Danse

Arte Flamenco : la trentième édition d’un festival qui enfièvre Mont-de-Marsan

Arte Flamenco : la trentième édition d’un festival qui enfièvre Mont-de-Marsan

06 juillet 2018 | PAR Raphaël de Gubernatis

Une programmation d’une qualité rigoureuse régissant un festival de flamenco qui cette année célèbre ses trente ans d’existence ; un climat extraordinairement festif qui durant une semaine se répand en ville et métamorphose le cœur de la cité grâce l’arrivée massive de danseurs et de musiciens: dans une morne ville de province, Arte Flamenco, à Mont-de-Marsan génère une atmosphère qui relève du miracle.

Car il fallait vraiment un miracle pour donner vie à Mont-de-Marsan, conférer du lustre et de la fantaisie à une ville « sinistrée », l’archétype même de la cité dont le cœur s’étiole à cause de l’incurie des édiles, d’équipements culturels stupidement rejetés loin du centre et de grandes surfaces commerciales qui tuent le commerce citadin, anarchiquement implantées dans une périphérie laide et définitivement navrante.
Une ville avec un centre sans doute vivant jadis, mais aujourd’hui désertifié, des restaurants et d’innombrables magasins fermés, des rues sans vie, un hôtel, un seul, assez pitoyable, des boutiques sans attraits.
Implanté sur un site qui ne manque pas de pittoresque, Mont-de-Marsan est un chef-lieu rétréci qui compte pourtant quelques beaux édifices, un grand nombre de maisons plaisantes. Mais rien n’y est mis en valeur. Les constructions les plus exécrables, banques, édifices officiels, maisons particulières des décennies passées, ont saccagé un tissu urbain qui n’était pas sans charme à défaut d’être beau. Et partout triomphe une absence de goût, une mesquinerie petite bourgeoise qu’on imagine sans remède. La place centrale, où siège le théâtre municipal, a certes été réaménagée par une précédente municipalité, mais sans aucun arbre pour l’ombrager là où un soleil assassin vous fusille sans rémission aucune.

La fièvre andalouse

Et pourtant, si les équipes municipales successives ont fait preuve d’une lamentable passivité pour la cité, dans le sillage d’Arte Flamenco, festival créé et porté par le Conseil général des Landes, un grand nombre d’établissements privés du centre urbain se sont lancés dans l’aventure. Chaque soir, sur un axe courant de la place Charles de Gaulle à la place Saint-Roch ou près de la rue du Maréchal Bosquet, les terrasses des cafés, des restaurants, les cours intérieures, les angles des rues s’animent de rumeurs de guitare, de zapateados fougueux, de chants enfiévrés. Cinémas, librairies, centres d’art participent à cet élan et pour quelques jours les soirs de Mont-de-Marsan ont quelque chose des nuits de Séville.
Au sein de cette frénésie festive qui fait vibrer un temps cette ville endormie, on se dit qu’il en faudrait assez peu pour rendre la cité montoise infiniment aimable, pour redonner à ses habitants le goût de la vie citadine, de la fête, du bien-être en commun. A l’image de cette place Saint-Roch, si agréable avec ses maisons basses et ses arbres légers, où un jeune duo de guitare et violoncelle joue Granados, Albeniz ou Manuel de Falla devant la boutique d’un marchand de vin alors que des « tablaos » installés un peu partout sont saisis par la fièvre andalouse
Una oda al tiempo

