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[Live report] Chassol présente son « Big Sun » à la Gaîté Lyrique

[Live report] Chassol présente son « Big Sun » à la Gaîté Lyrique

16 janvier 2015 | PAR Bastien Stisi

Capter le timbre et l’émotion de l’instant, harmoniser le réel, jouer les images, créer la bande-son d’un carnet de voyage objectif et en même temps subjectif : après la Nouvelle-Orléans sur Nola Chérie et l’Inde sur Indiamore, c’est la Martinique et son Big Sun que le compositeur Christophe Chassol présentait hier soir à la Gaîté Lyrique.

Un gros et large Soleil, blanc mais quand même chaud, apparaît sur l’écran élargi d’une Gaîté bondée et particulièrement attentive. Celui-ci est bien évidemment le Big Sun évoqué par le titre de l’album, et reviendra souvent faire valoir sa grandeur polie et essentielle, au cours de ce dialogue du son et de l’image que Chassol, porte-étendard du courageux label Tricatel (son fondateur Bertrand Burgalat viendra accompagner à la basse le générique final…) a pris le parti de nommer ultrascore (on notait le caractère avant-gardiste de la démarche au sein d’un article spécialement consacré).

Ce sont d’abord les oiseaux qui, si l’on peut dire, prennent doucement la parole. Et puis un autochtone, attablé au sein d’un restaurant à l’air ventilé, qui sait en imiter astucieusement le chant aigu et sifflotant. Et puis, avant d’assister à la conversation toute musicale de joueurs de dominos passionnés, viendront des manieurs d’instruments « convenus » (comme ce joueur d’instrument à vent local placé dans un cimetière martiniquais) et des chanteurs-performeurs aux phrasés volubiles (rappeur et raggaman en tête). Le cheminement est logique : on signale ici la présence viscérale et omnipotente du son, son imprégnation globale, aussi bien sujet à utilisation dans la diversité de l’organique (on verra aussi des arbres et le bruit des feuillages, violentés par une chaude pluie tropicale) que dans le langage des humains.

L’odyssée contée par ce chef d’orchestre toujours aussi touchant d’humour, de spontanéité et de modestie, est celle de la musique, dont on peut voir dans cette carte postale des Antilles, comme on le voyait déjà avec celle de la Nouvelle-Orléans et celle de l’Inde, à quel point elle imprègne, dès lors que l’on tend suffisamment l’oreille pour pouvoir le constater, l’intégralité des choses. Elle est aussi celle d’un territoire, dont le chant sensible est accompagné par une cacophonie d’ambiant, de dub tribal, de trip hop et d’électro analogique, et bien sûr, par le doux et assuré piano de Chassol, qui dirige discrètement les opérations sur le bord de la scène.

Sur scène, un batteur (Lawrence Clais) fait face au quadragénaire aux cheveux crépus. Sa présence, malgré le format si spécifique du projet, contribuera grandement à la formidable qualité du live, et se montrera tout particulièrement précieux lors de cette scène qui fera figure d’apothéose, dans laquelle le spectateur se trouvera immiscé au milieu des tambours et des percussions plurielles d’un cortège carnavalesque aux mille couleurs visuelles et sonores. La Gaîté est aux Antilles, avec ses personnages réels et ses instants capturés qui défilent sous ses yeux. Et elle applaudit bien fort ce voyage des sens.

Dans une démarche éminemment philanthrope et grandement égalitaire, Chassol alterne l’intervention de « professionnels du son » et de précieux anonymes (les pas de danse habiles malgré les rides de celle qui se nomme Tante Lise, que l’on croit croiser au détour d’un hasard, sont d’une tendresse absolue), tous au service, d’une manière volontaire ou non, de la musique de ce pays dont Chassol est originaire et dont il parvient sur Big Sun, avec le raffinement, le don de nuance et l’élégance qu’on lui connaît, à capter l’essence originelle et fondamentale. « Music is God, my love », pouvait-on, déjà, entendre dans l’alcôve d’une confidence solennelle sur Indiamore

Visuel : (c) Gaîté Lyrique ; BS

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Bastien Stisi
Journaliste musique. Contact : [email protected] / www.twitter.com/BastienStisi

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