[Critique] « Suite armoricaine », mélanges humains très subtils

14 mars 2016 Par Geoffrey Nabavian | 0 commentaires

Dans Rennes, et la nature qui l’environne, la très douée Pascale Breton suit des personnages bien pensés, et très humains, aux prises avec leurs racines. On marche, à la suite de ses beaux comédiens.

Note de la rédaction :

Agréable. Une sensation familière, et agréable. Dès l’entrée, le nouveau film de Pascale Breton – qui signa, en 2003, Illumination – rend agréables les lieux qu’il décrit. Une université, à Rennes, puis les rues de la ville, entre béton et vestiges plus anciens, ainsi que la nature qui les entoure. Présente et expressive, parce qu’elle contraste avec le reste du cadre. Sans aucune insistance, la réalisatrice nous fait sentir les forces discrètes qui l’habitent.

Son personnage principal, Françoise, est elle aussi venue habiter à nouveau cette cité bretonne qui l’a vue grandir. En poste à la fac, en section Histoire de l’art, elle va croiser par hasard un vieil ami. Qui va l’informer que leur ancien groupe cherche à se réunir. Or Françoise a comme effacé de sa mémoire les souvenirs qu’elle avait de ces connaissances… Et parallèlement, un jeune étudiant en Géo du nom de Jon, nouveau mais vite intégré, va voir sa situation familiale compliquée le rattraper et l’envahir… Tout cela va avancer au gré d’une logique mystérieuse, et assez fascinante.

Françoise, c’est Valérie Dréville, grande comédienne de théâtre qu’on est heureux de retrouver au cinéma. Elle fait merveille, tant son magnétisme discret se prête au rôle, et fait rêver. Jon est joué par le jeune Kaou Langoët, très convaincant. On aime aussi les figures secondaires, tel le rockeur John Le Scieller, ancien ami de Françoise, interprété par un acteur splendide, Laurent Sauvage, maître des récits torturés sur les scènes théâtrales (dans les pièces de Stanislas Nordey, notamment).

Ce petit monde – car c’en est un, et des plus cohérents – se voit parsemé d’obstacles infranchissables : ainsi, l’ancien groupe ne pourra-t-il jamais se rassembler pour un soir. Mais quelques moments d’extase, qui durent de longues minutes, s’invitent, telle cette scène où après une nuit de fête en forêt, Jon prend Lydie, jeune aveugle qu’il aime, sur ses épaules. Ou le passage où cette même Lydie (belle Manon Evenat) retrouve Jon, qui dort dans la bibliothèque, grâce à son odeur. Grâce à la durée, les figures que trace Pascale Breton, simples en apparence, prennent un aspect pas commun. Lorsque Françoise visite « la Grande Catherine », ancienne amie qui loge dans un immeuble rennais pas très stable, le réalisme laisse effleurer, subtilement, des traces de magie, de fantastique. Ou peut-être, tout simplement, de paradis perdu. Et vers le milieu du film, des ruptures temporelles, et des changements de point de vue, commencent à advenir. Une sensation d’intense respiration naît.

On pourrait trouver que certains moments restent un peu théoriques, que les idées ne prennent pas toujours corps. Et quelques scènes, telles les retrouvailles de Jon avec sa mère, marginale à la rue, semblent tout d’abord déjà vues. Mais elles sont vite éclairées par les liens, parfois secrets, entretenus par les personnages, qui tissent une toile d’un bel effet. Certains protagonistes prennent une bien belle dimension, telle cette mère incarnée par la grande Elina Löwensohn, performeuse aussi active au théâtre qu’au cinéma. Il semble, en fin de compte, que la cinéaste veuille surtout s’attacher à l’idée de territoire, celui qui influence et qui constitue en partie les êtres. Dans son film, elle convoque également les traditions bretonnes conservées au XXe siècle, et les pratiques magiques notamment. Elle sait mêler ces différentes dimensions humaines, pour créer des personnages riches et attachants. Qui restent aussi, tout le long de l’épopée, très bien filmés.

*

Visuels : © Météore Films


LAISSEZ UN COMMENTAIRE VIA FACEBOOK:

comments

Laissez un commentaire: