Théâtre
« HAMLET TRANSGRESSION » : 35 Minutes de Bonheur au Théâtre de l’Aquarium

« HAMLET TRANSGRESSION » : 35 Minutes de Bonheur au Théâtre de l’Aquarium

13 novembre 2016 | PAR David Rofé-Sarfati

Hamlet doit urgemment venger son père, mais il lui faudra cinq actes et des années pour y arriver… Entre temps, combien de mots (« Words, words, words… ») pour retarder le passage à l’acte, pour chercher une issue, pour contourner l’impuissance ? ! Hamlet n’est-il pas la figure même du poète qui tente de nommer le présent, à défaut de pouvoir agir sur lui ? 

Rappelons-le, Hamlet, la pièce de Shakespeare raconte un parricide puis une vengeance. Hamlet se vengera de son oncle après avoir feint d’aimer Ophélie, après avoir tué Polonius le conseiller de Claudius par méprise. À la fin, Hamlet décède après s’être posé la question célèbre être ou ne pas être, être ou pas au monde alors qu’encombré d’un destin lourd, car il est victime du meurtre de son père en même temps que coupable de sa propre vengeance envers Claudius, son oncle et son nouveau beau père.

Entre meurtre parricide, vengeance décousue et abomination incestueuse, Hamlet cherche inlassablement dans les mots, une possible élaboration et une issue salvatrice à son mal de vivre. Il ne la trouvera jamais.

Sur le plateau deux comédiennes portent les mots du prince du Danemark, en les clamant les chantant les hurlant et un miracle se produit. La difficulté à vivre, la mélancolie de Hamlet que secrètement chacun de nous partage avec lui dévoile son visage et de ce partage émerge en nous une joie optimiste.
Shakespeare attendait du théâtre qu’il parle du présent, nous y sommes presque.
Jacques David explique que pour obtenir ce résultat il a dû recourir à un hors champ du texte de Shakespeare. Il a choisi Hamlet-machine de Heiner Müller (la pièce écrite en 1977 est une réécriture compressée de neuf pages du texte de Shakespeare) et le Voyage d’Hiver (Winterreise) de Schubert Winterreise (Voyage d’hiver en français un cycle de 24 lieder pour piano et voix, composée par Franz Schubert en 1827 sur des poèmes de Wilhelm Müller) pour tenter de restituer cette recherche des mots et des émotions dans le présent. Bien sûr il n’y parvient pas, car cet impossible est la limite, mais nous n’avons jamais été aussi proches de ce hic et nunc de vérité

Les deux comédiennes sont divines, quasi célestes. Ces 35 minutes de bonheur nous font du bien. Nommons pour les remercier Dominique Jacquet sans cesse débordée par le ressac du rivage et Laurence Malherbe, une sensuelle et envoûtante Nina Hagen traversée par les mots de Wilhelm Muller.
Il se sera produit dans la petite Salle du Théâtre de l’Aquarium (cette même salle où Sara Llorca incarnait Sarah Kane). une chose extrêmement rare entre hallucination et rêve éveillé. Après la représentation et après avoir retrouvé ses esprits, on assistera au sympathique Richard III de Jean Lambert-wild. Le spectacle talentueux, inventif et joyeux est une recréation pour l’esprit, une explosion spectaculaire d’un Richard III saltimbanque et clown au milieu d’une fête foraine.

En prélude à Richard III – Royaulté me lie, Opéra & Théâtre d’après William Shakespeare (Hamlet), Heiner Müller (Hamlet-Machine) et Frantz Schubert (Winterreise), adaptation et mise en scène Jacques David, dramaturgie Élise Blaché, scénographie Emmanuelle Debeusscher, costumes Agnès Marillier, lumière Laurent Nennig, son Christophe Séchet, arrangements musicaux du Winterreise de Franz Schubert par Excursus (Laurence Malherbe, Laurent David, Faro, Éric Groleau), avec la soprano Laurence Malherbe, la comédienne Dominique Jacquet et le musicien électroacousticien Christophe Séchet

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