Louise en Hiver: Laguionie signe une merveille du cinéma d’animation

21 novembre 2016 Par
Gregory Marouze
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Toute la Culture évoque cette semaine la sortie de Louise en Hiver, dernier film d’un maitre de l’animation : Jean-François Laguionie. Réalisateur de Gwen et le livre de sable (1984), Le château des singes (1999), L’île de Black Mor (2003) et Le Tableau (2011), Laguionie raconte avec Louise en Hiver une histoire qui ne laisse aucun public sur le bord de la route. Et livre une œuvre qui a tout du futur classique !

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On dit de Laguionie qu’il est le Miyazaki français. Voilà une comparaison sans doute flatteuse mais oh combien réductrice ! Ce cinéaste – dont le maître fut Paul Grimault (Le Roi et l’Oiseau) – a son propre univers, d’abord décliné dans une série de courts-métrages – La traversée de l’Atlantique à la rame: Palme d’Or du court-métrage en 1979 – puis dans des longs-métrages qui ont marqué les esprits de leurs spectateurs.louise1

Ce qui frappe avec le travail de Jean-François Laguionie (auquel La Cinémathèque française vient de rendre hommage), c’est qu’aucun de ses films n’a un univers graphique qui se ressemble. Pas de conclusion hâtive : Laguionie est bel et bien un auteur ! Au sens le plus complet et noble du terme (il écrit scénario, réalise, se charge de la création graphique des décors, du story-board) !

Cet homme est un véritable artisan qui a l’intelligence d’adapter le style visuel de chacun de ses films à l’histoire qu’il va raconter, à leurs ambiances.louise2

Laguionie ne déroge pas à la règle avec Louise en Hiver. Les couleurs pastel, les aquarelles, le grain du dessin apportent au film une douceur qui sied parfaitement à la fable que Laguionie veut conter. L’histoire de Louise pourrait être d’une infinie tristesse – la mélancolie et la nostalgie s’invitent – et même d’une grande dureté (l’abandon, le rejet, la guerre, les souvenirs de jeunesse, la vieillesse, la mort sont évoqués) mais l’univers graphique apporte au film sa légèreté, et empêche le spectateur de se noyer dans le spleen.

Les plus âgés regarderont Louise en Hiver comme l’hommage à la vie d’un cinéaste qui, à 77 ans, raconte qu’il n’y a pas d’âge pour se battre, avoir des projets, s’émouvoir devant un paysage, s’émerveiller d’un son. Les plus jeunes s’amuseront de l’humour de Louise, cette petite vieille attachante, des facéties du chien Pépère (auquel Laguionie prête malicieusement sa voix).

On s’en voudrait beaucoup de ne pas citer la comédienne Dominique Frot qui offre sa voix à Louise. Elle achève de faire du personnage, un être de chair et de sang.

Louise en Hiver ne cherche pas le réalisme. Le film est poésie, convoque l’onirisme et flirte avec le fantastique (la scène du parachutiste mort). N’empêche, c’est tout de même le travail le plus autobiographique du réalisateur. Comme le confirme la note d’intention de Laguionie pour ce dernier long-métrage:

« Louise en hiver est sans doute le film le plus intime que j’ai réalisé. Le plus précis aussi, malgré l’absurdité de la situation dans laquelle Louise se trouve, car ses aventures à huit ans, en haut des falaises, ou dans ce bois mystérieux de l’après-guerre, je les ai vécues… Ce n’était pas difficile pour moi de les dessiner. Comme les villas de bord de mer en Normandie où j’ai passé toutes mes vacances. Elles n’ont pas changé. Elles représentent encore un type de vacances légères, protégées des misères du reste du monde, situées dans un temps indéfini où nos habitudes bourgeoises seraient encore intactes face aux angoisses existentielles de ce temps comme la vieillesse ou la montée du niveau de la mer… ».

Allez voir Louise en Hiver en salles ! Ce film mérite une projection au cinéma afin de rendre justice à la beauté de ses décors et au travail sur le design sonore – vous vous souviendrez longtemps du ressac des vagues, du souffle du vent, des cris des oiseaux -.

Enfin, il serait injuste d’oublier la musique de Louise en Hiver (composition au piano de Pierre Kellner et composition originale pour orchestre et chœur d’enfants de Pascal Le Pennec). Elle apporte la touche finale magique de ce film d’animation qui, à n’en point douter, fera date.

Grégory Marouzé

Louise en Hiver de Jean-François Laguionie

Avec la voix de Dominique Frot

Durée : 1h15

Sortie le 23 novembre 2016

A partir de 11/12 ans.

Visuels : Gebeka Films.

Site officiel de Jean-François Laguionie

Synopsis : À la fin de l’été, Louise voit le dernier train de la saison, qui dessert la petite station balnéaire de Biligen, partir sans elle. La ville est désertée. Le temps rapidement se dégrade, les grandes marées d’équinoxe surviennent condamnant maintenant électricité et moyens de communication. Fragile et coquette, bien moins armée que Robinson, Louise ne devrait pas survivre à l’hiver. Mais elle n’a pas peur et considère son abandon comme un pari. Elle va apprivoiser les éléments naturels et la solitude. Ses souvenirs profitent de l’occasion pour s’inviter dans l’aventure. Jusqu’à ce qu’une explication lui soit révélée et que tout rentre dans l’ordre.