Par
Donia Ismail
| 0 commentaires

Nouvelle journée au Festival des cinémas arabes pour TouteLaCulture. Au programme, deux films qui exploitent le territoire comme miroir de notre âme et de notre condition…

Jeudi, 11h, les premiers aficionados de cinéma arabe attendent devant l’auditorium de l’Institut du monde arabe. Ce matin, deux films sont programmés, un court et un long. Les deux nous invitent à nous immerger dans deux pays différents, d’un côté le Maroc et l’autre les territoires palestiniens, à travers leurs chemins sinueux. Découvrir ainsi son pays, tout en s’interrogeant sur soi, sur ses limites et ses désirs.

Trouver son âme au bout d’un rue

24312392_1988764104733601_8819130698104908161_n

City Soul de Hicham Lasri s’ouvre sur cette interview d’un vieil homme. L’objectif au plus près de son visage comme pour capturer son âme. Il nous décrit là où il a vécu, ce boulevard près de la gare. La ville fourmille, valse au rythme de la cacophonie de ses habitants. Casablanca en toile de fond, s’étend devant nous. Quand soudain, un petit garçon, un miroir à la main, court. On suit alors le long périple de cet enfant autour de la ville marocaine, à la recherche de son âme. Il semble perdu physiquement, englouti au centre d’immeubles immenses, et mentalement. Inlassablement, il appelle son père, et lui pose d’innombrables questions. « Pourquoi m’as-tu abandonner? », « Tu sais que j’ai peur du noir! ». Il passe devant la grande mosquée, le tribunal, la banque. Sa course est entrecoupée par des close-up fugaces. On dit que les yeux sont le reflet de l’âme. Il les capture dans sa course folle. En fond, les musiques se confondent, renforçant ainsi ce sentiment de cacophonie intense. Ce qui est sûr, c’est qu’au bout du périple, l’âme vivace et colorée de la ville de Casablanca, vibrant au rythme des pas de l’enfant, surgit de ses visages éclairés, de ses bâtiments impressionnants.

Les chemins comme objet de pouvoir

Innermapping teaserfinal VF from LATTE Stéphanie on Vimeo.

Mettre en lumière le système « ségrégationniste » en vigueur en Israël par le moyen des routes? C’est le défi — relevé haut la main — de la chercheuse et réalisatrice Stéphanie Abdallah Latté, accompagnée de Emad Ahmad dans Inner mapping. Dans ce road trip, dont la route est dictée par un personnage hors du commun, un GPS mis sur pied par un particulier palestinien, les deux réalisateurs arpentent les routes de la Cisjordanie. Selon qui vous êtes — Israélien ou Palestinien —, il vous guidera sur des routes distinctes, parfois parallèles. Un trajet Ramallah-Jérusalem peut devenir alors un vrai casse-tête en fonction de vos origines, de votre lieu de résidence. Chacun connait alors ses propres frontières dans un territoire dont la découpe en devient risible. Cette route t’appartient, celle-ci t’est interdite. On bricole alors. Pour rejoindre ce village, il faudra plusieurs heures, à coup de passages secondaires et de chance. Dans ce documentaire brillamment mené de bout en bout, Abdallah Latté et Ahmad nous poussent jusque dans nos retranchements: quelles sont mes frontières? Qu’est-ce qui m’appartient dans ce territoire? Emad Ahmad, Palestinien, lorsqu’il s’approche d’une colonie en Cisjordanie lance d’un air désabusé: « On est comme étranger dans nos propres territoires » (la Cisjordanie, ndlr).
À travers ce laboratoire d’expérimentations ambulant, le duo de réalisateurs réussit un tour de force: matérialiser un problème qui vient jusqu’à nos oreilles tous les jours, en mettant en exergue ce qu’est la colonisation ordinaire à travers les questions agricoles, viticoles et le commerce. C’est le parcours des Palestiniens du quotidien qui s’élève petit à petit, un chemin morcelé, marqué par ces détours qui rendent plus compliquer l’appréhension du territoire et la relation d’appartenance à celui-ci.