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[Critique] du film documentaire « Dernières nouvelles du cosmos » Julie Bertuccelli nous ouvre les portes d’un autre univers

[Critique] du film documentaire « Dernières nouvelles du cosmos » Julie Bertuccelli nous ouvre les portes d’un autre univers

13 novembre 2016 | PAR Gilles Herail

Julie Bertuccelli nous offre un témoignage unique sur un univers sensible, intellectuel et artistique parallèle. En dressant le portrait de la poétesse autiste Hélène Nicolas, dite Babouillec, connue pour son ouvrage Algorithme éponyme. Dernières nouvelles du cosmos est un documentaire fascinant de bout en bout, déstabilisant, questionnant notre rapport à l’intelligence et au génie. Nous faisant entrer (autant que possible) dans un monde qui nous dépasse. Notre critique.

[rating=5]

Extrait du synopsis officiel : A bientôt 30 ans, Hélène a toujours l’air d’une adolescente. Elle est l’auteure de textes puissants à l’humour corrosif. Elle fait partie, comme elle le dit elle-même, d’un «lot mal calibré, ne rentrant nulle part». Visionnaire, sa poésie télépathe nous parle de son monde et du nôtre.

Julie Bertuccelli, réalisatrice d’une magnifique fable sur le deuil avec Charlotte Gainsbourg (L’arbre) s’est tournée vers le documentaire avec La cour de Babel. Un témoignage plein d’humanité sur la vie d’une classe d’intégration accueillant des enfants étrangers qui viennent d’arriver en France. Et doivent faire face au défi de l’apprentissage du français et des codes culturels locaux. La cinéaste continue son interrogation sur le langage en s’intéressant à une artiste pas comme les autres. Hélène Nicolas, dite Babouillec, autiste lourde, qui ne communique pas verbalement, mais propose des textes écrits d’une surprenante profondeur. Julie Bertuccelli a pris le temps, de s’intégrer dans une famille, de gagner la confiance de son sujet, pour nous offrir un témoignage aussi déstabilisant que fascinant, questionnant notre rapport au génie, à l’intelligence et nous ouvrant sur un monde sensible dont les règles sont différentes.

Dernières nouvelles du cosmos nous montre d’abord une relation mère-fille pas comme les autres. Alors que la jeune Hélène a mis du temps avant de s’ouvrir, de s’exposer, de créer du lien physique et émotionnel avec son entourage. Le documentaire nous montre comment mère et fille ont dû chercher un terrain de communication commun, en tâtonnant, en trouvant des terrains d’entente, des codes et des outils qui permettent d’établir un espace de dialogue. La communication verbale est absente et c’est par l’écriture qu’un que les premiers mots sont arrivés. A travers un système de lettres cartonnées qu’Hélène utilise pour traduire ses pensées et échanger avec les autres. Un dispositif qui démontrera qu’elle sait parfaitement lire et écrire, et permettra d’approcher son identité, ses idées, ses ressentis qu’elle partage à travers des phrases, parfois énigmatiques. Le témoignage de la mère sur l’autisme est passionnant, nous expliquant comment il a fallu découvrir un rapport au corps, au sens, aux relations sociales qui n’a rien à voir avec le développement des autres enfants. Et le grand écart qu’il a fallu combler, dans un processus de longue haleine, pour retisser un fil entre deux univers qui possèdent leurs propres clefs d’entrée.

Cette connexion établie a permis de découvrir une sensibilité d’écrivaine, une production littéraire complexe, dont les fragments recueillis offrent une force poétique déconcertante, mais aussi un humour cinglant. Dernières nouvelles du Cosmos nous confronte à nos propres représentations du génie et de l’intelligence. Car Hélène ne parle pas, semble parfois agir comme une enfant, être absente à ce qui l’entoure, garde des difficultés motrices significatives qui laissent leur empreinte sur son visage. La profondeur des textes qu’elle rédige nous laisse donc totalement déstabilisés pendant la première partie du film, où le spectateur doit s’habituer à une apparence et des comportements physiques qui ne collent pas à nos schémas. Une difficulté que l’on dépasse petit à petit, pour suivre une formidable entreprise artistique et intellectuelle. Comment traduire sans le dénaturer un univers d’une telle densité? Le rendre accessible sans le normaliser ? C’est tout le travail de Pierre Meunier, qui va collaborer avec Babouillec pour offrir une pièce-de-théâtre contemporaine illustrant par la mise-en-scène, les créations graphiques et l’univers sonore, les mots de la poétesse

Dernières nouvelles du Cosmos porte bien son titre car il ouvre une fenêtre vers un monde différent. Qui ne passe pas par la communication verbale et ne se focalise pas sur les mêmes dimensions. La rencontre entre le chercheur Laurent Derobert (créateur des mathématiques existentielles) et Hélène offre à ce titre un moment métaphysique déconcertant. Deux intelligences pures qui se rencontrent et se comprennent, malgré la contrainte technique de l’utilisation des lettres cartonnées et ouvrent des questions qui vont vers l’existentiel. On ressort fasciné, interrogé, profondément déstabilisé devant un génie mystérieux, qui garde une partie de ses secrets. Mais a fait un premier pas vers la communication et la transmission. A voir absolument.

Gilles Hérail

Dernières nouvelles du Cosmos, un documentaire français de documentaire de Julie Bertuccelli, durée 1h25, sortie le 09/11/2016

Visuels : © affiche et bande-annonce officielles du film
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Gilles Herail

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