[Critique] du film « Primaire » Sara Forestier, professeure des écoles

10 janvier 2017 Par
Gilles Herail
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Hélène Angel signe une chronique réaliste du métier de professeur des écoles, ses espoirs et ses frustrations. En y amenant la fiction et le drame dans la lignée de Maïwenn. Primaire n’a ni la maîtrise ni la force de Polisse mais offre un témoignage puissant sur un métier essentiel, porté par une Sara Forestier très investie. Notre critique.

Extrait du synopsis officiel : Florence est une professeure des écoles dévouée à ses élèves. Quand elle rencontre le petit Sacha, un enfant en difficulté, elle va tout faire pour le sauver, quitte à délaisser sa vie de mère, de femme et même remettre en cause sa vocation. Florence va réaliser peu à peu qu’il n’y a pas d’âge pour apprendre…

primaire

L’école primaire est un marronnier du débat politique français. Qui reprend inlassablement, à chaque campagne, la même rengaine sur la « priorité au primaire », l’importance de l’apprentissage des fondamentaux et la reconnaissance des professeurs des écoles. Sans pour mettre ces principes en pratique et agir suffisamment sur ces cruciales premières années d’enseignement. Car beaucoup se joue dans ces classes à l’énergie débordante que maîtres et maîtresses tentent de canaliser et de catalyser. Les inégalités familiales jouent déjà, entre ceux qui ont appris à lire chez eux et possèdent un large vocabulaire, et ceux qui ont bénéficié d’un environnement moins favorable. Mais la question n’est pas que sociale et Primaire a d’ailleurs intelligemment choisi d’installer son récit dans un établissement « moyen » de ville moyenne, ni favorisé, ni relégué.

Hélène Angel dresse avant tout un portrait de prof (Sara Forestier, très investie), douée, passionnée par son métier, inventant en permanence de nouvelles solutions pour tenir compte des difficultés de sa classe. Mais ce sont finalement les parcours d’élèves qui nous passionnent le plus. Un gamin abandonné par une mère absente, fugueuse récidiviste qui le laisse en plan de manière régulière pendant plusieurs jours. Une élève discrète qui a réussi à cacher pendant plusieurs années qu’elle ne savait pas lire et va devoir rattraper son retard pour espérer passer en 6ème. Une jeune handicapée qui s’adapte de mieux à mieux à son environnement et fait des progrès remarquables tout au long de l’année. Primaire fascine dès qu’il se focalise sur la salle de classe, captant l’incroyable énergie qui s’en dégage, et les trésors de patience et de réactivité mis en oeuvre par le corps enseignant.

On regrette en revanche une dramatisation parfois maladroite du parcours de son héroïne, la sous-intrigue sentimentale, les questions liées à son statut de mère. On sent une volonté de réalisme lyrique à la Maïwenn mais le ton semble parfois trop forcé pour convaincre. Primaire vaut malgré tout le coup d’œil, évoquant avec précision et sensibilité l’expérience de professeurs des écoles dont le rôle est chaque jour plus essentiel.

Gilles Hérail

Primaire, une comédie dramatique française d’Hélène Angel avec Sara Forestier, Vincent Elbaz et Patrick d’Assumçao, durée 1h44, sortie le 04/01/2017

Visuels : © affiche et bande-annonce officielles du film