Classique

[Live Report] L’hommage à Steve Reich de la Philharmonie

[Live Report] L’hommage à Steve Reich de la Philharmonie

13 novembre 2016 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Ce n’est pas une nuit mais un weekend américain qui se déroule en ce moment à la Philharmonie. Conférences et concerts rendent un hommage, à l’occasion de ses quatre-vingt ans, à l’un des maîtres de la musique classique contemporaine, Steve Reich. Hier soir, l’ensemble Modern a offert à un public étonné un programme impressionnant d’intelligence et d’exigence dirigé par Brad Lubman. Bon anniversaire Mister Steve Reich !

Les amateurs de danse connaissent le travail de Steve Reich grâce à la transmission qu’en fait Anne Teresa de Keersmaeker. Comme dans la danse de la chorégraphe, la musique est elle aussi répétitive et suspendue sans faire l’impasse sur la beauté. Le programme s’ouvre sur Pulse que Reich vient de composer en réponse à une commande de la Philharmonie de Paris, du Carnegie Hall, de la Los Angeles Philarmonic Association, de le la KölnMusik-Kôlner Philarmonie et du Barbican Center. Cette création pour « vents, corde, piano et basse électrique » est une introduction parfaite à la suite du programme. Car quatre courtes pièces seront entendues, dont deux de Steve Reich, une de Lou Harrisson et une autre de John Cage.  Le résultat est un panorama précis sur un type de musique américaine expérimentale qui arrive de façon exubérante à mêler les époques et les genres.

Si dans Pulse à l’harmonie souple, la basse électrique  croise les violons, le morceau le plus éclectique est le Credo in Us de Cage qui se retrouvait hier soir au cœur d’une actualité fort triste.

Le morceau de Cage, dont là encore, on connait le travail grâce à son compagnonnage avec Merce Cunnigham est d’une radicalité extrême. Ici, la mélodie n’est pas le sujet. Cage a composé cette pièce en pleine Seconde Guerre Mondiale, en 1942 et elle met à l’unisson un piano, deux gongs, des percussions, un buzzer et une radio qui diffuse les informations en direct. Hier soir à 22h pile, « France Info » rappelait la mémoire des 130 morts du 13 novembre 2015. Cette pièce à l’actualité folle avait été écrite pour des danseurs. Mais avant d’entendre le grand Cage, le programme nous avait envahi des orgues de Lou Harrison. Son Concerto pour orgue  est absolument spectaculaire.  Ce proche de John Cage était fasciné par les percussions. Pour cette pièce écrite en 1973 on trouve huit percussionnistes ( jouant aussi bien sur des tuyaux de plomberie que de classiques cymbales), un piano, un orgue (Hermann Kretzschmar et un célesta. Le son est métallique, étrange et captivant. Nous sommes ici dans le champ de la recherche la plus pure.

Le programme est donc entouré de deux récentes pièce de Reich. En faisant de la sorte, la Philharmonie casse le mythe. Pulse et Runner ne sont pas des compositions raides et répétitives.  La ligne mélodique compte terriblement. Runner qui clôt cette magnifique soirée est une création de 2015 pour Grand ensemble. Deux pianos sont côte à côte entourés des cordes. Ces pianos vont donner comme dans Pulse la ligne rythmique, simple. Un tempo. Par dessus arrivent la complexité des notes. Il s’agit de cinq mouvements quasiment identiques et répétés. Ils sont ralentis ou  augmentés donnant la preuve que le même est toujours différent.

Ce soir, le weekend Steve Reich Unimited se terminera avec un concert des héritiers : Chassol, s t a r g a z e et Matmos.

Visuel : ©Wonge Bergmann

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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