Danse
Aurélien Richard à Laval : bienvenue au bal des fous

Aurélien Richard à Laval : bienvenue au bal des fous

10 mars 2020 | PAR Hortense Milléquant

En Mayenne, ce samedi, la création d’Aurélien Richard, Tempo a questionné notre rapport au temps à travers cette œuvre alliant les musiques minimalistes répétitives de Louis Andriessen et de Steve Reich, qu’il a déjà étudié dans son précédent spectacle Pulse.

En faisant venir le chorégraphe à Laval, Mayenne Culture a proposé ce samedi l’un de ses projets les plus importants de son histoire. Pour cette performance, l’Ensemble instrumental de la Mayenne, sous la direction de Mélanie Levy-Thiébaut, s’est associé à la compagnie Liminal, dirigée par le pianiste Aurélien Richard. Et belle initiative, ce concert dansé a également permis à des artistes locaux de rejoindre ce projet.

Et sur la scène, il y a du monde. 
Neuf danseurs sont sur le plateau : Yohann Baran, Evguénia Chtchelkova, Colibri Cottier, Laura Dat-Senac, Caroline Ducrest, Anne Gautier, Julia Tiec, Charles Vannier, Pauline Yvard.
Et treize musiciens sont également présents : Marie Weisse, Amandine Bonhomme, Ekaterina Malachkova, Claire Vial, Aurélie Fournière, Clotilde Léturgie, Anaïs Briot, Philippe Martineau, Julie Camy, Christine Jeandroz, Valérian Dureau et Jean-Christophe Garnier.

Le spectacle se compose de trois tableaux principaux qui prennent vie sous nos yeux ; le changement de décor se fait à vue, comme bien souvent dans les pièces contemporaines.

La première histoire montre Aurélien Richard dans une danse, un peu naïve, de son propre aveu.
Il dialogue avec les musiciens menés par le premier violon, Florent Billy.
D’abord instrumentiste, Aurélien Richard exécute une chorégraphie sur la musique Pulse écrite par Steve Reich. Dans les pas du compositeur américain, il interroge à son tour le rythme en imitant le geste de la chef d’orchestre, il bat à sa manière, lui aussi la mesure.
Ce premier tableau faisant la part belle à l’Ensemble instrumental de la Mayenne ressemble à un condensé de vie comme s’il était un résumé de toute l’œuvre de Tempo.
Il réussit à alterner des mouvements très enfantins puis de se glisser dans la peau d’un adulte aliéné. Il rappelle, d’ailleurs par moment le personnage du Cri peint par l’expressionniste Edvard Munch.

Les tableaux se succèdent, la musique de Steve Reich laisse place à celle de Louis Andriessen : Workers Union. Les danseurs et musiciens se partagent alors la scène. Selon le compositeur, « cette pièce est une combinaison de liberté individuelle et de discipline sévère : (…) Il est difficile de jouer dans un ensemble et de rester en phase, un peu comme organiser et mener une action politique. ». Si à l’époque son œuvre ressemble à un manifeste politique, Aurélien Richard la reprend à son compte car il croit plus en l’individu qu’en la politique.

Après avoir assisté à la naissance des danseurs, qui se meuvent comme des bébés qui s’étirent et s’éveillent, ils deviennent brusquement adultes. Des adultes fous qui vivent à un rythme effréné, comme les personnages dans la chanson de Pep’s, Liberta : ils sont jetés « dans l’arène, comme ici tout petit, après neuf mois à peine, on te plonge dans une vie, où tu perds vite haleine ».
La pièce ressemble à un mythe de Sisyphe revisité à l’ère moderne. La musique répétitive et oppressante rend compte de cette absurdité mais le rythme reste endiablé et les danseurs semblent condamnés à se mouvoir en convulsant. Dans ce monde devenu fou, une question naît alors : dans cette société insensée, faut-il continuer à se battre contre les moulins à vent ?

Travaillant de concert, Aurélien Richard et Mélanie Levy-Thiébaut ont mis leur personnalité dans ce projet. Si Aurélien nous joue du piano en direct, la chef d’orchestre, elle, nous présente une démonstration d’art martial. Elle revêt alors devant nous un kimono et un Hakama, habit traditionnel porté par le samuraï, et entre Tai-chi-chuan et autre Qi gong, elle nous transporte pour un temps en Asie. Tempo conçu, entre autres, comme un objet de transmission et de création tient alors ses promesses.

L’ambiance tour à tour angoissante ou faussement apaisée et joyeuse est renforcée par le soin tout particulier apporté par Gilles Richard au jeu de lumière. Tempo joue sur les contrastes entre la pénombre (voire l’obscurité totale) et la clarté. Les halos se font tout au long du spectacle, jaunes, blancs ou rouges. Les jeux des projecteurs contribuent à créer cette atmosphère si particulière.

À la fin de la prestation, le public a une réaction mitigée, certains fans crient plusieurs « Bravos ! » enthousiastes tandis que d’autres plus sceptiques refusent d’applaudir, ne cautionnant pas ce genre de performance. Aurélien Richard confie qu’il n’aime pas ce qui est consensuel et que son but est justement de pousser les spectateurs à s’interroger. Mission accomplie alors car l’assistance est pour le moins perplexe.

Ce spectacle expérimental qui nous ramène à nos dilemmes existentiels sans nous donner de réponse laisse, en tout cas, la porte ouverte à un deuxième volet qui pourrait apporter des solutions.

Visuel : © Image figurant sur l’affiche officielle du spectacle

« Le prix du reste de ma vie », un manga calme et mélancolique
The CNC launches sponsorship campaign to restore heritage films
Hortense Milléquant

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *