Dans La Forêt: Jérémie Elkaïm dans un conte horrifique des auteurs de « Harry, un ami qui vous veut du bien »

13 février 2017 Par
Gregory Marouze
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Qui a dit que que le cinéma français ne prend pas de risques ? Pas Toute La Culture qui vous apporte la preuve du contraire en parlant cette semaine de Dans la Forêt, le dernier film imaginé par Gilles Marchand et Dominik Moll. Dans la Forêt est un film à la lisière du conte, du fantastique, de l’épouvante. Une œuvre forte interprétée par un Jérémie Elkaïm méconnaissable et deux jeunes acteurs étonnants : Timothé Vom Dorp, Théo Van de Voorde. Sans plus attendre Toute La Culture vous emmène Dans la Forêt

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La collaboration entre Gilles Marchand et Dominik Moll remonte au second long-métrage de ce dernier avec le fameux Harry, un ami qui vous veut du bien. Depuis, les deux complices n’ont eu de cesse d’interroger et filmer des rapports humains troubles, relations amicales ou familiales étranges, pour provoquer la peur, le malaise et/ou le rire. Sur un script coécrit avec Gilles Marchand, Moll a réalisé Lemming et Des Nouvelles de la planète Mars. Sur un script coécrit par Dominik Moll, Gilles Marchand a réalisé Qui a tué Bambi ? et L’Autre Monde.

Avec Dans la Forêt, Marchand poursuit dans une veine qu’il affectionne particulièrement. On retrouve dans ce film de l’étrangeté, des relations humaines ambiguës, des situations quotidiennes qui glissent vers l’irréel, donnent naissance au fantastique, à l’épouvante et même, à l’horreur.

Le cinéaste prend pour point de départ une histoire tout à fait banale : un père de famille, séparé de sa femme, fait venir ses enfants en Suède afin qu’ils passent leurs vacances à ses côtés.

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De ce postulat pourrait naître à un film psychologique lambda, une initiation avec passage classique de l’enfance à l’âge adulte. C’est d’ailleurs la première lecture que l’on peut faire de Dans la Forêt. Mais Gilles Marchand, excellent raconteur d’histoires, prend le parti de déjouer les attentes du spectateur. Pour le surprendre et l’emmener vers des rives inconnues.

La grande idée de Marchand est d’avoir confié le rôle du père à Jérémie Elkaïm. On voit enfin l’acteur sortir de sa zone de confort. On l’aime bien Elkaïm, mais il commençait un peu à s’enfermer dans ses rôles de « jeunes premiers romantiques ». Peut-être en avait-il conscience puisqu’il co-produit le film avec Valérie Donzelli, sa complice de La Guerre est déclarée et Marguerite et Julien.

La voix douce et singulière de Jérémie Elkaïm rassurait, charmait.  Pour Dans la Forêt, l’acteur l’utilise d’une toute autre façon. Elle fascine toujours, est toujours aussi douce, mais porte désormais en elle l’angoisse et fait naître la peur.

L’acteur joue habilement de son physique « adulescent ». Ainsi, le spectateur ne sait s’il est confronté à un père de famille en souffrance, un fou ou un personnage démoniaque. Et si comparaison n’est pas raison, on aime voir des similitudes entre le Jérémie Elkaïm de Dans la Forêt et le jeune Alain Delon du Plein Soleil de René Clément.

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La direction d’acteurs de Gilles Marchand est remarquable : Si Dans la Forêt permet de voir Elkaïm dans son meilleur rôle, le film offre aussi les révélations de deux jeunes comédiens étonnants. Timothé Vom Dorp sidère dans le rôle de Tom. Il incarne son personnage avec une maturité étonnante pour un enfant de son âge. Le jeune acteur passe de l’émotion à la peur avec une facilité déconcertante. Il inquiète également. Théo Van de Voorde, quant à lui, est tout aussi convainquant dans le rôle du grand frère, Benjamin. Si son personnage semble moins « spectaculaire » que ceux de ses deux autre partenaires, il est pourtant capital à la crédibilité et à la progression de l’histoire.

Marchand ne laisse rien au hasard. Il prend soin de laisser des éléments scénaristiques hors champ (la fin du film peut déconcerter : tant mieux !) afin de créer l’interrogation chez le spectateur. Le découpage de sa mise en scène est d’une précision millimétrée. La forêt est si bien filmée, qu’elle devient un personnage à part entière du film. Ambiances, design sonore et musique (composée par Philippe Schoeller) sont travaillés au cordeau.

Par ses thèmes et certaines scènes, Dans la Forêt rappelle forcément des films comme La Nuit du Chasseur ou The Shining. En fins cinéphiles, Gilles Marchand et son coscénariste Dominik Moll, se rappellent au bon souvenir de ces classiques du cinéma.

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Pour autant, Dans la Forêt n’est pas œuvre de copistes. Les scénaristes et réalisateur ont su digérer leurs influences et livrer un film personnel. Voilà une parabole audacieuse sur l’enfance et les limites de l’éducation parentale, un film d’épouvante,  un conte que n’aurait pas désavoué Charles Perrault.

Jérémie Elkaïm est-il le grand méchant loup de Dans la Forêt ? A vous de le vérifier en salles.

Grégory Marouzé.

Synopsis: Tom et son grand frère Benjamin partent en Suède retrouver leur père pour les vacances d’été. Tom appréhende les retrouvailles avec cet homme étrange et solitaire. Le père, lui, semble convaincu que Tom a le don de voir des choses que les autres ne voient pas. Quand il leur propose d’aller vers le Nord pour passer quelques jours dans une cabane au bord d’un lac, les enfants sont ravis. Mais l’endroit est très isolé, au milieu d’une immense forêt qui exacerbe les peurs de Tom. Et plus les jours passent, moins le père semble envisager leur retour…

Dans la Forêt de Gilles Marchand

Scénario Gilles Marchand, Dominik Moll

Production Valérie Donzelli, Jérémie Elkaïm

Avec Jérémie Elkaïm, Timothé Vom Dorp, Théo Van de Voorde

Musique : Philippe Schoeller

Production France Suède

Durée : 1h43

Sortie le 15 février 2017

Interdit aux moins de 12 ans

Visuels © Pyramide