Danse
Jérôme Bel fait danser ses idoles dans le corps et la voix de Valérie Dréville

Jérôme Bel fait danser ses idoles dans le corps et la voix de Valérie Dréville

09 octobre 2020 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Le chorégraphe Jérôme Bel poursuit sa quête des témoins. Celui qui il y a peu transmettait la danse d’Isadora Duncan, a écrit pour l’immense Valérie Dréville sa propre histoire de la danse. Attention, sensible.

Alors on le sait, bien avant l’épidémie, Bel a décidé de ne plus prendre l’avion et de ne plus imprimer les programmes de salle. Les répétions se font donc sur Skype quand la présence est impossible et le programme est performé. Cela est génial, car il est alors sûr que tout le monde en a pris connaissance.

Bel se choisit Dréville comme avatar et il y a pire projet dans la vie. Elle, monstre du théâtre, peut et a tout joué. Elle a été Phèdre, elle a été dirigée par les plus grands : Antoine Vitez, Romeo Castellucci, Claude Régy, Luc Bondy, Thomas Ostermeier, Stanislas Nordey, Jean-Pierre Vincent, Daniel Mesguich, Alain Françon, Julie Brochen ou encore Yves-Noël Genod, et désormais Jérôme Bel.

Et le rôle que lui offre Jérôme Bel est bien une première fois : être danseuse.

Danses pour une actrice pointe joliment que le corps a une mémoire et que la danse fait partie d’une autre mémoire, en partie collective. 

Exigeant, le spectacle parle aux initiés, aux grands fous de danse contemporaine, à tous ceux qui comme Jérôme Bel reconnaissent en une seconde la longue silhouette de Pina dans l’iconique Café Müller. Valerie Dréville n’est pas danseuse, et c’est bien là toute la force de la pièce, montrer que la danse n’est pas que technique. 

Il la transforme en page blanche. Pas maquillée, cheveux tirés, tenue de sport, pieds nus. Elle peut non pas incarner, mais transmettre des lieux de mémoire chorégraphique, des pièces qui ont écrit l’histoire de la danse et qui en débordent. Il convoque des stars et nous ne vous dirons pas lesquelles. Il montre comment la danse intervient en dehors des plateaux, se glisse sur Youtube et au cinéma, souvent.

Dréville nous touche, nous attrape, elle fait de nous ses marionnettes captives. Et son regard à nul autre pareil nous transperce, comme si elle aussi pouvait nous transmettre tous ses rôles passés.

Il n’est pas inutile, et Danses pour une actrice le montre, de rappeler que la danse est un langage, faite d’une grammaire et de plusieurs syntaxes. Et qu’autant que LE monologue de Phèdre, la scène du sacrifice en robe rouge dans le Sacre est mythique et fondatrice.

 

Visuel : ©Véronique Ellena

 

A la MC93 jusqu’au 16 octobre

 

 

 

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