Traditionnellement, le festival s’ouvre sur une grande production présentée le premier soir dans une halle immense, sorte de hangar fourre-tout qui a pour seul attrait celui de pouvoir accueillir de nombreux spectateurs. L’exemple type de la construction hideuse des années 1970-1980, édifiée dans une lointaine périphérie, qui oblige les spectateurs à se déplacer en voiture et surtout prive les restaurants et les cafés de la ville d’une précieuse clientèle qui donnerait vie au centre. Une nouvelle fois, c’est à la célèbre Maria Pagès et à sa troupe qu’est revenue cette soirée inaugurale. Avec une production réalisée de main de maître, « Una Oda al tiempo » (une ode à notre temps). Il n’était pas nécessaire toutefois de faire intervenir Platon, Yourcenar ou Borges dans l’énoncé du programme. Il ne s’agit après tout que de flamenco et ce besoin de se réclamer de philosophes ou d’écrivains renommés ne fait que trahir le complexe de bien des danseurs qui souffrent de ne pas être des intellectuels. Au cours de cette fresque imposante où elle évoque les quatre saisons de l’année et de la vie, en faisant aussi allusion notre époque, chose qui est à vrai dire difficilement lisible, Maria Pages met en scène huit superbes danseurs, d’admirables musiciens et « cantaores ». Mais c’est elle qui demeure la figure la plus bouleversante de l’ouvrage. Dans un solo d’une prodigieuse puissance dramatique, la danseuse apparaît comme une grande tragédienne.

Comme un écrin foisonnant

Le lendemain, c’est au tour d’Olga Péricet de rendre possession du « Cafe cantante » installé dans un vaste marché couvert, après les prestations du guitariste Carlos de Jacoba, des « cantaores » David de Jacoba et Israel Fernandez, accompagnés des frères Mellis. Olga Péricet, qui porte le nom d’une famille qui s’est illustrée dans la défense de la « danza bolera », la danse classique espagnole, plus séduisante sans doute, mais moins connue que la « danza flamenca », Olga Péricet est une danseuse magnifique. Magnifique et entourée de partenaires remarquables comme les « cantaores » Jeromo Segura et Miguel Lavi, les guitaristes Pino Losada, exceptionnel, et Antonia Jimenez, ou ce danseur élégant, aristocratique qu’est Jesus Fernandez. Prise dans une robe rouge à volants innombrables qui forment un écrin foisonnant dans lequel elle disparaît parfois, Olga Péricet à l’air d’une merveilleuse poupée qui s’anime par magie. Et son tempérament de feu et de passion, sa technique parfaite servent sa danse à merveille. Mais quelle folie de la part de cette artiste pourtant fascinante que de se lancer dans la mise en scène erratique d’un spectacle, « La Espina que quiso ser flor, o la flor que sono con ser bailaora » (L’épine qui rêvait d’être fleur ou la fleur qui rêvait d’être danseuse) ! Elle n’en maîtrise ni le fil, ni la durée. Et cette succession pléthorique de scènes, soit remarquables, soit navrantes, se révèle interminable et confuse, malgré l’indéniable qualité des protagonistes.

Un regard sensible

Aux spectacles qui se déroulent au « Cafe cantante », lesquels sont réservés aux grandes figures du flamenco dont le festival se fait une fierté de n’en négliger aucune, à ceux de « La Bodega » où se produisent des talents moins affirmés sans doute, mais de belle race cependant, aux innombrables spectacles de rue, s’ajoutent des stages de danse, de guitare ou de « cante jondo », Mais aussi des expositions où l’on réalise que des femmes photographes (Laura Moulié ou Prisca Briquet) ont souvent un regard infiniment plus sensible et tragique sur les artistes du flamenco. Tout Mont-de-Marsan, et cela jusque dans les écoles, l’hôpital ou la prison, vit ainsi au rythme d’Arte Flamenco. Fort de son succès, de ses quelque 42 000 spectateurs, dans les théâtres ou sur la voie publique, le festival, trente ans après sa naissance, s’interroge sur son avenir. Car un tel succès force ses organisateurs à envisager une autre dimension pour la manifestation.

Raphaël de Gubernatis

Arte Flamenco, à Mont-de-Marsan jusqu’au 7 juillet
En direct sur France Musique le 6 juillet de 18h à 22h.
Réservations et programme : arteflamenco.landes.fr ou 05 58 05 40 35

Visuel : visuel disponible pour la presse sur le site du festival ©Autorisation d’utilisation par le service de presse-DR

Sublimons la nature avec l’artiste américaine Jan Dilenschneider
Festival des cinémas arabes: balade politique et errance poétique
Raphaël de Gubernatis

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *