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À la Cinémathèque Française, Romy Schneider sous la lumière

À la Cinémathèque Française, Romy Schneider sous la lumière

28 mars 2022 | PAR Yohan Haddad

Après une exposition dédiée à Louis de Funès l’année dernière, la Cinémathèque Française continue son exploration des acteurs et des actrices avec une exposition consacrée à Romy Schneider, actrice iconoclaste qui, 40 ans après sa disparition, continue de fasciner et d’inspirer.

De Sissi à Sautet

Romy Schneider est une actrice qui n’en finit pas d’hypnotiser, de séduire, de captiver. 40 ans après sa disparition prématurée, les films dans lesquels elle a joué (et rayonné) continuent de passer et repasser en boucle dans les esprits. Sa capacité à varier les registres a fait d’elle l’une des personnalités les plus influentes de son temps.

Née dans l’Autriche du Reich allemand des années 1930, elle commence sa carrière sous les auspices du réalisateur d’opérettes autrichien Ernst Marischka, qui la fait tourner dans Les Jeunes Années d’une Reine en 1954, avant de lui faire crever l’écran dans la série des Sissi, dans laquelle elle incarne la célèbre impératrice autrichienne Elisabeth de Bavière. Elle est alors âgée de 20 ans, et connaît une consécration qui lancera une carrière de cinéma fulgurante. L’exposition revient sur ces premiers films tournés dans l’ancien Reich allemand, avec une série de photos et de costumes s’attardant notamment sur les Sissi, ainsi que sur d’autres films des années 1950, où elle tourne avec Horst Buchholz, Curd Jürgens ou encore Alain Delon, qu’elle rencontre sur le tournage de Christine de Pierre Gaspard-Huit à la fin des années 1950. L’exposition revient longuement sur sa relation avec l’acteur, de son apparition à ses côtés dans Plein Soleil jusqu’au duo sensuel qu’ils forment dans La Piscine de Jacques Deray, pourtant tourné plusieurs années après leur séparation.

Les années 1960 verront l’avènement d’une nouvelle actrice, sur laquelle l’exposition revient longuement, avec de nombreuses pièces consacrées au Ludwig de Luchino Visconti, pour lequel elle tournera trois films importants. Vient ensuite son aventure américaine, mise en scène au sein de l’exposition au travers d’un panneau publicitaire sur lequel elle apparaît avec Jack Lemmon dans la comédie Prête-moi ton mari en 1964. Cette partie méconnue de sa carrière (du moins en France) est ici largement documentée, montrant ses forces et ses faiblesses, aussi bien autour de comédies que de films de guerres, tournant avec Woody Allen et Otto Preminger.

C’est néanmoins au début des années 1970 que la carrière de Romy Schneider prend une tournure décisive. Elle y rencontre Andrzej ?u?awski, Claude Chabrol, Costa-Gavras, Robert Enrico et Claude Sautet. Une longue salle en forme labyrinthique revient sur son parcours avec ce dernier, pour lequel elle tourne 5 films analysant la société française des années 1970, avec des films comme Les Choses de la Vie, César et Rosalie et Max et les Ferrailleurs. Mots aux réalisateurs, fiches de services, photographies de plateaux, costumes… De nombreuses pièces remémorent cette époque importante de l’histoire du cinéma français, où Romy Schneider incarnait, selon ses propres mots et ceux de Claude Sautet, « la Femme française ». Les derniers espaces de l’exposition s’intéressent aux derniers films dans lesquels elle tourne à la fin des années 1970 et au début des années 1980, sous la direction de Claude Miller, Bertrand Tavernier ou Jacques Rouffio, avec lequel elle tournera son dernier film, La Passante du Sans-Souci, avant son décès tragique à l’âge de 43 ans, en 1982.

Romy icône

Si l’exposition s’intéresse de près à sa carrière cinématographique, elle ne lésine pas sur la Romy Schneider égérie de mode et icône de beauté. De nombreuses pièces issues de sa collaboration avec Coco Chanel sont visibles tout au long de l’exposition, avec  notamment cette fameuse robe rose clair qu’elle porte dans le segment du Boccace 70 que dirige Luchino Visconti en 1962 (photo de couverture de l’article). Les robes de Sissi, de César et Rosalie ou encore de La Banquière de Francis Girod sont également présentes, montrant la capacité de l’actrice à enfiler les costumes pour mieux imprégner les rôles qu’elle incarnait.

La toute fin de l’exposition s’intéresse également à la Romy photographiée, sous tous ses angles et durant plusieurs décennies, n’hésitant pas à casser l’image de petite fille qu’elle avait acquise au cours des années 1950, pour amener une sensualité nouvelle lui permettant de s’imposer comme une véritable actrice de cinéma. Cette idée est notamment visible à travers de nombreuses photos et vidéos de L’Enfer d’Henri-Georges Clouzot, projet fou inachevé dans lequel elle jouait une femme fatale rendant fou un mari interprété par Serge Reggiani. Ces clichés incandescents, nuancés de bleus, de gris et de rouges, ont laissé une marque importante dans l’histoire du cinéma, celle d’une actrice n’ayant pas peur de bousculer les apparences. Après plus de 2 heures de visites à travers les différentes salles et pièces de l’exposition, la visite se conclut par cette photo de Romy Schneider et de sa jeune fille Sarah (Biasini), qui rit aux éclats dans les bras de sa mère. Cette pièce bouleverse, et montre l’héritage de l’actrice, de la mère, et surtout de la Femme, icône d’un cinéma qui n’en finit pas d’inspirer et de fasciner.

Visuel : © Romy Schneider dans Boccace 70 – Sketch Le Travail, réalisé par Luchino Visconti (1962)

 

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Yohan Haddad

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