Cinema
Down in Paris, la lumineuse balade de deuil d’Antony Hickling

Down in Paris, la lumineuse balade de deuil d’Antony Hickling

02 mars 2022 | PAR Geoffrey Nabavian

Dans une atmosphère mélancolique, Antony Hickling fait le portrait de ses propres incapacités, et les cerne pour sans doute mieux les affronter. Un film en forme d’autoportrait attachant et brillant.

Richard, réalisateur britannique en tournage à Paris, bute sur une scène, et ne parvient pas à bien diriger son actrice. Errant ensuite dans la capitale plongée dans la nuit, il croise quelques anciens amants avec lesquels il peine à solder ses comptes, ou se rend chez sa voyante attitrée sans en sortir très rassuré. La mort de son père, aussi, lui reste en tête et le hante.

Down in Paris reste peut-être l’un des films d’Antony Hickling avec la forme la plus simple : il ne dérive pas vers des mondes parallèles à la façon du sublime Where horses go to die, et n’est pas constitué de fragments heurtés comme Frig. La particularité de cette proposition artistique-ci est que le réalisateur y interprète lui-même le rôle principal, personnage qui paraît très proche de lui. Loin de se glorifier, et loin de se noircir à outrance, Antony Hickling trouve ici la hauteur juste pour se cadrer lui-même. Ce faisant, il laisse de la place à ses doutes et à ses incapacités pour jaillir et habiter l’écran.

On retrouve dans ce film le travail qu’il semble beaucoup affectionner sur la lumière : elle sculpte différemment chaque lieu – rue où un ex est rencontré dans une atmosphère orageuse, appartement où le héros fait un point sur lui-même avec celui qu’il aima beaucoup (Manuel Blanc, toujours aussi charismatique et sensible), darkrooms… – et donne son rythme à cette balade nocturne. Travaillée, et couplée à la photographie aux belles teintes de Yann Gadaud, elle rend les plans beaux en laissant exister leurs ombres et les fantômes qui les habitent. Progressivement, l’âme du film semble émerger d’elle à pas lents, pas du tout pressés, envoûtants.

La grande justesse de la réalisation d’Antony Hickling, qu’on aima tant dans Where horses go to die, irrigue ici toutes les images, rendant cette promenade immersive au final, donc universelle : la longueur des séquences joue pas mal dans cette impression, le monde à l’écran ayant tout le temps de se déployer. L’aspect méditatif parvient bien jusqu’au spectateur aussi : aucunement occupées par des envies d’épater à tout prix, les scènes paraissent respirer. Une caractéristique que certains réalisateurs aujourd’hui laissent de côté, pour ne se concentrer que sur eux-mêmes… Ne reste alors qu’à plonger, et à passer un peu de temps aux côtés des figures croisées par le cinéaste-acteur (telle Dominique Frot, qui fait sonner sa voix et sa personnalité terriennes magnifiquement en voyante), occupé à se mesurer à ses propres murs.

Down in Paris sort dans les salles de cinéma françaises le 2 mars, distribué par Optimale.

Visuels : © Optimale Distribution

« 7 rue du rendez-vous » et « Pas en préfecture » : focus sur deux séries d’apprentissage du français par la fiction
Décès de Jean-Pierre Pernaut à l’âge de 71 ans
Geoffrey Nabavian
Parallèlement à ses études littéraires : prépa Lettres (hypokhâgne et khâgne) / Master 2 de Littératures françaises à Paris IV-Sorbonne, avec Mention Bien, Geoffrey Nabavian a suivi des formations dans la culture et l’art. Quatre ans de formation de comédien (Conservatoires, Cours Florent, stages avec Célie Pauthe, François Verret, Stanislas Nordey, Sandrine Lanno) ; stage avec Geneviève Dichamp et le Théâtre A. Dumas de Saint-Germain (rédacteur, aide programmation et relations extérieures) ; stage avec la compagnie théâtrale Ultima Chamada (Paris) : assistant mise en scène (Pour un oui ou pour un non, création 2013), chargé de communication et de production internationale. Il a rédigé deux mémoires, l'un sur la violence des spectacles à succès lors des Festivals d'Avignon 2010 à 2012, l'autre sur les adaptations anti-cinématographiques de textes littéraires français tournées par Danièle Huillet et Jean-Marie Straub. Il écrit désormais comme journaliste sur le théâtre contemporain et le cinéma, avec un goût pour faire découvrir des artistes moins connus du grand public. A ce titre, il couvre les festivals de Cannes, d'Avignon, et aussi l'Etrange Festival, les Francophonies en Limousin, l'Arras Film Festival. CONTACT : [email protected] / https://twitter.com/geoffreynabavia

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.


Soutenez Toute La Culture